L’Université des sciences et de la technologie Houari-Boumediene (USTHB) a accueilli récemment un séminaire dédié à l’intelligence artificielle (IA), parrainé par l’opérateur télécoms Ooredoo Algérie. Cet événement, relayé par La Nouvelle République Algérie, marque une étape dans la collaboration entre le secteur privé et les institutions académiques pour accélérer la recherche appliquée dans ce domaine.
Le séminaire a réuni des chercheurs, des enseignants et des étudiants autour de plusieurs axes, dont les applications de l’IA dans les télécommunications, la santé et l’industrie. Selon les organisateurs, l’objectif était de créer un espace d’échange entre les experts du numérique et les acteurs économiques pour identifier des projets concrets. Ooredoo, qui a financé l’événement, a souligné son engagement à soutenir les initiatives locales en matière de transformation digitale.
D’après La Nouvelle République Algérie, des démonstrations de projets étudiants ont été présentées, notamment des outils d’analyse de données et des prototypes de systèmes intelligents. L’USTHB, déjà reconnue pour ses travaux en informatique et en robotique, entend renforcer ses capacités en IA pour répondre aux besoins du marché algérien. Le recteur de l’université, Pr. Djamel Eddine Boubaya, a insisté sur l’importance de former une nouvelle génération de chercheurs capables de développer des solutions adaptées aux défis nationaux.
Le partenariat avec Ooredoo s’inscrit dans une dynamique plus large. L’opérateur a déjà lancé des programmes de formation en collaboration avec des universités algériennes, comme l’Université d’Alger 1 et l’École nationale supérieure d’informatique (ESI). Ces initiatives visent à combler le déficit en compétences numériques, un enjeu crucial pour l’Algérie, qui cherche à diversifier son économie.
Cependant, des défis persistent. Les participants au séminaire ont pointé du doigt le manque d’infrastructures dédiées à la recherche en IA, ainsi que la nécessité d’un cadre réglementaire plus incitatif pour les start-up technologiques. Le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, Kamel Baddari, avait évoqué en 2024 la création de pôles d’excellence en IA, mais leur mise en œuvre tarde.
L’Algérie n’est pas en reste sur la scène africaine. Lors de la Conférence africaine des start-up, organisée récemment à Alger, les participants ont salué les progrès réalisés par le pays en matière d’innovation. Des incubateurs comme Algeria Venture ou CTPulse jouent un rôle clé en accompagnant les jeunes pousses dans des secteurs comme la fintech et la santé digitale. Pourtant, selon un rapport de l’Agence nationale de développement de l’investissement (ANDI), seulement 15 % des start-up algériennes intègrent des technologies avancées comme l’IA, contre 30 % au Maroc ou en Tunisie.
Le séminaire de l’USTHB a aussi mis en lumière des projets concrets. Parmi eux, un système de détection précoce des maladies cardiaques développé par une équipe de l’université, utilisant des algorithmes d’apprentissage automatique. Ce type d’initiative montre le potentiel de l’IA pour résoudre des problèmes locaux, comme l’accès aux soins dans les zones rurales.
Pour consolider ces avancées, les experts appellent à une meilleure coordination entre les universités, les entreprises et les institutions publiques. Le Fonds national de la recherche scientifique (FNRSDT) a annoncé en 2025 un appel à projets dédié à l’IA, doté d’un budget de 500 millions de dinars. Une enveloppe jugée insuffisante par certains chercheurs, qui estiment que les investissements doivent être multipliés pour rivaliser avec des pays comme l’Égypte ou l’Afrique du Sud.
L’Algérie dispose d’atouts majeurs : une jeunesse qualifiée, une diaspora active dans les technologies et un marché intérieur en croissance. Mais pour transformer ces atouts en résultats tangibles, il faudra surmonter les obstacles bureaucratiques et attirer davantage d’investisseurs privés. Ooredoo, en parrainant ce séminaire, envoie un signal positif. Reste à voir si d’autres acteurs économiques suivront cet exemple.
En attendant, l’USTHB continue de jouer un rôle central. Son laboratoire d’intelligence artificielle, créé en 2023, travaille déjà sur des projets en partenariat avec des hôpitaux et des entreprises industrielles. Si ces collaborations se multiplient, l’Algérie pourrait bien devenir un hub régional en IA d’ici quelques années.