Le site thermal de Hammam Essalihine, situé dans la wilaya de Khenchela, connaît un regain d’intérêt après des années de sous-exploitation. Selon Horizons, qui a consacré un reportage récent à ce complexe, ses vertus thérapeutiques et son attrait historique attirent de nouveau les visiteurs, mais aussi les investisseurs. Ce retour en grâce pourrait redynamiser un secteur en quête de modernisation et offrir des opportunités aux entrepreneurs algériens.
Hammam Essalihine, connu depuis l’Antiquité romaine sous le nom d’Aquae Flavianae, est l’un des plus anciens sites thermaux d’Algérie. Ses eaux sulfureuses, réputées pour soigner les affections rhumatismales et dermatologiques, ont longtemps attiré des curistes locaux et étrangers. Pourtant, malgré son potentiel, le site a souffert d’un manque d’investissements et d’une gestion peu adaptée aux standards modernes. Aujourd’hui, les autorités et les acteurs privés semblent déterminés à lui redonner ses lettres de noblesse.
D’après Horizons, le complexe a enregistré une hausse de fréquentation ces derniers mois, avec une augmentation de 20 % des réservations par rapport à l’année précédente. Cette tendance s’explique en partie par la rénovation partielle des infrastructures, financée par des fonds publics. Les bassins ont été réhabilités, et des espaces dédiés aux soins esthétiques et au bien-être ont été aménagés. Mais c’est surtout l’arrivée de nouveaux acteurs privés qui pourrait changer la donne.
Plusieurs entrepreneurs algériens, dont certains issus de la diaspora, ont manifesté leur intérêt pour Hammam Essalihine. Parmi eux, des investisseurs spécialisés dans l’hôtellerie et les spas, qui voient dans ce site un potentiel comparable à celui des stations thermales marocaines ou tunisiennes. « Le thermalisme algérien a un avantage concurrentiel : des eaux aux propriétés uniques, un patrimoine historique et des coûts d’exploitation encore bas par rapport à l’Europe », explique un consultant en tourisme interrogé par El Moudjahid. Pour lui, la clé réside dans la diversification de l’offre, en combinant soins médicaux, détente et tourisme culturel.
Les défis restent toutefois nombreux. Le site manque encore d’hébergements haut de gamme, essentiels pour attirer une clientèle internationale. Les infrastructures routières, bien qu’améliorées, restent perfectibles pour faciliter l’accès depuis les grandes villes. Enfin, la formation du personnel aux standards des spas modernes est un enjeu crucial. Plusieurs écoles hôtelières algériennes, comme l’Institut National de Formation en Hôtellerie et Tourisme (INFHT) d’Alger, commencent à intégrer des modules dédiés aux métiers du bien-être, mais le chemin est encore long.
Sur le plan économique, le thermalisme pourrait devenir un levier de développement local. À Khenchela, où le taux de chômage dépasse les 15 %, la relance de Hammam Essalihine pourrait créer des emplois directs et indirects. Des artisans locaux, spécialisés dans la poterie ou les produits cosmétiques naturels, pourraient aussi bénéficier de cette dynamique. « Nous travaillons sur des partenariats avec des producteurs de miel, d’huile d’argan et de plantes médicinales pour proposer des soins 100 % algériens », confie un entrepreneur de la région.
La diaspora algérienne pourrait jouer un rôle clé dans ce renouveau. Plusieurs projets portés par des Algériens de l’étranger ont déjà vu le jour, comme la création d’un écolodge à proximité du site ou l’ouverture d’un centre de bien-être proposant des cures détox. « Beaucoup de membres de la diaspora cherchent à investir dans des projets qui ont du sens, avec un impact social et environnemental », souligne un représentant de la Chambre de Commerce Algéro-Française. Pour eux, Hammam Essalihine représente une opportunité de concilier rentabilité et patrimoine.
À l’échelle nationale, le thermalisme algérien reste en retard par rapport à ses voisins maghrébins. Le Maroc, avec des stations comme Moulay Yacoub ou Sidi Harazem, attire chaque année des centaines de milliers de visiteurs, tandis que la Tunisie mise sur des complexes comme Hammamet pour séduire une clientèle européenne. En Algérie, les sites comme Hammam Bouhanifia (Mascara) ou Hammam Righa (Aïn Defla) peinent encore à se moderniser. Pourtant, le pays dispose d’un atout majeur : un patrimoine thermal riche et diversifié, avec plus de 200 sources d’eaux chaudes identifiées.
Le gouvernement semble avoir pris conscience de cet enjeu. En 2023, le ministère du Tourisme a lancé un plan de relance du thermalisme, avec pour objectif de doubler la fréquentation des stations d’ici 2027. Parmi les mesures annoncées : des incitations fiscales pour les investisseurs, la création d’un label « Thermalisme Algérien » et des partenariats avec des opérateurs internationaux. « Nous voulons positionner l’Algérie comme une destination de bien-être à part entière », déclarait récemment le ministre du Tourisme, Hacène Mermouri, lors d’un forum dédié.
Pour les entrepreneurs, Hammam Essalihine est un cas d’école. Son succès dépendra de leur capacité à innover tout en préservant l’authenticité du site. Certains misent sur des concepts hybrides, comme des retreats combinant yoga, méditation et soins thermaux. D’autres envisagent des forfaits « découverte » pour les touristes en quête d’expériences culturelles. « Il faut sortir des sentiers battus. Les clients ne veulent plus seulement des bains chauds, ils veulent une immersion dans l’histoire et les traditions algériennes », analyse une cheffe d’entreprise spécialisée dans l’événementiel.
À l’étranger, l’exemple de Saliha, une kinésiologue algérienne installée dans la station thermale de l’Orne (France), montre que les compétences algériennes peuvent trouver leur place dans ce secteur. Selon Actu.fr, elle a ouvert son cabinet en misant sur une approche holistique, mêlant soins thermaux et thérapies alternatives. Son parcours pourrait inspirer des professionnels algériens à se former aux métiers du bien-être pour ensuite revenir investir dans leur pays.
À retenir pour les entrepreneurs
Hammam Essalihine illustre le potentiel inexploité du thermalisme algérien. Les opportunités existent pour ceux qui sauront allier modernité et tradition, avec des investissements ciblés dans l’hébergement, les soins et les services annexes. La diaspora peut jouer un rôle de catalyseur en apportant expertise et capitaux, tandis que les pouvoirs publics semblent prêts à soutenir les projets innovants.
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