L’Algérie renforce la cybersécurité face aux cyberincidents

En 2025, l’Algérie a franchi une étape décisive dans la transparence numérique en appliquant une réglementation continentale obligeant les États africains à rendre publics les cyberincidents. Cette mesure, rapportée par TechCabal, marque un tournant dans la gestion des risques liés à la cybersécurité, un enjeu devenu central pour les institutions publiques et les entreprises algériennes.

Une obligation de transparence inédite

Selon TechCabal, cette obligation s’inscrit dans une dynamique plus large, où plusieurs pays du continent, dont le Maroc, la Tunisie et le Nigeria, ont adopté des cadres similaires. En Algérie, cette transparence forcée a révélé une réalité jusqu’alors sous-estimée : le pays est devenu une cible privilégiée pour les cybercriminels, notamment en raison de l’essor du commerce en ligne et de la digitalisation des services publics.

Les secteurs les plus exposés

Le secteur énergétique, pilier de l’économie algérienne, n’est pas épargné. En 2025, Sonatrach a confirmé avoir subi plusieurs tentatives d’intrusion dans ses systèmes de contrôle industriel, bien que l’entreprise ait assuré que les attaques avaient été neutralisées avant de causer des dégâts. Ces incidents rappellent l’attaque subie par l’Arabie saoudite en 2012, où le virus Shamoon avait paralysé les opérations de Saudi Aramco, une référence souvent citée par les experts algériens en cybersécurité.

Les administrations publiques sont également dans le viseur. En mars 2025, le ministère de l’Intérieur a reconnu une faille dans son système de gestion des passeports biométriques, exploitée par des pirates pour falsifier des documents. L’incident a conduit à un audit approfondi des infrastructures numériques de l’État, supervisé par l’ANSSI en collaboration avec des experts internationaux.

Les mesures mises en place

Parmi les actions concrètes, on note :
La création d’un centre national de réponse aux incidents cyber (CERT) : Opérationnel depuis fin 2024, ce centre, basé à Alger, coordonne les réponses aux attaques et centralise les signalements. Il travaille en étroite collaboration avec des partenaires étrangers, comme l’Agence européenne pour la cybersécurité (ENISA).
La formation des agents publics : Plus de 5 000 fonctionnaires ont suivi des sessions de sensibilisation aux bonnes pratiques en cybersécurité, organisées par l’École nationale supérieure d’informatique (ESI) et l’ANSSI.
Le renforcement des infrastructures critiques : Les opérateurs télécoms, comme Algérie Télécom, ont investi dans des solutions de détection avancée des intrusions, tandis que les banques ont adopté des protocoles de chiffrement plus robustes.

Les défis persistants

Un autre défi est la pénurie de compétences locales. L’Algérie forme environ 2 000 ingénieurs en informatique chaque année, mais peu se spécialisent en cybersécurité. Les entreprises et les institutions publiques doivent souvent recourir à des experts étrangers, ce qui alourdit les coûts et limite l’autonomie du pays dans ce domaine.

Enfin, la coopération internationale reste un point faible. Si l’Algérie a signé des accords avec des pays comme la France et la Chine pour échanger des informations sur les menaces cyber, ces partenariats sont encore peu exploités. Les experts soulignent la nécessité de renforcer les liens avec des organisations comme Interpol ou l’Union africaine pour lutter efficacement contre les cybercriminels transnationaux.

Un enjeu économique et stratégique

Pour les autorités algériennes, la protection des données et des transactions en ligne est devenue une priorité. Le ministre des Finances, Laaziz Faid, a récemment déclaré que « la cybersécurité est un pilier de la souveraineté numérique de l’Algérie ». Cette vision s’inscrit dans une stratégie plus large, visant à faire du pays un hub technologique en Afrique du Nord, capable d’attirer les investissements étrangers et de développer une économie digitale résiliente.

Vers une culture de la cybersécurité

Les entreprises, quant à elles, sont encouragées à adopter des normes internationales, comme la norme ISO 27001, qui définit les exigences pour un système de management de la sécurité de l’information. Plusieurs grands groupes algériens, comme Cevital ou Sonelgaz, ont déjà entamé ce processus de certification, montrant l’exemple pour le reste du tissu économique.

En 2025, l’Algérie se trouve à un carrefour. La transparence imposée par la nouvelle réglementation africaine a révélé l’ampleur des défis, mais elle offre aussi une opportunité unique de renforcer la résilience du pays face aux cybermenaces. Si les mesures en cours portent leurs fruits, l’Algérie pourrait non seulement sécuriser son espace numérique, mais aussi en faire un levier de développement et de modernisation.

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