Le Parlement européen a adopté récemment un nouveau « règlement retour » qui suscite de vives inquiétudes parmi les associations de défense des droits des migrants en Algérie. Selon InfoMigrants, ce texte, voté par les députés européens, renforce les mesures d’éloignement des étrangers en situation irrégulière dans l’Union européenne (UE), avec des implications directes pour les ressortissants algériens.
Des procédures accélérées et des risques accrus
« Ce texte est une régression en matière de droits humains », déclare Samira Benkhedda, présidente de l’association Collectif des familles de disparus en Méditerranée (CFDM). « Les Algériens qui tentent de rejoindre l’Europe pour fuir la précarité ou les persécutions risquent désormais d’être renvoyés plus rapidement, sans garantie d’un traitement équitable. » Selon elle, le règlement pourrait aussi encourager les pratiques de détention arbitraire, notamment dans les pays frontaliers de l’UE comme la Libye ou la Tunisie, où les conditions de rétention sont déjà dénoncées par les organisations internationales.
L’Algérie face à un défi migratoire complexe
Par ailleurs, l’Algérie est également un pays de transit pour les migrants subsahariens. « Beaucoup de ces personnes, bloquées en Algérie faute de moyens pour poursuivre leur voyage, pourraient se retrouver dans une situation encore plus précaire », explique Mourad Allal, coordinateur du Réseau algérien pour la défense des droits des migrants (RADDM). « Le durcissement des politiques européennes risque de les pousser vers des réseaux de passeurs, avec tous les dangers que cela comporte. »
Réactions mitigées des autorités algériennes
En 2024, près de 3 500 Algériens ont été renvoyés de France, d’Espagne et d’Italie, selon les données du ministère de l’Intérieur algérien. « Ces retours s’accompagnent souvent de difficultés de réinsertion », souligne un responsable du Centre national d’orientation et d’accompagnement des migrants (CNOAM). « Beaucoup de ces personnes reviennent sans ressources, avec des traumatismes liés à leur expérience en Europe, et se retrouvent sans soutien. »
Les associations appellent à une mobilisation
Parallèlement, des campagnes de sensibilisation sont lancées pour informer les jeunes Algériens des risques liés à l’immigration irrégulière. « Il est crucial de leur montrer que l’Europe n’est pas une terre promise, mais un parcours semé d’embûches », insiste Mourad Allal. « Le nouveau règlement européen ne fera qu’aggraver ces dangers. »
Un enjeu régional et international
« L’Europe ferme les yeux sur les responsabilités historiques et économiques qu’elle porte dans les crises qui poussent les gens à fuir », déclare un membre d’Amnesty International Algérie. « Plutôt que de construire des murs, elle devrait investir dans des solutions durables, comme le développement des pays d’origine et la protection des droits des migrants. »
En attendant, les Algériens concernés par ces mesures se retrouvent dans une situation d’incertitude croissante. Pour beaucoup, le rêve européen s’éloigne, tandis que les risques de se retrouver piégés dans des circuits de migration illégale ou de détention arbitraire se multiplient.