Le Nigeria a récemment franchi une étape significative dans sa stratégie de développement des compétences numériques en signant un partenariat avec la plateforme américaine Coursera. Selon We are Tech, cette collaboration vise à offrir des formations certifiantes aux jeunes Nigérians, dans un contexte où le pays cherche à renforcer son écosystème technologique et à réduire le chômage des diplômés. Si cette initiative marque une avancée pour le géant ouest-africain, elle soulève des questions sur les opportunités et les défis similaires en Algérie, où la formation aux métiers du numérique reste un enjeu clé pour l’économie.
Un modèle inspiré des besoins du marché africain
Cette approche répond à un double défi : combler le déficit de compétences techniques sur le marché du travail et offrir des alternatives aux jeunes confrontés à un système éducatif souvent déconnecté des besoins des entreprises. Le Nigeria, qui compte plus de 200 millions d’habitants, mise sur ce type d’initiatives pour positionner Lagos comme un hub technologique régional, à l’image de Nairobi ou de Kigali. En Algérie, où le secteur numérique représente à peine 2 % du PIB, une telle collaboration pourrait inspirer des réformes similaires, notamment dans le cadre du plan « Algérie Numérique 2025 ».
L’Algérie face à ses propres enjeux de formation
Plusieurs initiatives publiques et privées tentent de combler ce fossé. L’École nationale supérieure d’informatique (ESI) d’Alger, par exemple, forme chaque année des centaines d’ingénieurs, mais son modèle reste élitiste et insuffisant pour répondre à la demande. Des structures comme l’Agence nationale de promotion et de développement des parcs technologiques (ANPT) ou le pôle d’excellence en technologies de l’information et de la communication (TIC) de Sidi Abdallah misent sur des incubateurs et des programmes de reconversion. Cependant, ces efforts restent fragmentés et manquent souvent de visibilité.
Un partenariat avec une plateforme comme Coursera pourrait accélérer la montée en compétences des Algériens, en particulier dans les régions éloignées des grands centres urbains. Contrairement aux formations en présentiel, les MOOC offrent une flexibilité qui pourrait séduire les jeunes en quête d’autonomie, ainsi que les professionnels souhaitant se reconvertir. Reste à savoir si les autorités algériennes, souvent réticentes aux collaborations avec des acteurs étrangers, seraient prêtes à franchir le pas.
Les obstacles à surmonter
Le deuxième obstacle est culturel. En Algérie, les certifications en ligne peinent encore à être reconnues par les employeurs, qui privilégient souvent les diplômes universitaires traditionnels. Pour que des plateformes comme Coursera gagnent en légitimité, il faudrait une reconnaissance officielle de leurs certifications par les institutions publiques, comme c’est le cas au Maroc avec l’Agence nationale de réglementation des télécommunications (ANRT).
Enfin, la question du financement se pose. Au Nigeria, le partenariat avec Coursera a été rendu possible grâce à des fonds publics et à des investissements privés, notamment de la part de grandes entreprises technologiques locales. En Algérie, où les budgets publics sont souvent contraints, une telle initiative nécessiterait un modèle économique viable, mêlant subventions étatiques, contributions des entreprises et frais modérés pour les apprenants.
Des pistes pour l’Algérie
Par ailleurs, l’Algérie dispose d’atouts qu’elle pourrait mieux valoriser. Son système éducatif, bien que perfectible, produit chaque année des milliers de diplômés en informatique et en mathématiques, une base solide pour développer des compétences numériques avancées. Des initiatives comme le « Hackathon Algérie » ou les compétitions de robotique organisées par l’ESI montrent que la jeunesse algérienne est prête à s’engager dans ces filières, à condition d’avoir les outils adéquats.
Enfin, une collaboration avec Coursera ou une plateforme similaire pourrait s’inscrire dans une stratégie plus large de développement des écosystèmes technologiques. Le parc technologique de Sidi Abdallah, par exemple, pourrait servir de vitrine pour des formations en ligne couplées à des stages en entreprise, créant ainsi un cercle vertueux entre apprentissage et emploi.
Le partenariat entre le Nigeria et Coursera rappelle que la formation aux métiers du numérique n’est plus une option, mais une nécessité pour les économies africaines. Pour l’Algérie, l’enjeu n’est pas seulement de suivre l’exemple de ses voisins, mais de construire un modèle adapté à ses réalités, en misant sur l’innovation, l’inclusion et la collaboration entre acteurs publics et privés. À l’heure où le numérique transforme tous les secteurs, de l’agriculture à la santé, la question n’est plus de savoir si l’Algérie doit investir dans ces compétences, mais comment le faire de manière efficace et durable.