Une équipe de chercheurs algériens et internationaux poursuit depuis plusieurs mois une mission d’étude approfondie sur l’art rupestre du Tassili n’Ajjer, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1982. Selon horizons.dz, ce projet, mené en collaboration avec le Centre national de recherches préhistoriques, anthropologiques et historiques (CNRPAH), vise à documenter, préserver et valoriser un patrimoine vieux de plusieurs millénaires, menacé par l’érosion et les activités humaines.
Une richesse archéologique sous pression
Les chercheurs du CNRPAH, dirigés par le Dr. Slimane Hachi, soulignent que certaines zones, comme l’oued Djerat ou le site de Tin Taghirt, subissent une dégradation accélérée. Les techniques modernes de numérisation 3D et de photogrammétrie sont utilisées pour créer des archives numériques précises, permettant à la fois d’étudier les œuvres sans les toucher et de sensibiliser le public à leur préservation.
Technologies et savoir-faire local
Un volet important du projet concerne la formation de guides locaux et de jeunes chercheurs algériens. Selon horizons.dz, des ateliers sont organisés sur place pour transmettre les techniques de conservation et de médiation culturelle. Cette approche vise à ancrer la protection du patrimoine dans les dynamiques locales, en associant les populations touarègues, gardiennes traditionnelles de ces sites.
Enjeux nationaux et internationaux
Les autorités algériennes, en partenariat avec l’UNESCO, envisagent la création d’un centre d’interprétation à Djanet, porte d’entrée du parc national. Ce projet, encore en phase d’étude, pourrait inclure des espaces muséographiques et des sentiers balisés pour canaliser les flux de visiteurs. Par ailleurs, une demande de financement a été déposée auprès du Fonds du patrimoine mondial pour renforcer les mesures de protection contre le vandalisme et les prélèvements illicites.
Un patrimoine à décrypter
Le Dr. Hachi insiste sur la nécessité de croiser les disciplines : « L’art rupestre n’est pas seulement une question d’archéologie. Il faut mobiliser la géologie, la climatologie et même l’ethnologie pour comprendre ces œuvres dans leur contexte. » Des collaborations avec des laboratoires européens permettent d’analyser les traces de pollen ou les résidus organiques associés aux peintures, offrant des indices sur l’environnement de l’époque.
Défis et opportunités pour l’Algérie
Les autorités misent aussi sur la valorisation numérique. Un projet de plateforme en ligne, en cours de développement avec l’Agence nationale de valorisation des résultats de la recherche (ANVRR), permettrait au grand public d’explorer virtuellement les sites les plus fragiles. Cette initiative s’inscrit dans une stratégie plus large de promotion du patrimoine algérien à l’international, comme en témoigne la récente exposition sur l’art rupestre au Musée national des antiquités d’Alger.
Une course contre la montre
Le projet en cours au Tassili n’Ajjer illustre une prise de conscience croissante de l’importance du patrimoine rupestre algérien. Il montre aussi les limites des moyens disponibles, face à l’immensité des sites à protéger. Pour le Dr. Hachi, la solution passe par une mobilisation conjointe des institutions, des scientifiques et des communautés locales : « Ce patrimoine appartient à l’humanité, mais il est d’abord algérien. Sa préservation est une responsabilité collective. »