L’Algérie accélère sa stratégie pour attirer les compétences de sa diaspora scientifique, un enjeu économique et technologique devenu prioritaire. Le gouvernement mise sur des mécanismes concrets pour créer des ponts entre les chercheurs expatriés et les pôles d’innovation nationaux. Cette semaine, le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique a annoncé le lancement d’un appel à projets dédié aux scientifiques algériens à l’étranger, avec des financements alloués par le Fonds national de recherche pour le développement (FNRD).
Un fonds dédié pour des projets collaboratifs
Le FNRD, géré par le ministère de tutelle, a débloqué 500 millions de dinars pour soutenir des projets de recherche présentés par des équipes mixtes incluant au moins un chercheur de la diaspora. Selon des sources proches du dossier, ces fonds permettront de couvrir jusqu’à 80% des coûts des projets sélectionnés, avec une enveloppe maximale de 20 millions de dinars par projet. Les thématiques prioritaires incluent l’intelligence artificielle, les énergies renouvelables et les biotechnologies.
Cette initiative s’inscrit dans le prolongement du programme Hisseb, lancé en 2024 pour faciliter les retours temporaires ou permanents des scientifiques algériens. Hisseb offre des incitations fiscales et des primes à l’installation, avec des avantages comme l’exonération partielle de l’impôt sur le revenu pendant cinq ans pour les chercheurs rapatriés. Selon une étude de l’Agence nationale de valorisation des résultats de la recherche (ANVREDET), plus de 3 000 scientifiques algériens travaillent actuellement dans les universités et centres de recherche en Europe et en Amérique du Nord.
Les leviers concrets pour les entrepreneurs
Pour les entrepreneurs locaux, cette dynamique ouvre des opportunités de partenariats avec des chercheurs expatriés. Plusieurs start-up algéroises en biotechnologie et en tech ont déjà bénéficié de collaborations avec la diaspora, notamment via des incubateurs comme Start-Up Your Life à Alger. Ces partenariats permettent d’accéder à des brevets, des protocoles de recherche ou des réseaux internationaux, souvent inaccessibles sans ces connexions.
Un exemple notable est celui de la start-up GreenTech Algeria, basée à Sidi Abdellah et spécialisée dans les solutions hydroponiques. En 2025, l’entreprise a signé un accord avec un chercheur algérien de l’INRAE en France pour adapter des techniques de culture sans sol aux conditions climatiques locales. Résultat : une augmentation de 40% de la productivité des serres pilotes en deux ans. Ces collaborations réduisent aussi les coûts de R&D, un avantage crucial pour les petites structures.
Un écosystème en construction
Le ministère de l’Enseignement supérieur a également annoncé la création de trois Hubs d’innovation diaspora dans les wilayas d’Alger, Oran et Constantine. Ces espaces, prévus pour 2026, offriront des postes de travail, des laboratoires partagés et un accompagnement administratif pour les scientifiques souhaitant monter des projets en Algérie. Les wilayas bénéficieront d’un budget de 1,2 milliard de dinars pour équiper ces structures, avec un accent sur les zones industrielles comme Rouiba près d’Alger.
Les entrepreneurs peuvent tirer parti de ces hubs pour recruter des talents ou lancer des ventures technologiques. Une enquête menée par la Chambre algérienne de commerce et d’industrie (CACI) révèle que 60% des start-up innovantes en Algérie ont déjà collaboré avec des experts de la diaspora, mais seulement 20% de ces partenariats sont formalisés. Les hubs visent à structurer ces échanges.
Les obstacles à surmonter
Malgré ces avancées, des freins persistent. Les délais administratifs pour les rapatriements et les transferts de fonds restent longs, freinant l’attractivité des dispositifs. Selon un rapport de la Banque mondiale publié cette année, l’Algérie se classe 156e sur 190 pays pour la facilité des transferts transfrontaliers, avec des coûts moyens de 5,8% du montant transféré. Les entrepreneurs doivent aussi composer avec des infrastructures parfois obsolètes dans les centres de recherche locaux, malgré les investissements récents.
Les acteurs économiques appellent à une simplification des procédures pour les scientifiques rapatriés et à un alignement des incitations avec celles offertes par des pays concurrents comme le Maroc ou la Tunisie. Ces derniers ont mis en place des visas « talent » et des exonérations fiscales plus attractives, attirant une partie de la diaspora algérienne.
Un pari sur l’avenir technologique
Pour Tewfik Hakkar, ministre de l’Enseignement supérieur, cette stratégie est un pari sur la transformation de l’économie algérienne. « L’Algérie ne peut se contenter d’exporter des matières premières. Nos cerveaux à l’étranger sont un capital que nous devons mobiliser pour bâtir une industrie du savoir », a-t-il déclaré lors d’une réunion avec des représentants de la diaspora en juin 2026.
Les entrepreneurs ont tout à gagner à s’emparer de cette dynamique. Les appels à projets du FNRD et les hubs d’innovation offrent des opportunités uniques pour accéder à des expertises de haut niveau et accélérer l’innovation. Les partenariats avec la diaspora permettent aussi de briser l’isolement des start-up algériennes et d’ouvrir des marchés à l’export.
À retenir pour les entrepreneurs
Le programme Hisseb et les fonds du FNRD allouent jusqu’à 20 millions de dinars par projet pour les collaborations avec la diaspora. Trois hubs d’innovation seront opérationnels en 2026 à Alger, Oran et Constantine, avec des laboratoires mutualisés. 60% des start-up algériennes collaborent déjà avec des experts expatriés, mais moins d’un quart de ces partenariats sont formalisés.
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