6 000 listes en lice : les élections locales 2026 vont-elles booster l’entrepreneuriat local ?

L’Algérie compte 6 065 listes de candidatures pour les élections locales du 28 novembre 2026, soit plus de 162 000 candidats en lice pour les Assemblées populaires communales (APC) et de wilaya (APW). Un chiffre record, selon l’Autorité nationale indépendante des élections (ANIE). Derrière ces nombres, une question cruciale pour les entrepreneurs et la diaspora algérienne : ces élections pourraient-elles enfin débloquer des leviers concrets pour les PME et l’artisanat, souvent étouffés par des blocages administratifs et financiers ?

Un scrutin historique pour les territoires, mais quels impacts pour les chefs d’entreprise ?

Les élections locales sont traditionnellement perçues comme un tremplin pour les projets de proximité. Cette année, avec 5 631 listes pour les APC (dont 239 indépendantes) et 434 pour les APW, la compétition est féroce. Pour les entrepreneurs, l’enjeu est clair : les nouveaux élus auront-ils les moyens – et la volonté – d’accélérer les réformes qui peinent à décoller ?

Prenons l’exemple des Maison de l’artisanat. À Tizi Ouzou, 129 produits étaient en lice récemment pour le Prix national de l’artisanat, un signe que le secteur artisanal, souvent marginalisé, cherche à se structurer. Mais sans soutien logistique des collectivités locales, ces initiatives restent isolées. Les artisans algériens, qui représentent plus de 10 % des emplois formels, manquent cruellement d’accompagnement pour exporter ou moderniser leurs techniques.

Problème clé : les budgets des APC et APW restent limités. En 2025, seulement 12 % des crédits alloués aux collectivités ont été utilisés pour des projets d’appui aux PME, selon des données internes du ministère de l’Industrie. Si les nouveaux élus ne priorisent pas ce volet, les artisans et petits entrepreneurs continueront de subir des retards dans l’accès aux marchés ou aux financements.

La diaspora algérienne en première ligne : et si ces élections changeaient la donne ?

La diaspora, qui représente plus de 5 millions d’Algériens à l’étranger, est un acteur clé pour le développement des PME locales. Pourtant, son potentiel reste sous-exploité. Seulement 3 % des investissements étrangers en Algérie proviennent de la diaspora, contre 15 % pour la France ou le Maroc, selon la Banque mondiale.

Les élections locales pourraient inverser cette tendance. Les candidats ont jusqu’au 28 novembre pour convaincre les électeurs, mais aussi les investisseurs de la diaspora, souvent réticents en raison des lourdeurs administratives. Par exemple, un entrepreneur algérien installé en France qui souhaite financer un projet artisanal en Algérie se heurte à des délais moyens de 6 mois pour obtenir un visa d’affaires ou un agrément bancaire.

Opportunité : les APW, nouvellement élues, pourraient simplifier ces procédures. Certaines wilayas, comme Alger ou Oran, ont déjà lancé des guichets uniques pour les investisseurs, mais leur efficacité reste inégale. Si les nouveaux élus s’engagent sur des délais maximaux de 30 jours pour les dossiers de création d’entreprise, cela pourrait attirer des fonds frais.

Un exemple inspirant vient de Tizi Ouzou, où la Maison de l’artisanat a organisé des ateliers de formation à l’export pour 87 artisans. Résultat : 12 contrats commerciaux ont été signés avec des importateurs italiens et français. Si ce modèle était généralisé, les PME algériennes pourraient enfin percer à l’international.

Artisanat et tourisme : deux secteurs en embuscade, mais dépendants des élus locaux

Deux actualités récentes illustrent le lien entre politique locale et entrepreneuriat :

1. L’Algérie à Milan : Le ministère du Commerce extérieur prépare la participation de 50 artisans algériens au salon Artigiano in Fiera en décembre 2026. Une opportunité en or pour exporter, mais sans soutien logistique des wilayas, ces artisans devront tout assumer : frais de transport, stand, promotion. Or, 80 % des PME algériennes déclarent manquer de moyens pour participer à des salons internationaux (enquête de la CGEM en 2025).

2. 500 nouveaux étudiants en tourisme : Le secteur, en plein essor, forme une nouvelle génération de professionnels. Mais sans infrastructures touristiques développées (hôtels, offices de promotion), ces diplômés risquent de se tourner vers l’étranger. Les APW pourraient jouer un rôle clé en soutenant les micro-hébergements (type guesthouses) ou les circuits artisanaux, comme le fait déjà la wilaya de Béjaïa avec son festival international du tourisme rural.

Risque majeur : sans coordination entre l’État, les collectivités et les entrepreneurs, ces initiatives resteront des îlots de réussite. Par exemple, à Alger, seulement 15 % des projets touristiques soutenus par les APW ont abouti, faute de suivi administratif.

À retenir pour les entrepreneurs

Les élections locales de novembre 2026 pourraient marquer un tournant si les nouveaux élus priorisent l’entrepreneuriat local. Pour les artisans et PME, trois leviers à surveiller :
– Simplification des démarches (visas, financements, export) ;
– Création de fonds régionaux pour appuyer les projets innovants ;
– Partenariats avec la diaspora, via des guichets dédiés.

À l’inverse, un statu quo signifierait la poursuite des blocages : bureaucratie, manque de visibilité, et fuite des talents vers l’étranger. Le scrutin du 28 novembre sera donc un test – pas seulement politique, mais économique.

Sources
Jeune Indépendant
Le Jour d’Algérie
Algerie-Eco

Sources

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