Le ministère algérien de la Culture et des Arts a annoncé cette semaine la candidature officielle des tombeaux royaux de Numidie pour une inscription sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO. Selon La Nouvelle République Algérie, cette démarche, prévue pour 2025, marque une étape décisive dans la valorisation du patrimoine historique algérien. Les sites concernés, répartis entre les wilayas de Batna, Constantine et Tébessa, comprennent notamment le mausolée royal de Medracen, le tombeau de Massinissa à El Khroub et le Medghassen.
Ces monuments, érigés entre le IIIe et le Ier siècle avant J.-C., témoignent de l’apogée du royaume numide, une civilisation berbère qui a marqué l’histoire de l’Afrique du Nord. Leur architecture, mêlant influences puniques, grecques et locales, en fait des vestiges uniques. Le Medracen, par exemple, se distingue par ses 60 colonnes doriennes et son dôme conique, tandis que le tombeau de Massinissa, bien que partiellement endommagé, reste un symbole de la résistance numide face à Rome.
La candidature s’appuie sur un dossier technique préparé par l’Office national de gestion et d’exploitation des biens culturels protégés (OGEBC) et l’Institut national de recherches archéologiques préventives (INRAP). Selon des sources proches du dossier, les travaux de restauration et de sécurisation des sites ont été accélérés ces derniers mois. Des fouilles complémentaires, menées en collaboration avec des équipes internationales, ont permis de mettre au jour de nouveaux artefacts, renforçant la valeur historique des tombeaux.
Un enjeu national et international
L’inscription à l’UNESCO représenterait une reconnaissance majeure pour l’Algérie, qui compte déjà sept sites classés, dont la Casbah d’Alger et le Tassili n’Ajjer. Pour le ministre de la Culture, Soraya Mouloudji, citée par l’APS, cette démarche s’inscrit dans une stratégie plus large de préservation du patrimoine. « Ces tombeaux ne sont pas seulement des pierres. Ils racontent l’histoire d’un peuple, d’une civilisation qui a façonné la Méditerranée », a-t-elle déclaré lors d’une conférence de presse.
Le processus de classement, qui s’étalera sur plusieurs mois, implique une évaluation par des experts de l’UNESCO. Parmi les critères retenus figurent l’authenticité des sites, leur état de conservation et leur importance pour l’histoire universelle. Les autorités algériennes misent sur l’argument de l’intégrité des monuments, malgré les dégradations naturelles et humaines subies au fil des siècles.
Défis et opportunités
La restauration des tombeaux numides pose plusieurs défis. Le Medghassen, situé près de la frontière tunisienne, souffre d’érosion et de pillages répétés. Des mesures de protection, incluant des clôtures et des systèmes de surveillance, ont été mises en place, mais leur efficacité reste limitée dans une zone difficile d’accès. À El Khroub, le tombeau de Massinissa, partiellement enseveli sous des constructions modernes, nécessite des travaux de dégagement et de consolidation.
Sur le plan économique, un classement à l’UNESCO pourrait dynamiser le tourisme culturel dans l’est du pays. Les wilayas concernées, souvent enclavées, misent sur ce patrimoine pour développer des circuits touristiques. À Batna, par exemple, le maire Abdelhakim Serradj a annoncé la création d’un musée dédié à la Numidie, en partenariat avec des investisseurs privés. « Ces sites peuvent attirer des visiteurs du monde entier, à condition d’offrir des infrastructures adaptées », a-t-il expliqué à El Watan.
Une coopération scientifique renforcée
La préparation du dossier a mobilisé des équipes pluridisciplinaires, incluant des archéologues, des historiens et des architectes. L’Algérie a également sollicité l’expertise de l’Institut national du patrimoine tunisien (INP) et du Centre national de la recherche scientifique (CNRS) français. Ces collaborations ont permis de réaliser des scans 3D des monuments et de documenter leur état actuel avec précision.
Parmi les découvertes récentes, les fouilles menées près du Medracen ont révélé des fragments de céramiques et des inscriptions libyques, confirmant l’importance du site comme lieu de culte et de mémoire. Ces éléments seront intégrés au dossier de candidature pour appuyer la valeur universelle exceptionnelle des tombeaux.
Réactions et attentes
La société civile algérienne a salué cette initiative. L’association « Sauvons notre patrimoine », basée à Constantine, a organisé des conférences pour sensibiliser le public à l’importance de ces monuments. « Beaucoup d’Algériens ignorent l’existence de ces sites. Leur classement serait une fierté nationale et un moyen de les protéger durablement », a déclaré son président, Karim Benamara, à Liberté.
Du côté des autorités locales, l’enthousiasme est palpable. À Tébessa, où se trouve le tombeau de Massinissa, le wali a annoncé la réhabilitation des routes menant au site et la formation de guides touristiques spécialisés. « Nous voulons que les visiteurs vivent une expérience immersive, en découvrant non seulement les tombeaux, mais aussi l’histoire qu’ils incarnent », a-t-il souligné.
Prochaines étapes
Le dossier sera examiné par le Comité du patrimoine mondial lors de sa session de 2025. En cas d’avis favorable, les tombeaux numides rejoindront la liste des sites protégés, aux côtés de joyaux comme les pyramides d’Égypte ou le Colisée de Rome. Les autorités algériennes prévoient déjà des campagnes de promotion à l’international, avec des expositions itinérantes et des documentaires.
Pour l’Algérie, cette candidature est bien plus qu’une démarche administrative. Elle s’inscrit dans une volonté de réaffirmer la place du pays dans l’histoire antique et de préserver un patrimoine menacé. Si le classement aboutit, il pourrait aussi servir de levier pour d’autres sites, comme les ruines romaines de Djemila ou les ksour du Sud. Une victoire culturelle, mais aussi un défi pour les générations futures.