La Direction générale des impôts (DGI) a franchi un cap cette année : depuis janvier 2026, les grandes entreprises algériennes doivent déclarer leurs salaires uniquement en ligne, via la plateforme JibaYatic. Une révolution administrative qui bouleverse les habitudes des PME, des startups et même des freelances liés aux sous-traitances. Pour les entrepreneurs, cette obligation s’ajoute à un arsenal fiscal déjà complexe. Mais quels sont les risques pour ceux qui ne se conformeront pas ? Et comment cette digitalisation impacte-t-elle la compétitivité des entreprises locales face à la concurrence étrangère ?
Délai serré et sanctions : la DGI passe à la vitesse supérieure
La circulaire de la DGI, datée du 22 septembre 2025, a officialisé cette mesure : la déclaration des salaires (appelée G29 dans le jargon fiscal) doit désormais transiter par JibaYatic, la plateforme numérique de l’administration fiscale. Jusqu’alors, les entreprises pouvaient encore déposer ce document sur support papier ou par voie électronique selon leur choix. Aujourd’hui, le système est verrouillé.
Pour les entrepreneurs, le calendrier est strict : la déclaration doit être effectuée au plus tard le 30 avril de chaque année, pour les salaires versés l’année précédente. Un délai qui coïncide avec d’autres obligations fiscales majeures (déclaration de TVA, impôt sur les sociétés). « Cette concentration de deadlines augmente les risques d’erreurs ou d’oubli », souligne un expert-comptable basé à Alger, qui préfère garder l’anonymat. « Les PME, en particulier, n’ont pas toujours les ressources internes pour gérer cette charge administrative supplémentaire. »
Les sanctions en cas de non-respect ? Elles peuvent aller jusqu’à des pénalités de 10 % du montant des salaires non déclarés, selon l’article 75 du code des impôts directs et taxes assimilées (CIDTA). Pour une entreprise de 50 salariés, cela représente un risque financier non négligeable. Pire : la DGI peut aussi bloquer les virements bancaires liés aux salaires en attente de régularisation.
Qui est concerné ? Les grandes entreprises en première ligne, mais pas seulement
La mesure cible en priorité les entreprises relevant de la Direction des grandes entreprises (DGE), soit les sociétés dont le chiffre d’affaires dépasse 500 millions de dinars ou qui emploient plus de 200 salariés. Mais dans les faits, l’impact se répercute bien au-delà.
Les PME et les startups sous-traitantes pour ces grands groupes se retrouvent indirectement touchées. « Beaucoup de nos clients, des petites boîtes de conseil ou de services, nous demandent désormais de vérifier que leurs déclarations de salaires sont bien alignées avec celles de leurs donneurs d’ordre », explique un responsable RH dans une scale-up algéroise. « Sinon, c’est le risque de voir un audit fiscal déclenché chez le client, puis chez le sous-traitant. »
Autre cas de figure : les freelances et auto-entrepreneurs qui facturent des entreprises assujetties à cette obligation. Désormais, ces derniers doivent aussi s’assurer que leurs revenus sont déclarés via des plateformes compatibles avec JibaYatic. « Beaucoup ne savent même pas que cette règle les concerne », confie un avocat fiscaliste. « Ils risquent des redressements alors qu’ils pensaient être à l’abri. »
Digitalisation fiscale : un progrès… mais à quel prix pour les entrepreneurs ?
La DGI justifie cette mesure par la lutte contre la fraude et la modernisation de l’administration. En effet, le système JibaYatic permet un croisement automatique des données entre les déclarations de salaires, les bulletins de paie et les déclarations de TVA. Résultat : moins d’écarts possibles entre ce que l’entreprise déclare et ce qu’elle paie réellement.
Pour les grandes entreprises, l’avantage est clair : moins de paperasse, des contrôles simplifiés et une meilleure traçabilité. « Chez nous, la transition a été fluide car nous avions déjà un système de paie digitalisé », témoigne le directeur financier d’une PME industrielle à Annaba. « Mais pour les petites structures, c’est une vraie contrainte. »
Le problème ? L’Algérie reste en retard sur l’accompagnement numérique des TPE/PME. Selon une étude de la Banque mondiale publiée en 2024, seulement 30 % des entreprises algériennes utilisent des outils de gestion digitale pour leurs déclarations fiscales. Pour les autres, la montée en compétence s’avère coûteuse et chronophage.
La diaspora algérienne dans le collimateur : déclarer ses revenus depuis l’étranger
Cette réforme fiscale a aussi des répercussions pour les Algériens de la diaspora qui travaillent à l’étranger pour des entreprises locales. Jusqu’ici, certains employeurs contournaient les règles en ne déclarant pas les salaires versés depuis l’étranger. Désormais, avec JibaYatic, la DGI peut croiser les données bancaires et identifier ces flux.
« Si vous êtes un Algérien expatrié et que votre entreprise en Algérie ne déclare pas vos revenus, la DGI peut remonter jusqu’à vous via votre compte bancaire », avertit un expert en fiscalité internationale. « Cela peut entraîner des redressements non seulement pour l’employeur, mais aussi pour le salarié. »
Pour les entrepreneurs qui emploient des cadres algériens à l’étranger, la règle est simple : tous les salaires, où qu’ils soient versés, doivent être déclarés. Une mesure qui vise à mettre fin aux optimisations fiscales abusives, mais qui complexifie aussi la gestion pour les petites structures.
À retenir pour les entrepreneurs
1. Vérifiez votre éligibilité : Même si vous n’êtes pas une « grande entreprise », si vous travaillez avec des clients assujettis à JibaYatic, vos déclarations de salaires doivent être alignées pour éviter des redressements en cascade.
2. Formez vos équipes : La DGI ne fait pas de quartier sur les erreurs de bonne foi. Un délai manqué ou une déclaration incomplète peut coûter cher.
3. Anticipez les coûts : Si votre entreprise n’a pas les moyens de digitaliser ses processus, prévoyez un budget pour un expert-comptable ou un logiciel compatible avec JibaYatic.
Sources
TSA Algérie
Jeune Indépendant
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