L’Espagne face au paradoxe des jeunes diplômés déclassés

Le phénomène des jeunes Espagnols hautement qualifiés mais confrontés à un déclassement professionnel soulève des questions cruciales pour l’Algérie, où le système éducatif produit chaque année des milliers de diplômés sans toujours garantir leur insertion sur le marché du travail. Selon Lepetitjournal.com, l’Espagne incarne aujourd’hui un paradoxe inquiétant : sa jeunesse est la plus diplômée de son histoire, mais aussi la plus touchée par la précarité et les emplois sous-qualifiés.

Un diplôme ne suffit plus

Les données citées par Lepetitjournal.com révèlent que 45 % des Espagnols âgés de 25 à 34 ans possèdent un diplôme de l’enseignement supérieur, un taux supérieur à la moyenne européenne (41 %). Pourtant, près de 30 % de ces diplômés occupent des emplois pour lesquels leur qualification est surévaluée, notamment dans les secteurs de la restauration, du commerce ou des services. Ce décalage entre formation et emploi s’accompagne d’une stagnation des salaires et d’une multiplication des contrats temporaires, qui concernent désormais 25 % des jeunes actifs espagnols.

En Algérie, où le taux de chômage des jeunes dépasse les 30 % selon les dernières estimations de l’Office national des statistiques (ONS), la situation présente des similitudes préoccupantes. Le pays forme chaque année plus de 300 000 diplômés, dont une part croissante en sciences humaines et sociales, des filières souvent moins adaptées aux besoins du marché. Comme en Espagne, les jeunes Algériens se retrouvent fréquemment contraints d’accepter des emplois précaires ou en dessous de leur niveau de qualification, notamment dans le secteur informel, qui représente près de 40 % de l’économie.

L'échec des politiques d'insertion

Le cas espagnol met en lumière les limites des politiques publiques visant à favoriser l’emploi des jeunes. Malgré des dispositifs comme le « Contrato de Formación y Aprendizaje » ou les aides à l’embauche pour les entreprises, le taux de chômage des moins de 25 ans reste bloqué à 30 %, l’un des plus élevés de l’Union européenne. Les experts interrogés par Lepetitjournal.com pointent du doigt un marché du travail rigide, où les emplois stables et bien rémunérés sont réservés à une minorité, souvent protégée par des réseaux familiaux ou des relations professionnelles.

En Algérie, les programmes d’insertion comme l’Agence nationale de soutien à l’emploi des jeunes (ANSEJ) ou l’Agence nationale de gestion du microcrédit (ANGEM) ont permis de créer des centaines de milliers d’emplois depuis leur lancement. Cependant, leur efficacité est régulièrement remise en question. Une étude récente du Centre de recherche en économie appliquée pour le développement (CREAD) révèle que 60 % des bénéficiaires de ces dispositifs quittent leur activité dans les trois ans, faute de rentabilité ou de pérennité. Les jeunes diplômés, en particulier, peinent à trouver des opportunités correspondant à leurs compétences, en raison d’un décalage persistant entre les formations proposées et les besoins des entreprises.

L'enseignement supérieur en question

Le système éducatif espagnol, comme celui de l’Algérie, est souvent accusé de produire des diplômés mal préparés aux réalités du marché du travail. Les universités espagnoles, bien que performantes en termes de recherche, sont critiquées pour leur manque de liens avec le monde professionnel. Les stages, lorsqu’ils existent, sont rarement rémunérés et ne débouchent pas systématiquement sur un emploi. Résultat : de nombreux jeunes diplômés se retrouvent dans des emplois précaires, sans perspective d’évolution.

En Algérie, la réforme de l’enseignement supérieur lancée en 2004 visait justement à rapprocher les formations des besoins économiques. Pourtant, près de vingt ans plus tard, les résultats restent mitigés. Les filières techniques et scientifiques, pourtant prioritaires, souffrent d’un manque d’équipements et de formateurs qualifiés. À l’inverse, les sciences humaines et sociales, moins coûteuses à mettre en place, continuent de produire un nombre disproportionné de diplômés, dont beaucoup peinent à s’insérer. Selon le ministère de l’Enseignement supérieur, 70 % des étudiants algériens sont inscrits dans ces filières, alors que le marché du travail absorbe difficilement plus de 20 % de leurs effectifs.

Quelles leçons pour l'Algérie ?

Le cas espagnol offre plusieurs enseignements pour l’Algérie. D’abord, la nécessité de renforcer les liens entre universités et entreprises, en développant des partenariats concrets et en généralisant les stages rémunérés. Ensuite, l’importance d’adapter les formations aux évolutions du marché, en privilégiant les compétences pratiques et les secteurs porteurs, comme le numérique, les énergies renouvelables ou l’agroalimentaire. Enfin, la nécessité de repenser les politiques d’insertion pour qu’elles ne se limitent pas à des aides ponctuelles, mais accompagnent les jeunes sur le long terme, avec des formations complémentaires et un suivi personnalisé.

L’Algérie pourrait également s’inspirer des initiatives espagnoles en matière de mobilité internationale. Des programmes comme « Erasmus+ » ont permis à des milliers de jeunes Espagnols de se former à l’étranger et d’acquérir des compétences valorisées sur le marché du travail. Un tel dispositif, adapté au contexte algérien, pourrait offrir aux jeunes une expérience professionnelle à l’international et renforcer leur employabilité.

Un défi commun aux deux rives de la Méditerranée

Le déclassement des jeunes diplômés n’est pas une fatalité, mais il exige une refonte profonde des systèmes éducatifs et des politiques d’emploi. En Espagne comme en Algérie, la solution passe par une meilleure adéquation entre formation et marché du travail, mais aussi par une diversification de l’économie pour créer des emplois stables et qualifiés. Sans ces réformes, le risque est grand de voir une génération entière sacrifiée, malgré ses diplômes et ses compétences.

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