L’Algérie accélère ses projets dans le domaine de l’hydrogène vert, une énergie propre qui pourrait redéfinir son positionnement sur le marché énergétique mondial. Lors du 8e Symposium de l’Association des Ingénieurs Géologues (AIG), tenu récemment à Alger, cette filière a été présentée comme un pilier stratégique pour diversifier l’économie nationale et réduire la dépendance aux hydrocarbures. Selon le Courrier d’Algérie, qui a couvert l’événement, des experts algériens et internationaux ont souligné le potentiel du pays pour devenir un acteur clé dans la production et l’exportation de cette ressource.
Un potentiel énergétique sous-exploité
Le projet le plus avancé est celui de la région d’Adrar, où un consortium incluant Sonatrach et des entreprises allemandes prévoit la construction d’une unité pilote de production d’hydrogène vert. Ce site, qui devrait entrer en service d’ici 2027, servira de démonstrateur technologique avant un déploiement à plus grande échelle. Le choix d’Adrar n’est pas anodin : la région bénéficie d’un ensoleillement annuel de plus de 3 000 heures et d’une faible densité de population, facilitant l’installation de fermes solaires.
Des partenariats stratégiques pour accélérer le développement
Le ministre de l’Énergie, Mohamed Arkab, a récemment déclaré que l’hydrogène vert faisait partie des priorités du gouvernement, aux côtés des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique. Sonatrach, le géant pétrolier national, a d’ailleurs créé une direction dédiée à l’hydrogène et aux nouvelles énergies en 2023. Cette structure travaille actuellement sur une feuille de route pour intégrer l’hydrogène vert dans le mix énergétique algérien, avec un accent particulier sur son utilisation dans les secteurs industriels et du transport.
Des défis techniques et économiques à surmonter
Le deuxième défi est économique. Le coût de production de l’hydrogène vert reste élevé, entre 3 et 6 dollars par kilogramme, contre 1 à 2 dollars pour l’hydrogène gris produit à partir de gaz naturel. Pour rendre cette énergie compétitive, l’Algérie mise sur des économies d’échelle et des subventions publiques. Le Fonds national pour les énergies renouvelables (FNER), créé en 2022, a déjà alloué 500 millions de dollars à des projets pilotes, dont une partie sera consacrée à l’hydrogène vert.
Enfin, la question du transport et du stockage de l’hydrogène reste un enjeu majeur. L’Algérie envisage de réutiliser une partie de son réseau de gazoducs pour exporter l’hydrogène vers l’Europe, mais des adaptations techniques seront nécessaires. Des discussions sont en cours avec l’Italie et l’Espagne pour étudier la faisabilité de ces exportations, selon des sources proches du ministère de l’Énergie.
Une opportunité pour l’industrie et l’emploi
La création d’emplois est un autre argument en faveur de cette filière. Selon une étude de l’Agence nationale pour la promotion et la rationalisation de l’utilisation de l’énergie (APRUE), le développement de l’hydrogène vert pourrait générer plus de 20 000 emplois directs et indirects d’ici 2035, principalement dans les régions du Sud. Des centres de formation spécialisés sont d’ailleurs en cours de création à Ouargla et Béchar, en partenariat avec des universités allemandes et françaises.
Vers une stratégie nationale intégrée
L’Algérie a également rejoint l’Alliance mondiale pour l’hydrogène vert (GH2), une initiative internationale visant à promouvoir cette énergie. Cette adhésion lui permettra de bénéficier de l’expertise et des financements de partenaires comme l’Union européenne et les États-Unis. Lors de la dernière réunion de l’alliance, tenue en juin 2024, l’Algérie a présenté ses premiers projets et a été saluée pour son engagement en faveur de la transition énergétique.
Un pari sur l’avenir
Pour les Algériens, cette filière pourrait signifier une énergie plus propre, des emplois dans les régions du Sud, et une indépendance accrue vis-à-vis des hydrocarbures. Pour l’Europe, c’est une chance de sécuriser son approvisionnement en énergie verte, dans un contexte de tensions géopolitiques. Reste à voir si l’Algérie saura saisir cette opportunité historique.