L’Algérie accélère sa souveraineté numérique avec l’IA

L’Algérie place la protection des données et la maîtrise des technologies d’intelligence artificielle (IA) au cœur de sa stratégie de souveraineté numérique. Une priorité récemment réaffirmée par les autorités, alors que le pays fait face à des enjeux croissants en matière de cybersécurité et de dépendance technologique. Selon Le Jeune Indépendant, qui a consacré un dossier à ce sujet en avril 2026, l’État algérien multiplie les initiatives pour encadrer l’utilisation de l’IA tout en protégeant les informations sensibles des citoyens et des institutions.

Le ministère des Postes et des Télécommunications, dirigé par Karim Bibi Triki, a lancé en 2025 un plan national pour la régulation des données. Ce dispositif vise à limiter l’exploitation des informations personnelles par des acteurs étrangers, notamment les géants du numérique comme Google, Meta ou Amazon. D’après des sources proches du dossier citées par Le Jeune Indépendant, l’Algérie travaille sur un cadre juridique inspiré du Règlement général sur la protection des données (RGPD) européen, mais adapté aux spécificités locales. L’objectif est double : éviter les fuites de données vers des serveurs étrangers et renforcer la confiance des Algériens dans les services numériques nationaux.

Des infrastructures locales pour réduire la dépendance

Pour concrétiser cette souveraineté, l’Algérie mise sur le développement d’infrastructures cloud locales. La Société algérienne des fibres optiques (SAFO) et Algérie Télécom ont annoncé en 2025 la création de centres de données sur le territoire national. Ces structures, situées à Alger, Oran et Constantine, doivent permettre aux administrations et aux entreprises de stocker leurs données en Algérie, sans recourir à des solutions étrangères. Selon un rapport de l’Agence nationale de la sécurité informatique (ANSI), près de 60 % des données des institutions publiques algériennes étaient hébergées à l’étranger en 2024, une situation jugée « inacceptable » par les autorités.

Le projet s’accompagne d’un renforcement des capacités en cybersécurité. L’ANSI, sous la direction de Mohamed Amine Chentouf, a formé plus de 2 000 experts en sécurité informatique depuis 2023, en partenariat avec des universités algériennes comme l’École nationale supérieure d’informatique (ESI) d’Alger. Ces spécialistes sont chargés de protéger les infrastructures critiques, notamment celles des secteurs bancaire, énergétique et de la défense. En 2025, l’ANSI a détecté et neutralisé plus de 15 000 cyberattaques ciblant des institutions algériennes, selon ses propres chiffres.

L’IA, un levier de développement économique

Au-delà de la protection des données, l’Algérie voit dans l’IA un outil pour moderniser son économie. Le gouvernement a lancé en 2025 un programme baptisé « Algérie IA 2030 », qui vise à intégrer ces technologies dans des secteurs clés comme la santé, l’agriculture et l’industrie. Le ministre de l’Économie de la connaissance, Yacine Oualid, a déclaré lors d’une conférence à Alger que « l’IA n’est pas une option, mais une nécessité pour rattraper le retard technologique et créer des emplois qualifiés ».

Plusieurs projets pilotes sont déjà en cours. À l’Université d’Alger 3, des chercheurs travaillent sur des algorithmes de maintenance prédictive pour les usines du groupe Sonatrach. Selon El Mawkie, qui a relayé l’information en juin 2025, ces outils permettraient de réduire les pannes dans les installations pétrolières et gazières, avec des économies estimées à plusieurs millions de dollars par an. Dans le domaine médical, le Centre hospitalo-universitaire (CHU) Mustapha Pacha d’Alger teste des systèmes d’IA pour analyser les radiographies et détecter précocement des cancers.

Des défis structurels à surmonter

Malgré ces avancées, l’Algérie reste confrontée à des obstacles majeurs. Le premier est celui des compétences. Selon une étude de l’Organisation internationale du travail (OIT) publiée en 2025, moins de 5 % des ingénieurs algériens sont spécialisés en IA ou en data science. Pour combler ce déficit, le ministère de l’Enseignement supérieur a lancé des partenariats avec des universités étrangères, notamment en France, au Canada et en Chine. Des bourses sont également offertes aux étudiants algériens pour se former dans ces domaines à l’étranger.

Le deuxième défi est financier. Le développement d’infrastructures numériques locales et la formation de spécialistes nécessitent des investissements importants. Le gouvernement a annoncé en 2025 un budget de 50 milliards de dinars (environ 350 millions d’euros) pour la période 2025-2027, mais les experts estiment que ce montant est insuffisant. Selon un rapport de la Banque mondiale cité par We Are Tech en juin 2025, l’Algérie devrait investir au moins 1 milliard de dollars par an pour atteindre ses objectifs en matière de numérique.

Enfin, la fracture numérique persiste entre les grandes villes et les zones rurales. Selon l’Autorité de régulation de la poste et des communications électroniques (ARPCE), près de 30 % des Algériens n’ont toujours pas accès à Internet à haut débit en 2026. Pour y remédier, l’État a lancé un plan de déploiement de la fibre optique dans les wilayas du Sud, en partenariat avec des entreprises comme Huawei et Nokia. Ce projet, baptisé « Algérie Connectée », vise à couvrir 90 % du territoire d’ici 2030.

Une stratégie alignée sur les priorités régionales

L’Algérie n’est pas seule dans cette démarche. Plusieurs pays africains, comme le Maroc, l’Égypte et le Nigeria, ont également lancé des stratégies nationales pour l’IA et la souveraineté numérique. Selon Digital Business Africa, l’Algérie se distingue par son approche « holistique », qui combine protection des données, développement d’infrastructures locales et formation de talents. Le pays a d’ailleurs été invité à rejoindre l’Alliance africaine pour l’intelligence artificielle, une initiative lancée en 2024 pour coordonner les efforts du continent dans ce domaine.

Pour l’Algérie, la maîtrise du numérique et de l’IA n’est pas seulement une question technologique, mais aussi géopolitique. En réduisant sa dépendance aux solutions étrangères, le pays cherche à renforcer son autonomie stratégique, notamment face aux tensions internationales autour des données et des technologies. Comme l’a souligné le président Abdelmadjid Tebboune lors d’un discours en 2025, « la souveraineté numérique est aussi importante que la souveraineté énergétique ou alimentaire ». Une déclaration qui résume l’ambition algérienne : faire du numérique un pilier de son développement, tout en protégeant ses intérêts nationaux.

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