En 2025, alors que l’Algérie renforce ses liens économiques avec l’Europe, les entrepreneurs algériens de la diaspora se heurtent à une réalité souvent ignorée : les origines historiques de l’Union européenne, marquées par des compromis postcoloniaux, influencent encore aujourd’hui les règles du jeu sur le marché unique. Les accords d’association signés entre Alger et Bruxelles, censés faciliter les échanges commerciaux, cachent des mécanismes commerciaux qui réservent une place limitée aux produits algériens à haute valeur ajoutée.
Ces mécanismes remontent aux années 1950-1970, période où les anciennes puissances coloniales européennes ont structuré l’intégration économique européenne autour de leurs anciennes colonies, tout en verrouillant l’accès à leurs marchés pour les pays du Sud. Selon une analyse publiée par Afrique XXI cette semaine, les règles douanières et les normes sanitaires européennes, souvent présentées comme neutres, reflètent en réalité des barrières non tarifaires conçues pour protéger les industries locales — un héritage des compromis passés.
Pour les entrepreneurs algériens, qu’ils soient sur place ou à l’étranger, cette réalité se traduit par des obstacles concrets. Les exportateurs de produits agricoles, comme les dattes ou les huiles d’olive, se voient imposer des certifications coûteuses et des quotas stricts, tandis que les entreprises industrielles locales peinent à se faire une place face aux subventions massives octroyées par Bruxelles à ses propres industries. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : en 2024, l’Algérie a exporté pour seulement 1,8 milliard d’euros de biens vers l’UE, contre 30 milliards d’euros de biens européens importés en Algérie — un déséquilibre qui illustre la difficulté à percer sur le marché unique.
Les entrepreneurs de la diaspora algérienne, souvent mieux connectés aux réseaux européens, pourraient jouer un rôle clé pour contourner ces barrières. Cependant, leurs initiatives se heurtent à des contraintes financières et administratives. Par exemple, une startup algérienne basée à Lyon a récemment lancé une plateforme de vente en ligne de produits algériens en France, mais a dû faire face à des frais de douane prohibitifs pour chaque colis expédié, rendant le modèle économique non viable. Les retours d’expérience de ces entrepreneurs montrent que les accords euro-algériens, bien que prometteurs sur le papier, restent inégaux en pratique.
Cette inégalité structurelle est d’autant plus préoccupante que l’Algérie mise sur la diversification de son économie pour réduire sa dépendance aux hydrocarbures. Le gouvernement a lancé en 2024 le programme « Made in Algeria », visant à booster la production locale et les exportations hors hydrocarbures. Pourtant, sans un accès réel aux marchés européens, ces efforts risquent d’être limités. Les industriels algériens soulignent que les normes européennes, souvent présentées comme des garanties de qualité, sont en réalité des outils de protectionnisme déguisé. Par exemple, les exigences sanitaires pour les produits agroalimentaires algériens sont si strictes que de nombreux petits producteurs ne peuvent se permettre de les respecter, excluant ainsi des milliers d’emplois potentiels.
Du côté de la diaspora, certains entrepreneurs tentent de contourner ces obstacles en s’alliant avec des partenaires locaux en Europe. C’est le cas de Slimane Boukhalfa, fondateur d’une entreprise de cosmétiques naturels basée à Alger et distribuée en Belgique. Son modèle repose sur la production en Algérie et la commercialisation via des boutiques partenaires en Europe, évitant ainsi les droits de douane élevés. « Nous avons dû adapter notre stratégie pour répondre aux normes européennes, mais cela nous a permis de toucher un marché plus large sans dépendre des quotas d’importation », explique-t-il. Son entreprise, qui emploie 20 personnes en Algérie, a vu son chiffre d’affaires augmenter de 40 % en deux ans grâce à cette approche.
Ces exemples montrent que, malgré les obstacles, des pistes existent. Les entrepreneurs algériens doivent however se tourner vers des marchés alternatifs, comme l’Afrique subsaharienne, où la demande en produits locaux est en forte croissance. Les accords de libre-échange entre l’Algérie et plusieurs pays africains offrent des opportunités plus accessibles. Parallèlement, une meilleure coordination entre le ministère de l’Industrie et les acteurs privés pourrait permettre de négocier des clauses plus favorables dans les futurs accords avec l’UE.
À retenir pour les entrepreneurs
Les règles du jeu commercial avec l’UE restent marquées par un héritage postcolonial, avec des barrières non tarifaires qui pénalisent les exportations algériennes. Les entrepreneurs de la diaspora peuvent contourner ces obstacles en ciblant des marchés alternatifs comme l’Afrique ou en adaptant leurs modèles à des niches protégées. Une meilleure préparation aux normes européennes et une stratégie d’exportation diversifiée sont essentielles pour tirer parti des accords existants.
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