L’Algérie et l’Italie relancent le Barrage vert

Cette semaine, Alger et Rome ont officialisé un partenariat renforcé autour de trois axes environnementaux : l’économie circulaire, la sécurité hydrique et la réhabilitation du Barrage vert. Le protocole d’accord, signé par le ministre algérien de l’Environnement et des Énergies renouvelables, Samir Grine, et son homologue italien, Gilberto Pichetto Fratin, marque une étape concrète dans la coopération bilatérale après des années de discussions techniques. Selon El Moudjahid, qui a révélé les détails de l’accord, ce projet s’inscrit dans une logique de modernisation des infrastructures écologiques héritées des années 1970, tout en intégrant des technologies italiennes pour en améliorer l’efficacité.

Le Barrage vert, lancé en 1971 sous Houari Boumediene, visait à stopper l’avancée du désert sur une bande de 1 500 kilomètres de long et 20 kilomètres de large, du Maroc à la Tunisie. Près de 50 ans après son lancement, les résultats restent mitigés : seulement 3 millions d’hectares sur les 3,5 millions prévus ont été reboisés, et près de 30 % des arbres plantés ont péri en raison de la sécheresse et du manque d’entretien. Le nouveau partenariat algéro-italien prévoit une réévaluation complète du projet, avec un accent mis sur les espèces endémiques résistantes à la sécheresse, comme l’olivier sauvage et le pistachier de l’Atlas. « Nous allons combiner les savoir-faire italiens en gestion forestière et les connaissances locales pour adapter le Barrage vert aux réalités climatiques actuelles », a déclaré Grine lors d’une conférence de presse à Alger.

L’économie circulaire figure également au cœur de cet accord. L’Italie, leader européen dans le recyclage des déchets, s’engage à transférer des technologies pour la valorisation des déchets plastiques et organiques en Algérie. Un projet pilote sera lancé dans la wilaya de Blida, où une usine de transformation des déchets en compost et en granulés plastiques sera construite d’ici 2026. Selon les données du ministère de l’Environnement, l’Algérie produit près de 13 millions de tonnes de déchets par an, dont seulement 5 % sont recyclés. « Ce partenariat permettra de créer des emplois locaux et de réduire la pression sur les décharges sauvages, notamment dans le sud du pays », a souligné un responsable de l’Agence nationale des déchets (AND).

La sécurité hydrique constitue le troisième volet de cette coopération. L’Italie, confrontée à des pénuries d’eau récurrentes, a développé des techniques de dessalement et de réutilisation des eaux usées. Ces technologies seront adaptées aux besoins algériens, notamment dans les régions sahariennes où les nappes phréatiques s’épuisent. Un accord cadre a été signé pour la construction de trois stations de dessalement dans les wilayas d’Adrar, Tamanrasset et Illizi, avec un financement mixte algéro-italien. « Ces infrastructures sont cruciales pour sécuriser l’approvisionnement en eau des populations et des activités agricoles dans le Grand Sud », a expliqué un expert du ministère des Ressources en eau.

Ce partenariat intervient dans un contexte où l’Algérie cherche à diversifier ses alliances économiques, notamment après les tensions avec certains partenaires traditionnels. L’Italie, premier partenaire commercial de l’Algérie en Europe, voit dans ce projet une opportunité de renforcer sa présence dans le secteur des énergies vertes. Selon les chiffres de l’Institut national italien de statistique (ISTAT), les échanges commerciaux entre les deux pays ont atteint 12 milliards d’euros en 2025, dont une part croissante concerne les technologies environnementales.

Sur le terrain, les premières actions concrètes devraient démarrer avant la fin de l’année. Une délégation italienne se rendra en Algérie en septembre pour finaliser les études de faisabilité des projets de reboisement et de dessalement. « Nous misons sur une approche pragmatique, avec des résultats visibles dans les trois ans », a précisé un conseiller du ministre Grine. Pour les populations locales, notamment dans les zones arides, ces initiatives représentent un espoir de voir enfin aboutir un projet vieux de plus d’un demi-siècle. « Le Barrage vert a été une belle idée, mais il faut maintenant le faire vivre avec des moyens modernes », confie un agriculteur de la wilaya de Naâma, interrogé par l’APS.

Reste à voir si ce partenariat parviendra à surmonter les défis logistiques et administratifs qui ont souvent freiné les grands projets environnementaux en Algérie. Les retards dans l’exécution des contrats publics et les lenteurs bureaucratiques ont, par le passé, découragé plusieurs investisseurs étrangers. « L’engagement politique est là, mais il faudra une coordination sans faille entre les différents ministères et les collectivités locales », estime un analyste économique algérien, cité par TSA. Si les promesses se concrétisent, ce projet pourrait servir de modèle pour d’autres initiatives régionales, notamment avec la Tunisie et le Maroc, qui partagent les mêmes enjeux de désertification et de stress hydrique.

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