L’Algérie fait face à une épidémie de grippe toujours active en ce mois de janvier 2025, selon Elsan. Les autorités sanitaires et les professionnels de santé alertent sur la circulation soutenue du virus, malgré les campagnes de vaccination et les mesures préventives mises en place depuis le début de l’hiver. Cette situation soulève des questions sur l’efficacité des dispositifs en place et les défis logistiques rencontrés par le système de santé national.
Une propagation qui résiste aux mesures
Les campagnes de vaccination, lancées dès octobre 2024 par le ministère de la Santé, n’ont pas encore permis d’endiguer la propagation. Selon les chiffres officiels, environ 3,5 millions de doses ont été distribuées, un chiffre en hausse par rapport à l’année précédente, mais jugé insuffisant par les spécialistes. Le docteur Fatima Zohra, épidémiologiste au CHU Mustapha Pacha d’Alger, explique que « la couverture vaccinale reste inégale, avec des disparités entre les wilayas et une réticence persistante chez une partie de la population, notamment les personnes âgées et les malades chroniques, pourtant les plus vulnérables ».
Des hôpitaux sous pression
Par ailleurs, les pharmacies font face à des ruptures de stock de médicaments essentiels, comme le paracétamol et les antiviraux. Le Syndicat national des pharmaciens d’officine (SNPO) a alerté sur les difficultés d’approvisionnement, attribuées à des retards dans les commandes et à une demande accrue. « Nous recevons des livraisons partielles, ce qui ne permet pas de répondre à la demande », déplore un pharmacien à Blida, sous couvert d’anonymat.
Un enjeu de santé publique et de prévention
Les experts appellent également à une meilleure coordination entre les différents acteurs du système de santé. Le docteur Senhadji plaide pour « une surveillance épidémiologique plus réactive et une adaptation des stratégies de vaccination en fonction des données en temps réel ». Il suggère notamment d’étendre la gratuité du vaccin à d’autres catégories de la population, comme les femmes enceintes et les professionnels de santé, pour améliorer la couverture.
Des défis logistiques et structurels
Par ailleurs, la formation et la répartition des professionnels de santé restent des enjeux majeurs. Les déserts médicaux dans certaines wilayas du Sud et des Hauts-Plateaux aggravent les inégalités d’accès aux soins. Le docteur Zohra souligne que « les zones rurales et périurbaines sont souvent les plus touchées par les épidémies, faute de moyens humains et matériels suffisants ».
Vers une amélioration progressive ?
Cependant, la vigilance reste de mise. Les spécialistes rappellent que les épidémies de grippe peuvent connaître des rebonds, comme ce fut le cas en 2018. Pour éviter une nouvelle vague, le professeur Senhadji insiste sur « la nécessité d’une approche globale, combinant prévention, traitement et recherche ». Il appelle à une collaboration accrue entre les institutions publiques, les laboratoires privés et les partenaires internationaux pour mieux anticiper les prochaines épidémies.
En attendant, les Algériens sont invités à rester prudents et à adopter les mesures préventives pour limiter la propagation du virus. La grippe 2025, bien que moins médiatisée que d’autres crises sanitaires, rappelle l’importance d’un système de santé résilient et réactif, capable de protéger l’ensemble de la population.