L’Algérie a recentré son jeu diplomatique sur l’Afrique avec un message clair : les solutions aux crises du continent doivent venir de l’Afrique. À travers deux sommets de l’Union africaine (UA) organisés cette semaine, Alger a poussé pour une autonomie stratégique, un pari qui pourrait ouvrir des opportunités économiques majeures pour les entrepreneurs locaux et la diaspora. Mais derrière les discours sur la souveraineté, se cachent des leviers concrets pour les PME algériennes et les investisseurs.
Pourquoi l’Afrique est devenue une priorité pour Alger ?
Les crises sécuritaires en Afrique de l’Ouest et au Sahel ont coûté cher à l’Algérie. Entre 2020 et 2025, les exportations vers la zone CEDEAO ont chuté de 30 %, selon les données de l’Office national des statistiques (ONS). Pourtant, le continent représente un marché de 1,4 milliard de consommateurs, avec un PIB combiné de 3 000 milliards de dollars. Pour le président Abdelmadjid Tebboune, relancer les partenariats sud-sud n’est pas qu’une question géopolitique : c’est une nécessité économique.
L’Algérie mise sur trois axes :
1. Les infrastructures : Les projets de corridors ferroviaires et routiers (comme le futur rail Alger-N’Djamena) pourraient générer 20 000 emplois directs, selon le ministère des Transports.
2. L’énergie : Sonatrach et les énergéticiens africains négocient des contrats gaziers à long terme, avec des investissements estimés à 3 milliards de dollars d’ici 2030.
3. Les technologies : Alger veut positionner l’Afrique comme un hub pour les fintechs et les startups, en s’appuyant sur sa diaspora qualifiée.
Un marché de 1 400 milliards pour les PME algériennes
Les entrepreneurs algériens ont déjà un avantage : 70 % des Algériens de la diaspora vivent en Afrique (Maroc, Tunisie, Mali, Côte d’Ivoire). Cette semaine, le ministre de la Petite Entreprise, Kamel Beldjilali, a annoncé un fonds dédié de 500 millions de dinars (environ 4 millions de dollars) pour accompagner les startups algériennes sur le continent. Objectif : cibler trois secteurs porteurs où l’Algérie excelle :
– L’agroalimentaire : L’Algérie est le 1er exportateur de tomates en Afrique. En 2025, ses ventes vers le Nigeria et la Guinée ont progressé de 25 % grâce à des accords douaniers simplifiés.
– La santé : Les laboratoires publics comme SIDAL et les cliniques privées algériennes commencent à exporter des équipements médicaux vers le Sahel, un marché en croissance de 12 % par an.
– Les services numériques : Les développeurs algériens, formés dans des écoles comme l’ESI ou l’ENSIAS, trouvent des débouchés dans les fintechs sénégalaises ou ivoiriennes, où la demande en talents locaux explose.
La diaspora, un atout sous-exploité
Plus de 5 millions d’Algériens vivent en Afrique, selon les estimations de la Banque mondiale. Pourtant, seulement 15 % d’entre eux investissent dans des projets en Algérie. Le sommet de l’UA a relancé les discussions sur un passeport économique africain, qui faciliterait les transferts d’argent et les créations d’entreprises transfrontalières. Pour les entrepreneurs de la diaspora, cela signifie :
– Moins de bureaucratie : Aujourd’hui, créer une entreprise au Mali ou en Côte d’Ivoire prend en moyenne 30 jours. Avec des accords bilatéraux, ce délai pourrait être divisé par deux.
– Des financements facilités : Les banques algériennes comme la BNA et l’Attijariwafa Bank commencent à proposer des prêts « Afrique » à taux préférentiels pour les projets transfrontaliers.
– Un réseau de clients prêt : 60 % des Algériens de la diaspora en Afrique envoyent plus de 100 dollars par mois à leur famille. Ces flux pourraient être réorientés vers des achats locaux (e-commerce, services).
Les risques à ne pas ignorer
Malgré les opportunités, les entrepreneurs doivent anticiper trois écueils :
1. L’instabilité monétaire : En 2025, le franc CFA a perdu 15 % de sa valeur face à l’euro. Les PME algériennes qui exportent doivent prévoir des marges de sécurité de 20 % pour couvrir les fluctuations.
2. Les barrières non tarifaires : Même avec des accords commerciaux, certains pays africains imposent des normes techniques strictes (ex : certification pour les produits pharmaceutiques). Les startups doivent vérifier ces exigences avant de s’implanter.
3. La concurrence chinoise : La Chine investit massivement en Afrique (1 milliard de dollars par an dans les infrastructures). Les entrepreneurs algériens doivent miser sur leur proximité culturelle et leur connaissance du terrain.
Comment profiter du virage africain de l’Algérie ?
Pour les créateurs d’entreprise, les pistes sont claires :
– Se spécialiser : Les marchés africains rémunèrent mieux les niches (ex : logiciels de gestion pour les PME sénégalaises, équipements solaires pour le Sahel).
– S’appuyer sur les incubateurs : Des structures comme l’Incubateur des Startups Algériennes (ISA) ou le Réseau Entreprendre Algérie proposent des programmes « Afrique ».
– Cibler les diasporas : Une étude de l’Université d’Alger montre que 40 % des Algériens de la diaspora en Afrique sont prêts à investir dans des projets locaux s’ils trouvent un partenaire fiable.
À retenir pour les entrepreneurs
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