Le président Abdelmadjid Tebboune a placé la lutte contre le trafic de drogue au cœur des priorités sécuritaires et sanitaires de l’Algérie. Cette semaine, une série de mesures coordonnées entre plusieurs ministères a été dévoilée, marquant un tournant dans la gestion de ce fléau qui touche à la fois la jeunesse et la stabilité du pays.
D’après El Watan, le gouvernement a adopté une approche intégrée combinant répression, prévention et prise en charge médicale. Le ministre de l’Intérieur, Kamel Beldjoud, a annoncé le déploiement de brigades spécialisées dans les wilayas frontalières, notamment à Tamanrasset et Adrar, où les saisies de cannabis et de psychotropes ont augmenté ces derniers mois. Les douanes algériennes ont intercepté plus de 120 tonnes de résine de cannabis en 2025, selon les chiffres officiels communiqués par la Direction générale de la sûreté nationale (DGSN).
La dimension sanitaire prend une place centrale dans cette nouvelle stratégie. Le ministre de la Santé, Abdelhak Saihi, a inauguré récemment un centre de désintoxication à Blida, le premier d’une série d’établissements destinés à accueillir les personnes dépendantes. « La drogue n’est plus seulement un problème policier, mais un enjeu de santé publique », a-t-il déclaré lors d’une visite sur place. Les autorités prévoient également des campagnes de sensibilisation dans les écoles et les universités, avec l’appui du ministère de l’Éducation nationale.
Sur le plan judiciaire, le procureur général près la Cour suprême, Tayeb Belaiz, a rappelé que les peines pour trafic de stupéfiants ont été alourdies en 2024, avec des condamnations pouvant aller jusqu’à la perpétuité pour les réseaux organisés. Les tribunaux algériens ont traité plus de 5 000 affaires liées à la drogue en 2025, un chiffre en hausse de 15 % par rapport à l’année précédente.
La coopération internationale joue aussi un rôle clé. L’Algérie a signé en novembre 2025 un protocole d’accord avec l’Espagne pour échanger des renseignements sur les routes du trafic en Méditerranée. Les deux pays ont convenu de renforcer les patrouilles conjointes et de former des agents algériens aux techniques de détection des cargaisons illicites. « La lutte contre la drogue ne peut se faire en vase clos », a souligné le ministre des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, lors d’une rencontre avec son homologue espagnol.
Les défis restent cependant nombreux. Les trafiquants adaptent leurs méthodes, utilisant des drones pour transporter des petites quantités de drogue à travers les frontières et recourant aux cryptomonnaies pour blanchir l’argent. La DGSN a récemment démantelé un réseau qui utilisait des applications de messagerie chiffrée pour organiser ses livraisons. « La technologie est une arme à double tranchant : elle facilite le trafic, mais elle nous donne aussi les moyens de le combattre », a expliqué un responsable de la police judiciaire sous couvert d’anonymat.
Sur le terrain, les habitants des régions frontalières expriment un mélange de soulagement et de scepticisme. À Maghnia, près de la frontière marocaine, un commerçant interrogé par Liberté estime que « les contrôles sont plus stricts, mais les trafiquants trouvent toujours des moyens de passer ». Les autorités locales, conscientes de ces limites, misent sur une approche communautaire en associant les chefs de tribus et les imams à la sensibilisation.
Cette stratégie multidimensionnelle reflète une volonté politique claire. Lors d’une réunion du Conseil des ministres en février 2026, le président Tebboune a insisté sur la nécessité de « protéger la jeunesse algérienne des ravages de la drogue, qui menace notre cohésion sociale et notre sécurité nationale ». Les prochains mois seront décisifs pour évaluer l’efficacité des mesures mises en place, notamment en termes de réduction de la consommation et de démantèlement des réseaux.
Les observateurs notent que cette mobilisation intervient dans un contexte régional tendu, où les groupes terroristes et les réseaux criminels entretiennent des liens étroits. La lutte contre la drogue s’inscrit ainsi dans une vision plus large de la sécurité nationale, où la stabilité intérieure et la souveraineté sont indissociables.