Le dernier rapport de la Banque mondiale sur la situation économique de l’Algérie, publié récemment, apporte des éléments d’analyse qui confirment une tendance à l’amélioration des indicateurs macroéconomiques. Selon le document consulté par El Moudjahid, l’institution financière internationale a revu à la hausse ses projections pour le pays, soulignant des performances supérieures aux attentes dans plusieurs secteurs clés.
Une croissance soutenue malgré les défis externes
La Banque mondiale table désormais sur une croissance du produit intérieur brut (PIB) algérien de 3,2 % pour l’année en cours, contre une estimation initiale de 2,8 %. Cette révision s’explique principalement par la résilience du secteur des hydrocarbures, qui représente toujours près de 90 % des exportations du pays. Le rapport note que les recettes pétrolières et gazières ont bénéficié d’une conjoncture internationale favorable, malgré la volatilité des prix sur les marchés mondiaux.
D’après les données citées par Algerie Eco, qui a également analysé le rapport, cette croissance s’accompagne d’une réduction du déficit budgétaire, passé de 12 % du PIB en 2022 à environ 7 % en 2025. Les autorités algériennes, sous la direction du ministre des Finances Laaziz Fayed, ont mis en œuvre des mesures de rationalisation des dépenses publiques, tout en maintenant un niveau d’investissement soutenu dans les infrastructures et les secteurs sociaux.
Les réformes structurelles en question
Si les chiffres globaux sont encourageants, le rapport de la Banque mondiale insiste sur la nécessité d’accélérer les réformes structurelles pour diversifier l’économie. L’institution pointe notamment la dépendance persistante aux revenus des hydrocarbures, qui expose le pays aux fluctuations des cours mondiaux. « L’Algérie dispose d’un potentiel considérable dans les énergies renouvelables, l’agriculture et les industries manufacturières, mais ces secteurs restent sous-exploités », indique le document.
Parmi les recommandations formulées, la Banque mondiale souligne l’importance de renforcer le climat des affaires pour attirer les investissements étrangers. Le rapport cite en exemple les retards dans la mise en œuvre de la loi sur l’investissement, adoptée en 2022 mais dont les décrets d’application tardent à être publiés. « Les procédures administratives complexes et le manque de transparence dans les appels d’offres publics découragent les investisseurs », précise-t-on.
Le secteur privé, parent pauvre de la relance
Un autre point d’attention concerne le rôle limité du secteur privé dans la dynamique économique actuelle. Selon les chiffres de la Banque mondiale, les entreprises privées ne contribuent qu’à hauteur de 20 % au PIB, un taux parmi les plus bas de la région MENA (Moyen-Orient et Afrique du Nord). Le rapport met en lumière les difficultés d’accès au financement pour les PME, ainsi que la persistance de barrières réglementaires qui freinent leur développement.
Le ministre de l’Industrie et de la Production pharmaceutique, Ali Aoun, a récemment reconnu ces défis lors d’une intervention devant les membres de la Confédération algérienne du patronat (CAP). Il a annoncé la création d’un fonds de garantie pour faciliter l’octroi de crédits aux petites et moyennes entreprises, sans toutefois préciser les modalités pratiques de ce mécanisme.
L'emploi des jeunes, un enjeu crucial
La question de l’emploi, et plus particulièrement celui des jeunes, reste au cœur des préoccupations. Le taux de chômage des 15-24 ans s’élève à 28 %, selon les dernières statistiques officielles, un niveau qui n’a guère évolué depuis trois ans. La Banque mondiale recommande de renforcer les programmes de formation professionnelle et d’encourager l’entrepreneuriat, notamment dans les filières technologiques et les métiers liés à la transition énergétique.
Le gouvernement a lancé en 2024 le programme « Ansej 2.0 », destiné à soutenir les jeunes porteurs de projets. Cependant, les critiques persistent quant à l’efficacité de ces dispositifs, jugés trop bureaucratiques par les bénéficiaires. « Les délais d’obtention des financements sont trop longs, et les montants accordés souvent insuffisants pour démarrer une activité viable », témoigne un jeune entrepreneur interrogé par TSA.
Les hydrocarbures, une manne à réinvestir
Malgré les appels à la diversification, les revenus des hydrocarbures continuent de jouer un rôle central dans la stabilité économique du pays. La Sonatrach, dirigée par Rachid Hachichi, a annoncé en début d’année des investissements massifs dans l’exploration et la production, avec pour objectif d’augmenter les capacités d’exportation de gaz naturel, notamment vers l’Europe. Ces projets s’inscrivent dans le cadre de la stratégie nationale de développement des énergies fossiles, qui prévoit également la modernisation des infrastructures de raffinage.
La Banque mondiale encourage néanmoins l’Algérie à utiliser ces ressources pour financer la transition vers une économie moins dépendante des énergies fossiles. « Les revenus exceptionnels générés par les hydrocarbures devraient être réinvestis dans les secteurs porteurs d’avenir, comme les énergies renouvelables et l’économie numérique », suggère le rapport.
Des défis sociaux à ne pas négliger
En parallèle des indicateurs économiques, le rapport de la Banque mondiale attire l’attention sur les défis sociaux qui persistent. L’inflation, bien que ralentie, reste élevée à 6,5 %, pesant sur le pouvoir d’achat des ménages. Les prix des produits alimentaires, en particulier, ont connu une hausse significative ces derniers mois, en raison des tensions sur les chaînes d’approvisionnement mondiales.
Le gouvernement a mis en place des mesures de soutien, comme la subvention des produits de première nécessité et l’augmentation des salaires dans la fonction publique. Cependant, ces dispositifs sont jugés insuffisants par les syndicats, qui réclament une revalorisation plus ambitieuse des revenus. « Les hausses accordées ne compensent pas la perte de pouvoir d’achat accumulée depuis deux ans », déclare un responsable de l’Union générale des travailleurs algériens (UGTA), cité par Liberté.
Vers une meilleure gouvernance économique ?
Enfin, le rapport de la Banque mondiale aborde la question de la gouvernance économique, considérée comme un levier essentiel pour améliorer l’efficacité des politiques publiques. L’institution recommande de renforcer la transparence dans la gestion des finances publiques et de lutter contre la corruption, un fléau qui mine la confiance des investisseurs et des citoyens.
Le président Abdelmadjid Tebboune a récemment réaffirmé son engagement en faveur de la lutte contre la corruption, en annonçant la création d’une agence nationale dédiée à ce combat. Cette initiative s’inscrit dans la continuité des actions menées depuis 2020, qui ont conduit à l’arrestation de plusieurs hauts responsables et hommes d’affaires pour détournement de fonds publics.
Un optimisme mesuré
Si les prévisions de la Banque mondiale pour l’Algérie sont globalement positives, elles s’accompagnent d’un appel à la prudence. « Les progrès enregistrés sont réels, mais fragiles. Ils dépendent en grande partie de la capacité du pays à mener à bien les réformes structurelles nécessaires », conclut le rapport.
Les prochains mois seront déterminants pour évaluer la capacité des autorités algériennes à transformer ces opportunités en croissance durable et inclusive. Les décisions qui seront prises en matière de diversification économique, de soutien au secteur privé et de gouvernance auront un impact direct sur la trajectoire du pays dans les années à venir.