Hassan Bouras, journaliste et défenseur des droits humains, observe une grève de la faim depuis le 4 mai 2026. Cet acte de protestation intervient après des années de pressions judiciaires et administratives ciblant son travail d’enquête sur les violations des droits en Algérie. Bouras, cofondateur du Collectif pour la défense des droits de l’homme en Algérie (CDDHA), a été condamné à plusieurs reprises pour « diffamation » et « atteinte à l’unité nationale », des charges qu’il conteste et qualifie de manœuvres pour étouffer les voix critiques.
Selon Le360 Afrique, qui a relayé son appel le 20 mai 2026, Bouras dénonce un « harcèlement systématique » orchestré par les autorités. Ses avocats, cités par le même média, affirment que les procédures engagées contre lui visent à l’épuiser financièrement et moralement. En 2023, il avait déjà été condamné à six mois de prison avec sursis pour « outrage à corps constitué », une décision confirmée en appel en 2024. Ses soutiens, dont Amnesty International, soulignent que ces poursuites s’inscrivent dans une tendance plus large de restriction de l’espace civique en Algérie.
Un journaliste ciblé pour ses enquêtes
Les autorités algériennes n’ont pas réagi officiellement à la grève de la faim de Bouras. Cependant, des sources proches du ministère de la Justice, citées par El Watan, minimisent la gravité de la situation, affirmant que « les procédures judiciaires respectent les lois en vigueur ». Pourtant, des organisations locales comme la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme (LADDH) alertent sur l’état de santé du journaliste, hospitalisé à plusieurs reprises depuis le début de sa grève.
Un contexte de restrictions croissantes
Des figures de l’opposition, comme le militant Karim Tabbou, ont également été visées par des poursuites similaires. Tabbou, libéré en 2023 après une détention de deux ans, a été condamné en 2024 à une amende pour « incitation à attroupement non armé ». Ces mesures, selon des analystes cités par Middle East Eye, visent à décourager toute velléité de contestation, notamment à l’approche des élections législatives prévues en 2027.
Réactions internationales et mobilisation locale
Sur le plan local, une pétition en ligne a recueilli plus de 15 000 signatures en une semaine, exigeant la fin des poursuites et la reconnaissance du droit à la liberté d’expression. Des rassemblements ont été organisés devant le tribunal de Sidi M’hamed à Alger, malgré l’interdiction des manifestations non autorisées. Des personnalités comme l’écrivain Kamel Daoud et l’avocate Zoubida Assoul ont publiquement apporté leur soutien à Bouras, dénonçant une « justice instrumentalisée ».
Un enjeu pour l’avenir des libertés en Algérie
Si Bouras venait à obtenir gain de cause, cela pourrait encourager d’autres journalistes et militants à poursuivre leur travail sans crainte de représailles. À l’inverse, un échec risquerait d’accentuer la défiance envers les institutions et de pousser une partie de la jeunesse vers des formes de contestation plus radicales. Dans un pays où le souvenir du Hirak reste vivace, la gestion de ce dossier pourrait bien devenir un test pour le président Abdelmadjid Tebboune, dont le mandat a été marqué par des promesses de réformes jamais concrétisées.
Pour l’heure, Hassan Bouras reste déterminé. Dans un message diffusé par ses proches, il a déclaré : « Je ne céderai pas à l’intimidation. Mon combat est celui de tous ceux qui croient en une Algérie libre et juste. » Son sort dépend désormais de la capacité des autorités à entendre cette voix, ou à la faire taire définitivement.