Le Centre national du registre du commerce (CNRC) a annoncé le passage exclusif au paiement électronique pour toutes les formalités liées à l’immatriculation, la modification ou la radiation des entreprises. Selon Algerie360, cette mesure, effective depuis décembre 2025, marque une étape décisive dans la modernisation des procédures administratives et la lutte contre l’économie informelle. Elle s’inscrit dans le cadre d’une stratégie plus large visant à réduire l’usage du cash, déjà amorcée par des réformes bancaires et fiscales ces dernières années.
Une réforme aux implications multiples
Le CNRC, placé sous la tutelle du ministère du Commerce, justifie cette transition par la nécessité de simplifier les démarches pour les entrepreneurs et de renforcer la transparence des transactions. Jusqu’à présent, les paiements en espèces étaient encore tolérés pour certaines opérations, notamment pour les micro-entreprises et les artisans. Désormais, les usagers devront recourir aux moyens dématérialisés, tels que les cartes bancaires, les virements ou les portefeuilles électroniques, pour régler les frais liés à leurs dossiers.
Cette décision intervient dans un contexte où l’Algérie cherche à accélérer sa transition numérique, comme en témoignent les récents décrets encourageant la facturation électronique et la généralisation des guichets en ligne. Le ministère des Finances avait déjà imposé, en 2024, le paiement électronique pour les transactions supérieures à 1 million de dinars, une mesure visant à limiter les flux d’argent non traçables. Le CNRC emboîte ainsi le pas, en ciblant cette fois un secteur clé de l’économie : l’enregistrement des entreprises.
Des défis logistiques et culturels
Si la mesure est saluée par les acteurs économiques favorables à la digitalisation, elle soulève des questions sur sa mise en œuvre. En Algérie, où près de 70 % des transactions quotidiennes s’effectuent encore en cash selon la Banque d’Algérie, le passage au tout-électronique pourrait rencontrer des résistances. Les petites entreprises, souvent peu bancarisées, pourraient être pénalisées par cette obligation, surtout dans les régions éloignées des grands centres urbains.
Pour atténuer ces difficultés, le CNRC a annoncé le déploiement de points d’assistance dans les wilayas, où des agents formeront les usagers aux outils de paiement en ligne. Par ailleurs, des partenariats avec des opérateurs de téléphonie mobile, comme Djezzy ou Mobilis, sont envisagés pour faciliter les transactions via les solutions de mobile banking. Ces dispositifs visent à éviter une exclusion des entrepreneurs les moins connectés, tout en maintenant l’objectif de traçabilité.
Un levier contre l’informel
L’un des enjeux majeurs de cette réforme est la lutte contre l’économie souterraine, qui représenterait entre 30 % et 40 % du PIB algérien selon les estimations de la Banque mondiale. En rendant obligatoires les paiements électroniques, les autorités espèrent mieux contrôler les flux financiers et identifier les entreprises non déclarées. Cette traçabilité pourrait également renforcer la collecte fiscale, un défi récurrent pour l’État algérien, dont les recettes dépendent encore largement des hydrocarbures.
Cependant, certains experts soulignent que la seule digitalisation des paiements ne suffira pas à éradiquer l’informel. « Il faut accompagner cette mesure d’une simplification des procédures administratives et d’incitations fiscales pour les petites structures », explique un économiste algérien, cité par Algerie360. Sans ces compléments, le risque est de voir une partie des entrepreneurs contourner le système en recourant à des pratiques parallèles, comme le paiement en cash via des intermédiaires.
Vers une généralisation du sans-cash ?
Cette initiative du CNRC s’inscrit dans une dynamique plus large de réduction de l’usage du cash, déjà observable dans d’autres secteurs. Les banques algériennes, par exemple, ont multiplié les campagnes pour promouvoir les cartes bancaires et les applications de paiement mobile. La Société nationale des transports ferroviaires (SNTF) a également adopté le paiement électronique pour les billets de train, tandis que certaines administrations, comme la Direction générale des impôts (DGI), encouragent les contribuables à régler leurs taxes en ligne.
Pour autant, le chemin vers une économie entièrement dématérialisée reste long. Les habitudes de paiement en espèces, profondément ancrées dans la société algérienne, ne disparaîtront pas du jour au lendemain. De plus, la méfiance envers les systèmes bancaires, notamment chez les populations rurales, constitue un frein à la généralisation des transactions électroniques.
Quels impacts pour les entrepreneurs ?
Pour les entreprises déjà intégrées dans le circuit formel, cette réforme devrait simplifier les démarches et réduire les délais d’enregistrement. « Avant, il fallait se déplacer plusieurs fois pour déposer un dossier et régler les frais en cash, ce qui pouvait prendre des semaines », témoigne un gérant d’une PME à Alger. Avec le paiement en ligne, les procédures devraient gagner en rapidité et en transparence.
En revanche, pour les micro-entrepreneurs et les travailleurs indépendants, l’obligation de passer par des canaux électroniques pourrait représenter un coût supplémentaire. L’accès à un compte bancaire ou à une solution de mobile banking n’est pas toujours évident, surtout dans les zones mal desservies par les agences bancaires. Le CNRC devra donc veiller à ce que cette transition ne creuse pas les inégalités entre les différents types d’entreprises.
Une étape vers la modernisation de l’administration
Au-delà des aspects économiques, cette réforme s’inscrit dans une volonté de moderniser l’administration algérienne. Le gouvernement a multiplié les annonces ces dernières années pour accélérer la digitalisation des services publics, avec des projets comme le guichet unique électronique pour les entreprises ou la plateforme « E-Algérie ». Le passage au paiement électronique au CNRC en est une illustration concrète.
Cependant, pour que cette modernisation soit effective, elle doit s’accompagner d’investissements dans les infrastructures numériques et la formation des agents publics. La qualité des connexions internet, encore inégale selon les régions, et la maîtrise des outils digitaux par les fonctionnaires restent des défis à relever.
En définitive, la fin du cash au registre du commerce marque une avancée symbolique dans la transformation numérique de l’Algérie. Si elle ouvre des perspectives pour une économie plus transparente et plus efficace, son succès dépendra de la capacité des autorités à accompagner les acteurs économiques dans cette transition. Une chose est sûre : le modèle traditionnel du paiement en espèces, longtemps dominant, est désormais appelé à évoluer.