Interdiction sacs plastiques Algérie 2026

Le tournant écologique qui bouleverse les PME algériennes

Depuis le 15 juillet 2026, l’Algérie applique une interdiction totale des sacs plastiques à usage unique. Cette mesure, soutenue par une pétition citoyenne de plus de 50 000 signatures, marque un virage environnemental sans précédent dans le pays. Pour les entrepreneurs locaux, cette transition n’est pas seulement réglementaire : elle représente un coût immédiat et une opportunité à saisir.

L’arrêté ministériel publié cette semaine par le ministère de l’Environnement élargit l’interdiction aux sacs de moins de 50 microns, déjà bannis en 2021, mais inclut désormais tous les formats plastiques. Les contrevenants risquent des amendes allant jusqu’à 1 million de dinars pour les entreprises, selon les nouvelles directives du gouvernement. « C’est la fin d’une ère pour des milliers de petits commerçants qui dépendaient à 80% des sacs plastiques pour leur activité », explique un porte-parole de la Chambre nationale du Commerce (CNC).

Des alternatives qui pèsent sur les marges

Pour les épiceries, les souks et les commerces de proximité, la facture se chiffre en centaines de milliers de dinars par mois. Karim, propriétaire d’une épicerie à Alger, estime à 300 000 DA ses dépenses mensuelles pour remplacer les sacs plastiques par des solutions biodégradables. « Les sacs en papier coûtent trois fois plus cher, et ceux en tissu ne sont pas viables pour mes clients qui achètent de petites quantités », confie-t-il.

Les grands groupes comme Cevital et Condor, déjà engagés dans des initiatives RSE, ont anticipé le changement. Cevital a investi 150 millions de dinars en 2025 pour produire des sacs compostables dans son usine de Sétif. « Nous avons formé 200 PME partenaires à nos nouvelles gammes, mais beaucoup n’ont pas les moyens de suivre », reconnaît un responsable de l’entreprise.

La diaspora en première ligne

Les entrepreneurs algériens de l’étranger jouent un rôle clé dans cette transition. La pétition ayant conduit à l’interdiction a été lancée depuis l’étranger, avec une forte mobilisation des professionnels basés en France et au Canada. « Nous avons récolté 70% des signatures depuis l’étranger, particulièrement dans les villes où les diasporas algériennes sont actives comme Marseille et Montréal », précise l’initiateur de la campagne, un ingénieur basé à Paris.

Des startups de la diaspora proposent désormais des solutions clés en main. L’entreprise française AlgGreen, fondée par un entrepreneur algérien, commercialise des sacs en amidon de maïs à 12 DA l’unité (contre 5 DA pour le plastique). « Nos commandes ont explosé depuis le début de l’année, avec une demande croissante des wilayas côtières comme Oran et Annaba », indique son fondateur.

Le secteur informel face à l'urgence

Le défi est encore plus complexe pour le secteur informel, qui représente 45% du commerce algérien selon la Banque mondiale. Les vendeurs ambulants et les petits marchés informels continuent d’utiliser massivement les sacs plastiques, faute de contrôle efficace. Les wilayas d’El Oued et de Constantine ont signalé des résistances, avec des prix au marché noir dépassant 200 DA pour un sac plastique illégal.

Le gouvernement mise sur des contrôles renforcés et des sanctions ciblées. « Nous allons déployer des brigades mobiles dans les wilayas les plus touchées, avec une tolérance zéro pour les grandes surfaces », a déclaré le ministre de l’Environnement cette semaine. Les associations environnementales comme « Algérie Verte » appellent à une campagne de sensibilisation massive.

Un marché en construction

Cette interdiction crée paradoxalement un nouveau marché estimé à 20 milliards de dinars par an. Les entrepreneurs locaux voient là une opportunité de diversification. Plusieurs coopératives de femmes se sont lancées dans la fabrication de sacs en jute, avec un prix de revient à 8 DA et une marge de 30%.

Des incubateurs comme Startup Your Life ont lancé des programmes dédiés à l’économie circulaire. « Nous avons accompagné 15 porteurs de projets depuis janvier, avec des subventions pouvant atteindre 5 millions de dinars pour les projets innovants », explique la directrice de l’incubateur.

Les industriels locaux mis sous pression

Les fabricants algériens de sacs plastiques, regroupés sous la Fédération nationale des industries plastiques, ont dû se reconvertir rapidement. L’usine de Sidi Bel Abbès, spécialisée dans les emballages, a réduit ses effectifs de 30% et reconverti ses lignes de production vers des films biodégradables. « Notre chiffre d’affaires a chuté de 40% en six mois, mais nous misons sur l’export vers l’Afrique subsaharienne où la demande explose », déclare le directeur de l’usine.

À l’inverse, les producteurs de matières premières comme Sonatrach voient leur activité s’adapter. La filiale Sonatrach Plastics a signé des accords avec des startups locales pour fournir des granulés de bioplastique à base d’algues, une ressource abondante en Algérie.

À retenir pour les entrepreneurs
Les entrepreneurs doivent anticiper les coûts de transition vers les alternatives biodégradables, qui représentent un investissement de 10 à 30% des marges selon les secteurs. Les wilayas côtières et les villes touristiques offrent les opportunités commerciales les plus prometteuses pour les nouvelles solutions d’emballage. Les subventions publiques pour les projets d’économie circulaire peuvent couvrir jusqu’à 50% des investissements initiaux.

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