Diaspora algérienne mobilisée pour l’innovation

Lancement des 72 heures d’entrepreneuriat à Alger : un pont entre la diaspora et l’économie nationale

Les « 72 heures d’entrepreneuriat », lancées récemment à Alger sous l’impulsion du gouvernement, marquent une étape concrète dans la mobilisation de la diaspora algérienne autour de l’innovation et de la création d’entreprise. Cet événement, organisé par le ministère de l’Industrie et des Mines en collaboration avec des acteurs locaux, vise à capitaliser sur le savoir-faire et les capitaux des Algériens de l’étranger. Selon El Moudjahid, cette initiative s’inscrit dans une stratégie plus large pour transformer les transferts financiers et les compétences de la diaspora en leviers de développement économique durable.

Une diaspora sous-exploitée : des milliards de dollars et des idées sous-utilisées

La diaspora algérienne, estimée à plus de 4 millions de personnes selon les chiffres officiels, représente une richesse humaine et financière majeure pour l’Algérie. En 2025, les transferts d’argent des expatriés vers l’Algérie ont atteint près de 4 milliards de dollars, un montant en hausse mais encore inférieur à celui d’autres pays maghrébins comme le Maroc, qui enregistre des flux annuels dépassant 10 milliards de dollars. Pourtant, ces fonds restent principalement orientés vers la consommation ou l’immobilier, sans toujours contribuer à la création de valeur ajoutée.

Les participants aux 72 heures d’entrepreneuriat, notamment les jeunes entrepreneurs de la diaspora, ont souligné lors de tables rondes organisées à Alger, le besoin de mécanismes plus incitatifs pour canaliser ces ressources vers des projets structurants. « Nous avons les compétences et les fonds, mais il manque des outils pour investir directement dans des startups ou des PME locales », a expliqué un entrepreneur basé à Montréal, présent lors de l’événement.

Des idées concrètes pour les entrepreneurs algériens

L’événement a permis de concrétiser plusieurs pistes pour renforcer l’engagement de la diaspora dans l’économie nationale. Parmi les propositions phares :

– La création d’un fonds dédié à l’innovation, alimenté par des contributions volontaires des expatriés, avec des garanties de l’État pour sécuriser les investissements.
– Le lancement d’un programme de mentorat inversé, où des entrepreneurs algériens de la diaspora accompagnent des startups locales dans leur scaling.
– L’organisation de missions économiques ciblées dans les pays d’accueil de la diaspora (France, Canada, Allemagne) pour identifier des partenaires et investisseurs potentiels.

Ces mesures s’ajoutent à des dispositifs existants comme le statut d’investisseur étranger simplifié, introduit en 2023, qui permet aux Algériens de l’étranger d’investir dans des secteurs stratégiques sans bureaucratie excessive.

Des obstacles persistants

Malgré ces avancées, des freins majeurs subsistent. Le manque de transparence dans certains secteurs, comme l’énergie ou les télécommunications, décourage les investissements directs. De plus, la fiscalité algérienne reste perçue comme complexe par les entrepreneurs de la diaspora, qui préfèrent souvent créer des sociétés offshore pour contourner les lourdeurs administratives.

Un autre défi est l’absence d’un guichet unique pour les investisseurs de la diaspora. Contrairement à des pays comme la Tunisie ou le Maroc, qui ont mis en place des agences dédiées (comme l’APIA en Tunisie), l’Algérie peine à offrir un accompagnement intégré, combinant accès au financement, formation et simplification des procédures.

Témoignages : quand l’Algérie inspire l’action

Pour de nombreux participants, l’événement a été l’occasion de découvrir des opportunités méconnues. « En France, j’ai créé une entreprise dans le numérique, mais je n’imaginais pas pouvoir investir aussi facilement en Algérie dans des projets liés aux énergies renouvelables », a partagé une entrepreneure basée à Lyon, dont le projet a été sélectionné lors du hackathon organisé dans le cadre des 72 heures.

Un autre intervenant, ancien cadre dans la Silicon Valley, a mis en avant l’importance de la formation : « Les entrepreneurs algériens de la diaspora ont besoin de connaître les dispositifs existants. À travers des webinaires et des rencontres, nous pouvons combler ce fossé. »

Un modèle à suivre pour d’autres secteurs

L’initiative des 72 heures d’entrepreneuriat pourrait servir de modèle pour d’autres domaines stratégiques. Par exemple, dans le secteur agricole, où la diaspora pourrait contribuer à moderniser les filières via des transferts de technologies ou des partenariats avec des coopératives locales. Dans l’industrie, des projets comme celui de la plateforme de fabrication de drones à Tlemcen, porté par des Algériens résidant au Canada, montrent que les synergies sont possibles.

Cependant, pour que cette dynamique prenne de l’ampleur, une coordination renforcée entre les ministères concernés (Industrie, Finances, Travail) et les représentants de la diaspora est indispensable. Le Haut conseil de la communauté scientifique, souvent évoqué dans les débats, pourrait jouer un rôle clé dans ce processus en identifiant les secteurs porteurs et en facilitant les connexions entre les acteurs.

À retenir pour les entrepreneurs
La diaspora algérienne dispose d’un potentiel économique sous-utilisé, avec des transferts dépassant 4 milliards de dollars annuels. Les 72 heures d’entrepreneuriat à Alger offrent un cadre pour transformer ces fonds en investissements productifs, notamment via des fonds dédiés et des programmes de mentorat. Les entrepreneurs de la diaspora intéressés par des projets en Algérie doivent se renseigner sur les dispositifs existants, comme le statut d’investisseur étranger simplifié.

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