Revue de presse : Presse algérienne, Géopolitique Maghreb, Universités algériennes…

**Le baccalauréat, miroir d’une société en tension**

Car le baccalauréat, en Algérie, n’est pas qu’un diplôme : c’est un rite de passage, presque sacré, qui conditionne l’accès à l’université et, partant, à la classe moyenne. Son échec massif interroge la capacité du pays à former une jeunesse compétitive dans une économie mondialisée. Or, c’est précisément cette jeunesse qui, demain, devra porter les startups algériennes – comme Azul Cosmétique ou COOFFA – ou alimenter les rangs des cyberdéfenseurs face aux attaques numériques. Le paradoxe est cruel : l’Algérie célèbre ses lauréats avec pompe, mais prépare-t-elle vraiment les autres à affronter un monde où la réussite ne se mesure plus aux notes d’un examen national ?

**Finance islamique et informel : l’État contre le peuple ?**

La réponse réside peut-être dans la défiance historique envers l’État. Depuis l’indépendance, les Algériens ont appris à contourner les institutions, qu’il s’agisse des banques, des impôts (comme le suggère l’affaire Benjamin Brière, où un otage français se voit réclamer ses déclarations fiscales même en prison), ou même des élections. La finance islamique, avec ses principes de transparence et de partage des risques, apparaît comme une alternative crédible – à condition que l’État ne la transforme pas en un nouvel outil de contrôle. Car si les banques publiques se disent « compétitives », c’est souvent au prix de pratiques opaques, où les prêts sont accordés sur des critères politiques plutôt qu’économiques.

Cette tension entre formalisation et informel n’est pas sans rappeler les dynamiques géopolitiques régionales. La France, dont la balance commerciale avec l’Algérie affiche un déficit abyssal (269,3 milliards de dinars en 2025), voit son agriculture menacée par les importations algériennes. Pourtant, Paris reste un partenaire incontournable, ne serait-ce que pour les 1,7 million de Franco-Algériens qui font vivre des flux financiers colossaux. L’Algérie, elle, joue sur plusieurs tableaux : elle courtise la Pologne (970 millions de dollars d’échanges en 2024), la Tunisie, et surtout la Chine, dont les investissements énergétiques redessinent sa politique étrangère.

**La Chine et l’Algérie : une alliance des vulnérabilités**

Mais cette alliance est fragile. L’Algérie, malgré ses réserves de change (près de 70 milliards de dollars en 2024), reste dépendante des hydrocarbures, dont les prix fluctuent. La Chine, elle, est confrontée à un ralentissement économique et à une crise immobilière qui pourrait limiter ses investissements à l’étranger. Surtout, les deux pays partagent une même méfiance envers l’Occident, mais pour des raisons différentes : l’Algérie craint une ingérence néocoloniale, la Chine une guerre commerciale. Leur rapprochement est donc moins une alliance idéologique qu’une convergence d’intérêts conjoncturels.

Cette realpolitik se reflète dans les relations avec la France. Emmanuel Macron, en visite au Maroc, envoie un signal clair : Paris ne compte plus sur l’Algérie comme partenaire privilégié. La réaction algérienne ? Un mélange de déni et de provocation. Les médias officiels minimisent l’événement, tandis que les réseaux sociaux s’enflamment contre « l’arrogance française ». Pourtant, dans l’ombre, les échanges économiques et humains continuent. La diaspora algérienne en France, première communauté étrangère du pays, reste un pont invisible mais indestructible entre les deux rives de la Méditerranée.

**Cyberespace : le nouveau champ de bataille**

Pourtant, l’Algérie a les atouts pour devenir une puissance numérique. Ses startups, comme COOFFA (qui propose des solutions e-commerce pour les petits commerces), montrent une capacité d’innovation. Mais elles se heurtent à un écosystème hostile : bureaucratie étouffante, accès limité au financement, et une défiance généralisée envers l’entrepreneuriat privé. Le témoignage de Benjamin Brière, contraint de déclarer ses impôts en prison, illustre cette méfiance pathologique envers toute initiative individuelle.

Le cyberespace algérien est donc un microcosme des contradictions du pays : des talents immenses, mais un État qui peine à les canaliser. Les universités organisent des colloques sur la linguistique ou la mémoire, mais combien forment réellement des ingénieurs capables de rivaliser avec leurs homologues tunisiens ou marocains ? La réponse est dans les chiffres : l’Algérie dépense moins de 1 % de son PIB en R&D, contre 2,5 % pour le Maroc et 3 % pour la Tunisie.

**Mémoire et pouvoir : l’histoire comme arme politique**

Car la guerre d’Algérie n’est pas terminée. Elle se poursuit sous d’autres formes : dans les débats sur la langue (arabe vs berbère vs français), dans les tensions entre l’armée et le pouvoir civil, ou dans les luttes pour le contrôle des ressources. Le Hirak, en 2019, a montré que la jeunesse algérienne ne se reconnaît plus dans le récit des « libérateurs ». Elle exige une histoire plus complexe, moins héroïque, où les zones d’ombre (comme les purges internes au FLN ou les disparus de la guerre) ne sont plus taboues.

Cette quête de vérité historique n’est pas sans risque. L’État algérien, comme tous les régimes postcoloniaux, sait que la mémoire est une arme. En contrôlant les archives, en censurant les recherches, en instrumentalisant les commémorations, il tente de maintenir une cohésion nationale fragile. Mais pour combien de temps ? Les réseaux sociaux, malgré la répression, permettent aux Algériens de contourner la propagande officielle. Les photos de Mohamed Kouaci, longtemps oubliées, circulent désormais sur Facebook et Twitter, rappelant que la Révolution a été aussi une affaire d’images – et que ces images peuvent encore servir à contester le pouvoir.

**Synthèse prospective : l’Algérie à la croisée des chemins**

Trois scénarios se dessinent pour l’avenir :

1. La stagnation autoritaire : L’État algérien, incapable de se réformer, maintient le statu quo. Les hydrocarbures financent un système clientéliste, tandis que la jeunesse émigre ou se radicalise. La Chine et la Russie remplacent progressivement l’Europe comme partenaires économiques, mais sans apporter de véritable développement. Ce scénario est le plus probable à court terme.

2. La rupture révolutionnaire : Le mécontentement social, alimenté par le chômage et la répression, explose. Le Hirak renaît, plus violent, et force le régime à des concessions. Mais sans leadership clair, la transition dégénère en chaos. Ce scénario, bien que moins probable, n’est pas à exclure, surtout si les prix du pétrole s’effondrent.

3. La modernisation contrôlée : L’Algérie mise sur ses atouts (diaspora, startups, ressources énergétiques) pour se diversifier. La finance islamique capte l’informel, les investissements étrangers (Chine, Pologne, Turquie) dynamisent l’économie, et les universités forment enfin une élite compétitive. Ce scénario suppose une volonté politique forte, aujourd’hui abs

Laisser un commentaire