En 2025, l’Algérie a franchi une étape majeure pour attirer les compétences et les capitaux de sa diaspora. Le projet de loi autorisant la création d’entreprises à distance par les Algériens résidant à l’étranger a été adopté récemment par l’Assemblée populaire nationale (APN). Cette mesure, saluée par les entrepreneurs expatriés, vise à simplifier les formalités administratives et à encourager les investissements dans le pays. Selon Visas & Voyages Algérie, cette réforme pourrait entrer en vigueur dès le premier trimestre 2026, offrant de nouvelles opportunités aux talents algériens vivant en Europe, en Amérique du Nord ou ailleurs.
Une réforme attendue depuis des années
Depuis des années, la diaspora algérienne exprimait son frustration face aux obstacles administratifs qui l’empêchaient de créer ou de gérer une entreprise en Algérie sans y résider physiquement. Les procédures complexes, les délais prolongés et les déplacements obligatoires entre deux pays freinaient l’investissement des Algériens de l’étranger. Cette semaine, le ministre de l’Industrie et des Mines, Ahmed Zeghdar, a confirmé à Maghreb Émergent que le texte avait été finalisé après des consultations avec les représentants des expatriés.
L’un des points clés de cette réforme est la disparition de l’obligation de résidence pour les fondateurs d’entreprises. Désormais, un Algérien vivant en France, au Canada ou en Allemagne pourra créer une société en Algérie via une plateforme numérique sécurisée, sans avoir à se rendre sur place. Cette mesure s’inscrit dans le cadre du plan de relance économique du gouvernement, qui mise sur les compétences et les fonds de la diaspora pour booster les start-up et les PME locales.
Quels secteurs sont concernés ?
Les secteurs éligibles à cette création d’entreprise à distance sont vastes, mais certaines activités restent soumises à autorisation préalable. Selon les informations obtenues par El Moudjahid, les domaines de la technologie, des services numériques, de l’agriculture moderne et des énergies renouvelables sont particulièrement encouragés. Les start-up innovantes pourront aussi bénéficier d’avantages fiscaux, comme une exonération d’impôts sur les bénéfices pendant six ans, sous conditions de certifications par un incubateur agréé.
Les entrepreneurs de la diaspora pourront ainsi lancer des projets dans des niches porteuses, comme l’intelligence artificielle, les fintechs ou les biotechnologies. Plusieurs incubateurs algériens, comme Start-Up Your Life à Alger ou InnovaTech à Oran, se sont déjà préparés à accompagner les nouveaux porteurs de projets. Ces structures offrent non seulement un soutien juridique et administratif, mais aussi un accès à des réseaux d’investisseurs locaux et internationaux.
Les défis restent nombreux
Malgré cette avancée, des questions subsistent. L’un des principaux obstacles sera la fluidité des transactions financières entre l’étranger et l’Algérie. Les entrepreneurs de la diaspora craignent des lenteurs bancaires ou des restrictions sur les transferts de fonds. Interrogé par Lepetitjournal.com, un responsable de la Banque d’Algérie a indiqué que des mesures étaient en cours pour faciliter les virements internationaux, mais sans préciser de calendrier.
Un autre point de vigilance concerne la sécurité juridique des investissements. Plusieurs entrepreneurs interrogés par Les Echos ont souligné que les contrats en Algérie pouvaient être difficiles à faire respecter, surtout en cas de litige avec un partenaire local. La réforme ne change rien à ce niveau, et les investisseurs devront donc anticiper des garanties contractuelles solides.
Des exemples inspirants
Certains entrepreneurs de la diaspora ont déjà réussi à contourner les anciennes règles. C’est le cas de Yacine Benalia, un ingénieur basé à Montréal, qui a créé en 2024 une filiale de son entreprise de logiciels au sein du parc technologique de Sidi Abdallah, près d’Alger. Grâce à un partenariat avec une société locale, il a pu bénéficier d’un statut favorisant l’export de ses solutions numériques vers l’Afrique francophone. Son entreprise, TechWave Solutions, emploie désormais une dizaine de salariés en Algérie et vise une croissance de 30 % par an.
Un autre exemple est celui de Sara Meftah, une entrepreneure basée à Paris, qui a lancé en 2025 une plateforme de e-learning spécialisée dans les métiers du numérique. Son entreprise, EduNex Algeria, a été incubée par InnovaTech et a obtenu une exonération fiscale sur trois ans. Sara a confié à Maghreb Émergent que la simplification des formalités lui avait permis de se concentrer sur le développement de son projet plutôt que sur les paperasses administratives.
Ce que la réforme change concrètement
Pour les entrepreneurs de la diaspora, les bénéfices sont multiples :
– Gain de temps : Plus besoin de faire des allers-retours entre l’Algérie et le pays de résidence pour monter une entreprise.
– Accès à des marchés porteurs : L’Algérie, avec son marché intérieur de 45 millions d’habitants et sa position géostratégique, représente une plateforme idéale pour les start-up visant l’Afrique du Nord et subsaharienne.
– Avantages fiscaux : Les exonérations prolongées peuvent représenter des économies substantielles, surtout pour les jeunes entreprises.
Cependant, les entrepreneurs devront s’adapter à un environnement économique encore marqué par des lourdeurs administratives dans certains secteurs. Les délais de paiement des clients locaux, les difficultés logistiques ou les ambiguïtés fiscales pourraient freiner certains projets.
À retenir pour les entrepreneurs
La possibilité de créer une entreprise en Algérie à distance, prévue pour début 2026, ouvre une fenêtre d’opportunités pour la diaspora. Les secteurs technologiques et innovants bénéficieront d’avantages fiscaux et d’un accompagnement via des incubateurs agréés. Les entrepreneurs devront néanmoins anticiper les défis liés aux transferts de fonds et à la sécurité juridique de leurs investissements.
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