Algérie exporte son électricité vers l’Europe

L’Algérie exporte désormais de l’électricité vers l’Europe. Cette première historique, annoncée récemment par le ministère de l’Énergie et des Mines, marque un tournant dans la diversification économique du pays et ouvre des opportunités inédites pour les entrepreneurs algériens et la diaspora. Avec des infrastructures vieillissantes et une demande énergétique européenne en hausse, Alger mise sur ses excédents pour renforcer son rôle stratégique sur le marché continental.

Un réseau interconnecté prêt pour l’export

Le projet s’appuie sur les interconnexions électriques existantes entre l’Algérie et l’Europe via l’Espagne. Depuis plusieurs années, le câble sous-marin MedLink relie les deux pays, permettant des échanges limités. Récemment, des travaux d’extension et de modernisation ont été finalisés, permettant d’augmenter la capacité de transit à 2 000 mégawatts. Selon Sonelgaz, l’entreprise publique algérienne, cette capacité sera portée à 4 000 mégawatts d’ici 2027, soit l’équivalent de la consommation d’une ville comme Oran. Les premiers contrats d’exportation ont été signés avec des opérateurs espagnols et portugais, selon des documents consultés par horizons.dz.

Pour les entrepreneurs algériens, cette infrastructure représente une chance de participer à la chaîne de valeur énergétique. Les PME locales spécialisées dans les services techniques, la maintenance des réseaux ou les solutions logicielles de gestion énergétique pourraient décrocher des contrats de sous-traitance. Le ministère de l’Industrie, en coordination avec Sonelgaz, a annoncé le lancement d’un fonds de 5 milliards de dinars dédié à la modernisation des réseaux locaux, offrant des appels d’offres ciblés pour les start-up et les petites entreprises.

Des retombées économiques mesurables

L’exportation d’électricité génère des revenus immédiats pour l’État algérien. Selon la Banque d’Algérie, les premiers revenus issus de ces exportations pourraient atteindre 300 millions de dollars par an à partir de 2026. Une manne financière qui intervient dans un contexte où les recettes pétrolières restent volatiles. Les analystes de l’Agence Ecofin soulignent que cette diversification réduit la dépendance aux hydrocarbures, un objectif affiché depuis des années par le gouvernement.

Pour les entrepreneurs, l’opportunité est double. D’abord, l’électricité algérienne, produite à plus de 90 % à partir de gaz naturel, est compétitive sur le marché européen. Les coûts de production sont parmi les plus bas de la région, grâce à des ressources gazières abondantes et des salaires locaux maîtrisés. Ensuite, l’obligation pour les opérateurs européens d’atteindre des objectifs de décarbonation d’ici 2030 crée une demande croissante pour des énergies moins carbonées. L’Algérie, qui mise sur ses centrales à gaz et ses projets solaires, peut se positionner comme un fournisseur « vert » malgré son mix énergétique encore largement fossile.

La diaspora au cœur de l’écosystème

Un Franco-Algérien, fondateur d’un incubateur de start-up basé à Paris, a récemment implanté une structure similaire en Algérie pour accompagner les entrepreneurs dans le secteur énergétique. Son initiative, soutenue par l’Agence nationale de valorisation des résultats de la recherche (ANVREDET), cible spécifiquement les jeunes pousses spécialisées dans les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique. Selon Visas & Voyages Algérie, une dizaine de projets ont déjà été labellisés, avec un accent sur les solutions de stockage d’énergie et les smart grids.

La diaspora algérienne, forte de plusieurs millions de membres, dispose d’un réseau et d’une expertise précieux pour faciliter l’insertion des start-up locales sur les marchés européens. Plusieurs associations de la diaspora, comme l’Union des Algériens d’Europe (UAE), organisent des missions commerciales pour promouvoir les produits et services algériens, y compris dans le domaine énergétique. Ces échanges pourraient accélérer l’exportation non seulement d’électricité, mais aussi de technologies développées localement.

Les défis à surmonter

Malgré ce potentiel, des obstacles persistent. Le premier concerne la stabilité du réseau électrique algérien, souvent critiqué pour ses coupures récurrentes. Pour exporter massivement, Sonelgaz devra garantir un approvisionnement continu, ce qui nécessite des investissements colossaux dans les centrales et les infrastructures. Selon la Banque Mondiale, l’Algérie a besoin de 20 milliards de dollars d’ici 2030 pour moderniser son parc énergétique.

Un autre enjeu est la concurrence. L’Europe importe déjà de l’électricité de France, d’Allemagne et des pays nordiques. Pour se démarquer, l’Algérie doit jouer sur ses avantages : des coûts bas, une proximité géographique et une volonté politique affichée. Le ministre de l’Énergie, Mohamed Arkab, a confirmé lors d’une récente visite en Espagne que des discussions étaient en cours pour signer des accords-cadres avec plusieurs pays européens, dont l’Italie et la Grèce.

Enfin, la question environnementale pourrait freiner les ambitions algériennes. Bien que le gaz soit moins polluant que le charbon, les standards européens exigent une réduction drastique des émissions de CO2. L’Algérie a lancé des projets solaires ambitieux, comme le parc de 1 000 mégawatts à Naâma, mais leur contribution reste marginale. Pour répondre aux exigences européennes, des investissements dans le captage du carbone ou l’hydrogène vert seront nécessaires.

À retenir pour les entrepreneurs
L’exportation d’électricité vers l’Europe ouvre un marché de 4 000 mégawatts d’ici 2027. Les PME locales peuvent répondre aux appels d’offres pour la maintenance des réseaux ou les technologies énergétiques. Les start-up spécialisées dans les énergies renouvelables bénéficient de fonds dédiés et du soutien de la diaspora.

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