Le site d’information Riposte Internationale a été inaccessible en Algérie depuis le 21 mai 2025, selon un communiqué publié par Radio des sans voix, une plateforme indépendante basée à l’étranger. Ce blocage intervient dans un contexte où plusieurs médias en ligne et comptes critiques sur les réseaux sociaux subissent des restrictions similaires. Les autorités algériennes n’ont pas encore réagi officiellement à cette mesure, mais des sources proches du ministère de la Communication évoquent une « violation des lois sur l’information ».
Riposte Internationale, créé en 2019, s’était distingué par ses enquêtes sur la corruption et ses analyses politiques, souvent critiques envers le pouvoir. Le site avait notamment couvert les manifestations du Hirak en 2019 et 2020, ainsi que les arrestations de figures de l’opposition. Son blocage s’ajoute à une liste croissante de médias et de comptes en ligne rendus inaccessibles depuis 2020, dont Maghreb Émergent, Interlignes, ou encore des pages Facebook et Twitter de journalistes et d’activistes.
Des organisations internationales de défense de la liberté de la presse, comme Reporters sans frontières (RSF) et Amnesty International, ont déjà condamné ces restrictions. Dans un rapport publié en 2024, RSF avait classé l’Algérie à la 136e place sur 180 pays dans son classement mondial de la liberté de la presse, soulignant « une détérioration continue » depuis 2019. L’ONG avait notamment pointé du doigt les arrestations de journalistes, les pressions judiciaires et les blocages de sites d’information.
En Algérie, la loi sur l’information de 2012, modifiée en 2020, encadre strictement l’exercice du journalisme. Elle impose notamment l’obtention d’une carte de presse délivrée par le ministère de la Communication et interdit la diffusion d’informations « portant atteinte à l’unité nationale, à l’ordre public ou aux symboles de l’État ». Ces dispositions sont régulièrement invoquées pour justifier des poursuites ou des blocages. En 2023, le journaliste Khaled Drareni, correspondant de RSF en Algérie, avait été condamné à deux ans de prison pour « incitation à attroupement non armé » et « atteinte à l’unité nationale », avant d’être libéré sous la pression internationale.
Les professionnels des médias en Algérie dénoncent une instrumentalisation de la loi pour museler les voix critiques. Dans une déclaration à El Watan, un journaliste sous couvert d’anonymat a déclaré : « Les blocages ne visent pas seulement les médias, mais aussi les citoyens qui partagent des informations. C’est une stratégie pour contrôler le récit et limiter les débats. » Plusieurs journalistes ont également rapporté des pressions directes, comme des convocations par les services de sécurité ou des menaces de poursuites judiciaires.
Le blocage de Riposte Internationale intervient alors que le pays se prépare à des élections législatives prévues en 2026. L’Autorité nationale indépendante des élections (ANIE) a récemment publié les règles pour l’établissement des listes électorales, suscitant des critiques de la part de l’opposition, qui dénonce un manque de transparence. Dans ce contexte, les restrictions imposées à la presse risquent d’alimenter les tensions politiques et de limiter l’accès à une information pluraliste.
Des voix au sein de la société civile appellent à une réforme du cadre légal régissant les médias. Le Collectif pour la défense de la liberté de la presse, créé en 2021, milite pour l’abrogation des articles jugés liberticides dans la loi sur l’information et pour la dépénalisation des délits de presse. « Il est urgent de garantir un environnement où les journalistes peuvent travailler sans crainte de représailles », a déclaré un membre du collectif à TSA.
Pour l’instant, les autorités algériennes n’ont pas indiqué si elles comptaient lever le blocage de Riposte Internationale ou si d’autres mesures similaires étaient envisagées. Le silence des institutions publiques contraste avec l’activité des médias officiels, comme l’APS ou El Moudjahid, qui continuent de couvrir l’actualité politique et économique sans restriction apparente. Cette situation renforce le sentiment d’une presse à deux vitesses, où les médias critiques sont marginalisés au profit des organes proches du pouvoir.
Le cas de Riposte Internationale illustre les défis auxquels est confrontée la presse en Algérie. Alors que le pays traverse une période de transition politique et économique, la question de la liberté d’expression reste un enjeu central. Les prochains mois seront déterminants pour savoir si les autorités choisiront d’assouplir leur contrôle sur l’information ou, au contraire, de le renforcer.