L’Algérie a franchi une étape significative dans sa stratégie de désendettement. Selon les dernières données relayées par Tunisie Numérique, la dette extérieure du pays s’élève désormais à 2,87 milliards de dollars fin 2024, un chiffre qualifié de « petit » par la source. Cette performance place l’Algérie sur la voie d’une élimination totale de sa dette extérieure, un objectif affiché par les autorités économiques.
Un désendettement accéléré depuis 2020
Le ministère des Finances algérien n’a pas encore publié de rapport détaillé pour 2024, mais les tendances récentes confirment une baisse constante. En 2022, la dette extérieure atteignait encore 4,5 milliards de dollars, selon les chiffres officiels de la Banque d’Algérie. Cette réduction s’inscrit dans une politique lancée après la crise pétrolière de 2014, qui avait contraint le pays à puiser dans ses réserves de change. Le président Abdelmadjid Tebboune avait réaffirmé en 2023 que « l’Algérie ne contractera plus de dettes extérieures », privilégiant le financement interne et les recettes des hydrocarbures.
Les hydrocarbures, pilier du remboursement
La manne pétrolière et gazière reste le principal levier de cette stratégie. Avec des prix du baril de pétrole souvent supérieurs à 80 dollars en 2024 et des exportations de gaz vers l’Europe en hausse, les recettes en devises ont permis de couvrir les échéances de remboursement. Le ministre de l’Énergie, Mohamed Arkab, a indiqué en septembre 2024 que les revenus des hydrocarbures avaient dépassé les 50 milliards de dollars sur les neuf premiers mois de l’année, un record depuis 2014. Ces fonds ont été partiellement alloués au remboursement anticipé de dettes, notamment auprès du Fonds monétaire international (FMI) et de créanciers bilatéraux.
Impact sur la souveraineté économique
Cette réduction de la dette extérieure renforce l’autonomie financière de l’Algérie. Le gouverneur de la Banque d’Algérie, Rosthom Fadli, a souligné lors d’une conférence en juin 2024 que « la dépendance aux marchés financiers internationaux est désormais marginale ». Le pays a également évité de recourir aux emprunts extérieurs pour financer son budget, contrairement à d’autres nations africaines. Les réserves de change, bien qu’en légère baisse, restent stables autour de 60 milliards de dollars, selon les dernières estimations de la Banque centrale.
Défis persistants
Malgré ces avancées, des analystes mettent en garde contre une dépendance excessive aux hydrocarbures. Le think tank NAFTEC a publié en août 2024 une étude rappelant que « la volatilité des prix du pétrole pourrait fragiliser cette trajectoire ». Par ailleurs, le déficit commercial hors hydrocarbures reste élevé, avec des importations de biens de consommation et d’équipements dépassant les 30 milliards de dollars en 2023. Le gouvernement mise sur la diversification économique, notamment via le plan de relance industrielle 2023-2027, pour réduire cette vulnérabilité.
Réactions internationales
La performance algérienne a été saluée par des institutions comme la Banque mondiale, qui a noté dans son rapport Africa Pulse d’octobre 2024 que « l’Algérie fait partie des rares pays africains à avoir réduit sa dette extérieure de manière significative ». En revanche, certains créanciers historiques, comme la France ou la Chine, voient leur influence diminuer. Le ministre des Finances, Laaziz Faid, a déclaré en mars 2024 que « l’Algérie honore ses engagements, mais ne sollicitera plus de nouveaux prêts extérieurs ».
Prochaines étapes
Le gouvernement algérien vise désormais un solde de dette extérieure proche de zéro d’ici 2026. Pour y parvenir, il compte sur la poursuite des réformes structurelles, notamment la modernisation du secteur bancaire et l’encouragement de l’investissement privé. Le Premier ministre, Nadir Larbaoui, a annoncé en septembre 2024 un nouveau cadre législatif pour attirer les capitaux étrangers, sans toutefois préciser les secteurs prioritaires.
Cette stratégie de désendettement s’accompagne d’une communication renforcée sur la stabilité macroéconomique. Le président Tebboune a multiplié les déclarations ces derniers mois pour rassurer les investisseurs, insistant sur « la solidité des fondamentaux économiques ». Reste à savoir si cette trajectoire sera maintenue en cas de chute brutale des prix des hydrocarbures, un scénario que les autorités semblent anticiper en accélérant les réformes.