La leishmaniose cutanée, une maladie parasitaire transmise par les phlébotomes, connaît une recrudescence dans les zones rurales de Tunisie, selon webdo. Cette affection, qui provoque des lésions cutanées souvent défigurantes, touche particulièrement les régions du centre et du sud du pays, où les conditions sanitaires et environnementales favorisent la propagation du vecteur.
Les autorités sanitaires tunisiennes ont enregistré une augmentation des cas ces derniers mois, notamment dans les gouvernorats de Kairouan, Sidi Bouzid et Gafsa. Les spécialistes attribuent cette hausse à plusieurs facteurs, dont la dégradation des infrastructures d’assainissement, l’urbanisation anarchique et les changements climatiques. Les phlébotomes, moustiques responsables de la transmission, prolifèrent dans les zones humides et les déchets organiques, deux éléments en expansion dans les campagnes tunisiennes.
En Algérie, cette situation alerte les professionnels de santé, qui redoutent une propagation similaire. Le pays partage avec la Tunisie des conditions géographiques et climatiques comparables, ainsi qu’une frontière poreuse propice aux échanges humains et animaux. Le Dr. Mohamed Belhocine, épidémiologiste à l’Institut Pasteur d’Algérie, souligne que « les foyers de leishmaniose en Algérie, notamment dans les wilayas du sud comme Adrar et Tamanrasset, pourraient s’étendre si des mesures préventives ne sont pas renforcées ». Les cas algériens, bien que moins médiatisés, restent préoccupants, avec des pics saisonniers observés chaque année.
La leishmaniose cutanée, bien que rarement mortelle, pose un défi sanitaire et social. Les lésions qu’elle provoque, souvent localisées sur le visage ou les membres, entraînent des stigmates durables, affectant la qualité de vie des patients. Dans les zones rurales, où l’accès aux soins est limité, les malades tardent à consulter, aggravant les complications. Les traitements, à base d’antimoniés pentavalents, sont coûteux et parfois mal tolérés, ce qui complique la prise en charge.
Un enjeu transfrontalier pour l’Algérie
La proximité géographique entre l’Algérie et la Tunisie expose le pays à un risque accru d’importation de cas. Les mouvements de populations, notamment les travailleurs saisonniers et les nomades, facilitent la circulation du parasite. Les autorités algériennes, conscientes de cette menace, ont intensifié les campagnes de sensibilisation dans les wilayas frontalières. Des opérations de démoustication ciblées ont été lancées dans les zones à risque, comme à El Oued et Biskra, où les phlébotomes sont endémiques.
Cependant, les moyens déployés restent insuffisants face à l’ampleur du problème. Les budgets alloués à la lutte contre les maladies vectorielles sont souvent absorbés par d’autres priorités sanitaires, comme la lutte contre le paludisme ou la tuberculose. Le Pr. Kamel Djenouhat, chef du service de parasitologie à l’hôpital Mustapha Pacha d’Alger, insiste sur la nécessité d’une approche intégrée : « Il faut combiner la surveillance épidémiologique, la formation des médecins généralistes et l’éducation sanitaire des populations. Sans cela, la leishmaniose continuera de progresser. »
Des solutions locales pour un problème global
Les experts appellent à une coopération renforcée entre les pays du Maghreb pour endiguer la propagation de la maladie. Des initiatives régionales, comme le Réseau maghrébin de surveillance des maladies vectorielles, pourraient faciliter l’échange d’informations et de bonnes pratiques. En Algérie, des projets pilotes ont été mis en place dans certaines communes, comme à Ghardaïa, où des brigades sanitaires effectuent des visites à domicile pour détecter les cas précoces.
La prévention reste le meilleur rempart contre la leishmaniose. Les mesures simples, comme l’utilisation de moustiquaires imprégnées d’insecticide, l’élimination des déchets organiques et la protection des points d’eau stagnante, peuvent réduire significativement les risques. Pourtant, leur application se heurte à des obstacles logistiques et culturels. Dans les zones rurales, les populations, souvent précaires, privilégient les besoins immédiats à la prévention sanitaire.
Un appel à l’action pour les pouvoirs publics
Face à cette menace, les professionnels de santé algériens exhortent les autorités à agir sans délai. Le Dr. Belhocine propose la création d’un observatoire national dédié aux maladies vectorielles, afin de centraliser les données et d’optimiser les ressources. « Nous avons les compétences et les outils pour lutter contre la leishmaniose, mais il manque une volonté politique forte et des financements pérennes », déclare-t-il.
La situation en Tunisie doit servir d’avertissement pour l’Algérie. Si aucune mesure n’est prise, le pays pourrait connaître une flambée des cas dans les années à venir, avec des conséquences sanitaires et économiques lourdes. Les enjeux dépassent le cadre médical : la leishmaniose, en touchant les populations les plus vulnérables, aggrave les inégalités sociales et freine le développement des régions rurales.
Pour l’heure, la vigilance reste de mise. Les autorités sanitaires algériennes ont annoncé le renforcement des contrôles aux frontières et la mise en place de campagnes de dépistage dans les zones à risque. Mais sans une mobilisation durable, ces efforts risquent de rester insuffisants. La leishmaniose cutanée, souvent perçue comme une maladie « des pauvres », mérite une attention accrue, avant qu’elle ne devienne un problème de santé publique majeur.