Le Hirak algérien cinq ans après son déclin économique

En juin 2021, Radio France posait une question qui résonne encore : le Hirak est-il fini ? Cinq ans après son apogée, le mouvement de protestation populaire qui a secoué l’Algérie entre 2019 et 2021 a laissé des traces profondes, non seulement dans le paysage politique, mais aussi dans l’écosystème entrepreneurial du pays. Si les marches hebdomadaires ont cessé, les dynamiques qu’il a impulsées continuent d’influencer les créateurs d’entreprise, les investisseurs et la diaspora algérienne.

D’après les analyses du CADTM (Comité pour l’abolition des dettes illégitimes), le Hirak a marqué un tournant en brisant le tabou de la contestation publique. Il a aussi révélé une jeunesse algérienne connectée, éduquée et déterminée à prendre son destin en main – y compris sur le plan économique. Pourtant, les entrepreneurs algériens, qu’ils soient basés à Alger, Oran ou à l’étranger, naviguent aujourd’hui dans un environnement où les promesses de réformes économiques peinent à se concrétiser.

Un héritage politique qui pèse sur l’économie
Le Hirak a forcé le pouvoir algérien à accélérer certaines réformes, notamment la révision de la Constitution en 2020 et l’adoption d’une nouvelle loi sur les investissements en 2022. Mais selon des entrepreneurs interrogés par El Watan, ces mesures restent insuffisantes. « Les procédures administratives sont toujours aussi lourdes, et l’accès au financement reste un parcours du combattant », explique un fondateur de startup à Alger, sous couvert d’anonymat. Les banques publiques, comme la Banque Extérieure d’Algérie (BEA) ou la Banque Nationale d’Algérie (BNA), continuent de privilégier les grands groupes étatiques, laissant les PME et les jeunes pousses dans l’ombre.

La diaspora algérienne, souvent perçue comme un levier économique, reste méfiante. D’après une étude récente de la Banque d’Algérie, les transferts d’argent des Algériens de l’étranger ont atteint 1,8 milliard de dollars en 2024, un chiffre stable mais bien en dessous des 3 milliards enregistrés au Maroc ou en Tunisie. « Les investisseurs de la diaspora attendent des garanties juridiques et une stabilité politique avant de s’engager », souligne un consultant en investissement basé à Paris.

L’entrepreneuriat comme alternative au chômage
Face à un marché de l’emploi atone, de nombreux jeunes Algériens se tournent vers l’entrepreneuriat. Selon l’Agence Nationale de Soutien à l’Emploi des Jeunes (ANSEJ), plus de 120 000 projets ont été financés entre 2020 et 2024, dont 60 % dans les secteurs du numérique, de l’agroalimentaire et des énergies renouvelables. « Le Hirak a montré que les jeunes ne comptaient plus sur l’État pour créer des emplois. Ils prennent les devants », analyse un responsable de l’ANSEJ.

Pourtant, les obstacles persistent. Les délais pour obtenir un registre de commerce peuvent dépasser six mois, et les taxes sur les petites entreprises restent élevées. « Un entrepreneur doit souvent payer des pots-de-vin pour accélérer les démarches. C’est un frein énorme », confie un gérant d’une PME à Constantine.

La santé mentale, un enjeu sous-estimé
Un autre héritage du Hirak, moins visible mais tout aussi crucial, est la prise de conscience autour de la santé mentale. Selon Horizons, le stress et l’anxiété touchent de plus en plus d’entrepreneurs, confrontés à un environnement économique incertain. « Beaucoup abandonnent leurs projets par épuisement, faute de soutien psychologique », explique un psychologue clinicien à Oran.

Des initiatives émergent, comme des plateformes en ligne proposant des consultations gratuites pour les entrepreneurs, mais elles restent marginales. « L’État doit intégrer la santé mentale dans ses programmes de soutien aux PME », plaide un membre de l’Association des Psychologues Algériens.

Un écosystème en mutation
Malgré ces défis, l’Algérie voit émerger des success stories. Des startups comme Yassir (transport) ou Temtem (logistique) ont levé des millions de dollars à l’international, prouvant que l’innovation algérienne peut percer. « Le Hirak a libéré une énergie créative. Les entrepreneurs ne veulent plus dépendre des subventions ou des réseaux clientélistes », observe un investisseur à Dubai.

La diaspora joue aussi un rôle clé. Des incubateurs comme Algeria Venture ou Startup Algeria accompagnent les porteurs de projets, en misant sur le numérique et les technologies vertes. « L’Algérie a un potentiel énorme, mais il faut simplifier les règles du jeu », résume un entrepreneur installé à Montréal.

À retenir pour les entrepreneurs
Le Hirak a accéléré une prise de conscience : l’économie algérienne ne peut plus reposer uniquement sur les hydrocarbures. Les créateurs d’entreprise doivent composer avec des contraintes administratives persistantes, mais aussi avec un marché en pleine mutation. La diaspora, si elle est mieux encadrée, pourrait devenir un moteur clé de l’investissement. Enfin, la santé mentale des entrepreneurs doit être intégrée dans les politiques publiques pour éviter l’épuisement professionnel.

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