L’ambassadeur d’Algérie auprès des Nations unies, Amar Bendjama, a été désigné « Diplomate de l’année 2025 » par un panel international, selon un communiqué publié récemment par l’Agence presse service (APS). Cette distinction, rarement attribuée à un représentant africain, marque une reconnaissance de son rôle dans la défense des positions algériennes sur la scène internationale, notamment sur les dossiers du Sahara occidental et de la crise au Sahel.
Bendjama, en poste à New York depuis 2021, s’est illustré par une diplomatie offensive, multipliant les interventions devant le Conseil de sécurité de l’ONU. En mars 2025, il avait obtenu le soutien de plusieurs pays membres pour une résolution exigeant le respect du cessez-le-feu au Sahara occidental, une première depuis 2020. « L’Algérie ne transigera pas sur la question de la décolonisation », avait-il déclaré lors d’une session plénière, citant les résolutions onusiennes antérieures. Son approche, jugée « ferme mais constructive » par des diplomates occidentaux, a contrasté avec les positions plus conciliantes de certains voisins maghrébins.
Cette consécration intervient dans un contexte régional tendu. Le Maroc, qui revendique la souveraineté sur le Sahara occidental, a réagi par la voix de son ministre des Affaires étrangères, Nasser Bourita, qualifiant la distinction de Bendjama de « manœuvre politicienne ». Rabat a rappelé que son propre ambassadeur à l’ONU, Omar Hilale, avait reçu des éloges similaires en 2023 pour son rôle dans la normalisation des relations avec Israël. « La diplomatie ne se mesure pas à des prix, mais aux résultats concrets », avait-il déclaré lors d’une conférence de presse à Rabat.
En Algérie, la nouvelle a été accueillie avec fierté par les autorités. Le président Abdelmadjid Tebboune a félicité Bendjama dans un message publié par la présidence, saluant « son engagement sans faille pour la cause nationale ». Le ministre des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, a souligné que cette distinction « récompense une stratégie diplomatique cohérente, fondée sur le droit international et la solidarité africaine ». Attaf a également rappelé que l’Algérie avait récemment obtenu le soutien de l’Union africaine pour une médiation dans la crise libyenne, un dossier où Bendjama a joué un rôle clé.
Sur le plan interne, des analystes estiment que cette reconnaissance pourrait renforcer la position de l’Algérie dans les négociations en cours avec l’Union européenne sur les questions migratoires et énergétiques. « Bendjama incarne une diplomatie qui refuse les compromis au détriment des principes, ce qui plaît à une partie de l’opinion publique algérienne », explique un chercheur en relations internationales à l’Université d’Alger, sous couvert d’anonymat. Cependant, certains observateurs pointent du doigt les limites de cette approche. « Une diplomatie trop rigide peut isoler l’Algérie sur des dossiers comme le gaz, où la flexibilité est nécessaire », tempère un ancien ambassadeur, cité par El Watan.
La cérémonie de remise du prix, prévue en décembre 2025 à Genève, sera organisée par le Diplomatic Council, une organisation basée en Suisse qui récompense chaque année des diplomates pour leur contribution à la paix et à la stabilité internationale. Bendjama succédera ainsi à des figures comme l’ancienne ambassadrice américaine à l’ONU, Samantha Power, ou le représentant spécial de l’ONU pour la Syrie, Geir Pedersen. « Ce prix n’est pas une fin en soi, mais un encouragement à poursuivre le travail pour une Afrique unie et souveraine », a-t-il déclaré dans une interview accordée à TSA.
Cette distinction intervient alors que l’Algérie cherche à consolider son influence sur le continent. En avril 2025, le pays a accueilli un sommet extraordinaire de l’Union africaine sur la sécurité au Sahel, où Bendjama a défendu une approche « africaine des problèmes africains », en opposition aux interventions militaires étrangères. « L’Algérie propose une alternative : la coopération plutôt que l’ingérence », avait-il souligné lors de son discours d’ouverture. Cette position a été saluée par plusieurs pays du G5 Sahel, dont le Mali et le Burkina Faso, qui ont récemment quitté le cadre de la CEDEAO pour se rapprocher d’Alger.
Pourtant, les défis restent nombreux. La crise économique en Tunisie et les tensions persistantes en Libye menacent la stabilité régionale, tandis que le Maroc continue de renforcer ses alliances avec les États-Unis et Israël. « Bendjama devra naviguer entre fermeté et pragmatisme pour éviter un isolement diplomatique », estime un diplomate européen en poste à Alger, cité par Jeune Afrique. Son prochain défi sera la préparation du sommet Afrique-UE prévu en 2026, où l’Algérie entend peser sur les discussions autour des accords commerciaux et des flux migratoires.
En Algérie, cette reconnaissance internationale a également relancé le débat sur la formation des diplomates. Le ministère des Affaires étrangères a annoncé récemment un plan de modernisation de l’Institut diplomatique et des relations internationales (IDRI), avec l’objectif de former une nouvelle génération de diplomates capables de porter la voix de l’Algérie sur la scène mondiale. « Nous avons besoin de profils polyvalents, maîtrisant les langues et les enjeux économiques, pas seulement les discours politiques », confie un haut responsable du ministère à Liberté.
Amar Bendjama, 58 ans, est un diplomate de carrière. Ancien ambassadeur en Éthiopie et représentant permanent auprès de l’Union africaine, il a également occupé des postes à New York et à Genève. Son parcours est marqué par un engagement constant pour les causes africaines, notamment la lutte contre le colonialisme et le néocolonialisme. En 2022, il avait été l’un des artisans de la réadmission de la Syrie au sein de la Ligue arabe, un dossier sensible où l’Algérie avait joué un rôle de médiateur.
Cette distinction intervient à un moment où l’Algérie cherche à redéfinir sa place dans le monde. Entre la crise énergétique, les tensions au Sahel et les rivalités régionales, le pays mise sur une diplomatie active pour défendre ses intérêts. « L’Algérie n’est plus un acteur passif, elle est devenue un pays qui compte », résume un éditorialiste du Quotidien d’Oran. Reste à savoir si cette nouvelle dynamique suffira à surmonter les défis internes et externes qui se dressent sur son chemin.