Le 7 avril 2026, l’Autorité nationale indépendante des élections (ANIE) a annoncé une mesure inédite pour les législatives du 2 juillet 2026 : l’obligation de parité stricte entre candidats femmes et hommes sur les listes électorales. Cette décision, publiée dans le Journal officiel, marque un tournant dans la représentation politique des femmes en Algérie.
Selon le texte de l’ANIE, chaque parti ou alliance doit présenter des listes alternant systématiquement un candidat homme et une candidate femme, sous peine de rejet de la candidature. « Aucune liste ne sera validée si elle ne respecte pas cette règle », a précisé le président de l’ANIE, Mohamed Charfi, lors d’une conférence de presse à Alger. Cette mesure s’applique aussi bien aux circonscriptions locales qu’à la liste nationale.
Les réactions des partis politiques ont été immédiates. Le Front de libération nationale (FLN) a salué « une avancée démocratique conforme aux engagements du président Abdelmadjid Tebboune », tandis que le Rassemblement national démocratique (RND) a évoqué « un défi organisationnel mais nécessaire ». En revanche, certains petits partis ont exprimé des réserves, comme le Mouvement populaire algérien (MPA), qui craint « une complexité supplémentaire dans la constitution des listes ».
Cette décision s’inscrit dans un contexte de sous-représentation chronique des femmes dans les instances politiques algériennes. Lors des dernières législatives de 2021, seulement 146 femmes avaient été élues à l’Assemblée populaire nationale (APN), soit 26% des sièges. « La parité n’est pas une option, c’est une obligation légale et morale », a déclaré la ministre de la Solidarité nationale, de la Famille et de la Condition de la femme, Kaoutar Krikou, dans une déclaration à l’APS.
Des associations féministes comme Tharwa Fadhma N’Soumer ou Djazaïrouna ont accueilli favorablement la mesure, mais soulignent qu’elle ne suffira pas à elle seule. « La parité quantitative doit s’accompagner d’une parité qualitative : les femmes doivent accéder à des postes décisionnels, pas seulement à des strapontins », a déclaré Samia Zennadi, présidente de Djazaïrouna, à El Watan.
L’ANIE a également précisé que des sanctions financières seraient appliquées aux partis ne respectant pas cette règle. Les formations politiques devront rembourser les frais de campagne publics perçus si leurs listes sont invalidées pour non-respect de la parité. Cette disposition vise à éviter les contournements, comme l’ont souligné plusieurs observateurs.
Sur le terrain, les partis se préparent déjà. Le FLN a lancé des ateliers de formation pour ses potentielles candidates, tandis que le Parti des travailleurs (PT) a annoncé qu’il présenterait une liste 100% féminine dans certaines circonscriptions. « C’est une opportunité pour renouveler notre base militante et donner plus de visibilité aux femmes engagées », a expliqué Louisa Hanoune, secrétaire générale du PT.
Cette mesure intervient alors que l’Algérie a récemment renforcé son arsenal juridique en faveur des droits des femmes. En 2024, une loi a été adoptée pour lutter contre les violences conjugales, et en 2025, le Code de la famille a été modifié pour faciliter l’accès des femmes au divorce. « La parité électorale est la suite logique de ces réformes », estime la juriste Fatima-Zohra Benbraham, interrogée par Liberté.
Cependant, des défis persistent. Certains analystes pointent le risque d’une parité de façade, où les femmes seraient placées en position non éligible sur les listes. « Il faut surveiller la position des candidates : si elles sont toutes en fin de liste, l’effet sera limité », prévient le politologue Rachid Tlemçani dans une tribune publiée par TSA.
L’ANIE a annoncé qu’elle publierait régulièrement des rapports sur le respect de la parité par les partis, avec des données détaillées par circonscription. « La transparence sera totale », a assuré Mohamed Charfi. Cette initiative pourrait servir de modèle pour d’autres pays du Maghreb, où la représentation des femmes en politique reste faible.
Les Algériennes attendent désormais de voir si cette mesure se traduira par une réelle augmentation du nombre de femmes élues. En 2021, malgré une loi imposant un quota de 30% de femmes sur les listes, seulement 26% des sièges avaient été remportés par des candidates. « Cette fois, le seuil est plus élevé et les sanctions plus strictes : les partis n’auront pas le choix », analyse la sociologue Nassima Mouaci.
Les législatives du 2 juillet 2026 s’annoncent donc comme un test crucial pour la place des femmes dans la vie politique algérienne. Si la parité est respectée, l’Algérie pourrait devenir un exemple en matière de représentation féminine dans le monde arabe. Dans le cas contraire, les sanctions prévues par l’ANIE pourraient servir de leçon pour les prochaines échéances électorales.