Les oasis algériennes menacées par l’inaction durable

Les oasis du sud algérien, joyaux du patrimoine culturel et écologique, subissent un déclin accéléré en raison de l’absence de politiques intégrées de développement durable. Selon BBC, ces écosystèmes fragiles, qui abritent des milliers de familles et une biodiversité unique, sont aujourd’hui négligés par les stratégies nationales, malgré leur rôle clé dans la lutte contre la désertification et la préservation des savoir-faire ancestraux.

Un patrimoine en péril

Le problème ne se limite pas à l’agriculture. Les ksour, ces villages fortifiés construits en terre crue, se dégradent faute d’entretien. À Beni Isguen, dans la vallée du M’Zab, classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, des maisons centenaires s’effritent sous l’effet de l’érosion et du manque de financements pour leur restauration. « Nous alertons depuis des années, mais les projets de réhabilitation restent ponctuels et insuffisants », déplore un responsable de l’Office de Gestion et d’Exploitation des Biens Culturels (OGEBC), interrogé par la BBC.

L’eau, ressource en crise

Le gouvernement a bien lancé des plans comme le Programme National de Développement des Zones Arides (PNDZA), mais leur mise en œuvre reste lente. Les fonds alloués sont souvent détournés ou mal utilisés, et les populations locales, premières concernées, ne sont pas associées aux décisions. À El Menia, des fellahs ont tenté de créer des coopératives pour gérer l’eau, mais se heurtent à des lourdeurs administratives.

Biodiversité et savoir-faire en danger

Par ailleurs, les savoir-faire traditionnels, transmis de génération en génération, disparaissent peu à peu. La fabrication des kessra (pains oasiens), l’artisanat du cuir ou la construction en terre crue sont en déclin, faute de relève. « Les jeunes quittent les oasis pour les villes, car ils n’y voient plus d’avenir », souligne un sociologue algérien. Pourtant, ces compétences pourraient être valorisées dans le cadre d’un tourisme durable, encore embryonnaire en Algérie.

Quelles solutions pour sauver les oasis ?

Des initiatives isolées montrent que le changement est possible. À Taghit, dans la wilaya de Béchar, une association locale a réussi à restaurer une palmeraie en combinant savoir-faire traditionnel et innovations agroécologiques. « Nous avons réduit de 50 % notre consommation d’eau en réintroduisant des méthodes anciennes », se félicite un membre de l’association. Ces succès, bien que limités, prouvent que des solutions existent, à condition d’être soutenues par les pouvoirs publics.

Un enjeu national

Les oasis algériennes ne demandent pas la charité, mais une reconnaissance de leur valeur. Comme le souligne un rapport de la Banque mondiale cité par la BBC, investir dans leur préservation serait bien moins coûteux que de gérer les conséquences de leur effondrement : exode rural, désertification accrue, et perte irréversible d’un patrimoine unique. Il est temps que l’Algérie place ces territoires au cœur de sa stratégie de développement durable, avant qu’il ne soit trop tard.

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