Le risque d’une escalade militaire en Libye a replacé l’Algérie au centre des efforts diplomatiques régionaux, selon une analyse publiée récemment par Jeune Afrique. Depuis plusieurs semaines, les tensions entre les factions rivales à l’est et à l’ouest du pays menacent de dégénérer en conflit ouvert, poussant Alger à intensifier ses contacts avec les acteurs locaux et internationaux pour éviter une nouvelle guerre civile.
Le ministre des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, a multiplié les consultations avec ses homologues libyens, notamment le chef du Gouvernement d’union nationale (GNA), Abdul Hamid Dbeibah, qui a salué le « soutien constant » de l’Algérie lors d’une déclaration à RFI en 2016, toujours citée comme référence dans les relations bilatérales. Attaf a également reçu des émissaires des forces du maréchal Khalifa Haftar, basé à Benghazi, dans une tentative de désamorcer les tensions autour des ressources pétrolières et des frontières.
Cette médiation algérienne intervient dans un contexte où d’autres acteurs régionaux, comme l’Égypte et les Émirats arabes unis, soutiennent ouvertement Haftar, tandis que la Turquie appuie le GNA. L’Algérie, qui partage une frontière de près de 1 000 kilomètres avec la Libye, a toujours privilégié une solution politique inclusive, rejetant toute intervention militaire étrangère. « Notre approche repose sur le dialogue et le respect de la souveraineté libyenne », a déclaré Attaf lors d’une réunion avec des diplomates européens en avril dernier.
Pourtant, la position algérienne n’est pas sans défis. En 2021, le chercheur Ali Bensaad, dans une tribune pour Orient XXI, avait souligné que l’Algérie était « hors-jeu » en Libye, critiquant son manque d’influence face à des acteurs comme la Russie ou les pays du Golfe. Quatre ans plus tard, la donne semble avoir changé. Les récents développements, notamment la menace d’une offensive sur Tripoli, ont poussé les Libyens à se tourner vers Alger, perçu comme un médiateur neutre et crédible.
Les enjeux pour l’Algérie sont multiples. D’abord, la stabilité de la Libye est cruciale pour la sécurité des frontières algériennes, déjà fragilisées par les trafics d’armes et de migrants. Ensuite, un conflit prolongé en Libye pourrait perturber les approvisionnements énergétiques, alors que l’Algérie cherche à renforcer ses exportations de gaz vers l’Europe. Enfin, une médiation réussie renforcerait le rôle d’Alger sur la scène africaine, où elle tente de s’imposer comme un acteur clé de la résolution des crises.
Sur le plan diplomatique, l’Algérie a obtenu le soutien de plusieurs pays européens, dont la France et l’Italie, qui voient d’un bon œil ses efforts pour éviter une nouvelle vague de réfugiés et de terrorisme. « L’Algérie a un rôle unique à jouer en Libye, grâce à sa connaissance du terrain et à sa neutralité historique », a déclaré un diplomate européen sous couvert d’anonymat.
Cependant, les obstacles restent nombreux. Les divisions internes en Libye, entre le GNA et les forces de l’Est, sont profondes, et les ingérences étrangères compliquent toute solution durable. De plus, l’Algérie doit composer avec les ambitions du Maroc, qui cherche également à étendre son influence en Libye, notamment via des accords militaires avec les États-Unis, comme l’a rapporté SNRTnews en mai 2024.
Pour l’instant, Alger mise sur une approche progressive, combinant pression diplomatique et soutien aux institutions légitimes reconnues par l’ONU. Le président Abdelmadjid Tebboune a réaffirmé cette position lors d’un entretien avec le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, en mars dernier, insistant sur la nécessité d’un « processus politique libyen mené par les Libyens ».
Si l’Algérie parvient à éviter une escalade militaire, ce serait une victoire diplomatique majeure, confirmant son retour sur la scène régionale après des années de relatif effacement. Mais si les tensions persistent, Alger devra revoir sa stratégie, sous peine de voir son influence s’éroder face à des acteurs plus déterminés. Une chose est sûre : la Libye reste un test crucial pour la diplomatie algérienne, dont les résultats auront des répercussions bien au-delà de ses frontières.