La décision de l’Alliance des États du Sahel (AES) d’accréditer des diplomates au Maroc marque un tournant dans les relations régionales, avec des répercussions directes sur l’Algérie. Selon Courrier international, cette initiative, annoncée récemment, est perçue comme une manœuvre visant à « solder les comptes » avec Alger, dans un contexte de tensions croissantes entre les deux pays.
Une rupture diplomatique aux racines profondes
L’envoi de diplomates au Maroc s’inscrit dans cette dynamique. Rabat, qui entretient des relations tendues avec Alger depuis des décennies, voit dans cette décision une opportunité de renforcer son influence en Afrique subsaharienne. Pour l’AES, il s’agit d’une réponse aux positions algériennes, notamment sur la question du Sahara occidental, où l’Algérie soutient le Front Polisario, ennemi déclaré du Maroc.
Le Maroc, un allié stratégique pour l’AES
Pour les trois pays de l’AES, le Maroc représente aussi un contrepoids à l’influence algérienne. Alger a traditionnellement joué un rôle de médiateur dans les crises sahéliennes, notamment au Mali, où son implication dans les négociations avec les groupes armés a été saluée. Cependant, les juntes au pouvoir à Bamako, Ouagadougou et Niamey voient désormais cette médiation comme une ingérence, préférant se tourner vers d’autres acteurs régionaux.
L’Algérie face à un isolement croissant
Les autorités algériennes n’ont pas encore réagi officiellement à cette annonce, mais des observateurs estiment qu’elle pourrait accélérer un réajustement de la politique étrangère du pays. L’Algérie pourrait chercher à renforcer ses liens avec d’autres partenaires, comme la Tunisie ou la Libye, pour contrer cette dynamique. Cependant, la fragmentation des alliances en Afrique du Nord et au Sahel complique toute stratégie de contre-offensive.
Enjeux économiques et sécuritaires
Sur le plan sécuritaire, la coopération entre l’AES et le Maroc pourrait inclure des formations militaires et des livraisons d’équipements. Le Maroc dispose d’une industrie de défense en pleine expansion, tandis que les pays du Sahel cherchent à réduire leur dépendance envers les partenaires occidentaux. Cette alliance pourrait aussi affaiblir les efforts de lutte contre le terrorisme dans la région, où l’Algérie a joué un rôle clé jusqu’ici.
Une région en recomposition
Pour le Maroc, cette ouverture diplomatique est une victoire. Le royaume consolide ainsi son statut de puissance régionale, tout en affaiblissant l’influence algérienne. Cependant, cette rivalité risque d’aggraver les divisions au sein du Maghreb, déjà fragilisé par des décennies de tensions.
La décision de l’AES n’est pas seulement une réponse à l’Algérie : elle reflète aussi les nouvelles réalités géopolitiques du continent. Dans un contexte où les alliances traditionnelles sont remises en question, les pays africains cherchent à diversifier leurs partenariats, quitte à bousculer l’ordre établi. Pour l’Algérie, le défi sera de s’adapter à cette nouvelle donne sans perdre pied dans une région où son rôle était jusqu’ici central.