Réélection de Tebboune et impact sur l’entrepreneuriat

Un scrutin sous haute tension

La réélection de Abdelmadjid Tebboune à la présidence algérienne en septembre 2024, qualifiée de « mascarade électorale » par certains observateurs, s’accompagne d’un renforcement des mécanismes de contrôle politique. Pour les entrepreneurs algériens, cette situation interroge : faut-il y voir une opportunité de stabilité ou un risque accru d’ingérences dans le secteur privé ?

Selon Revolution Permanente, les réformes institutionnelles annoncées récemment visent à consolider le pouvoir en place, avec des conséquences directes sur le cadre des affaires. Les entreprises, déjà confrontées à un environnement réglementaire complexe, doivent désormais composer avec une concentration accrue du pouvoir entre les mains d’une seule entité.

Des réformes économiques sous surveillance politique

Les textes de loi adoptés cette année, notamment ceux concernant la gouvernance des entreprises publiques, confirment cette tendance. El Moudjahid souligne que les réformes institutionnelles servent avant tout à renforcer le contrôle des leviers économiques par le pouvoir politique. Les cas de SONATRACH, où les décisions stratégiques semblent désormais soumises à validation politique, illustrent cette évolution.

Pour les entrepreneurs du secteur privé, cette situation se traduit par une incertitude accrue. Les contrats publics, déjà marqués par des retards de paiement, pourraient devenir encore plus difficiles à obtenir sans liens directs avec l’appareil d’État. Les PME exportatrices, qui dépendent souvent de commandes étatiques ou de partenariats publics-privés, sont particulièrement exposées.

La diaspora entrepreneuriale face au risque de marginalisation

La question de la participation de la diaspora au processus électoral algérien, souvent évoquée dans les débats, prend un nouveau relief. Les exclusions de certains pays des listes électorales, signalées récemment par SeneNews, posent un problème symbolique mais aussi pratique. Les entrepreneurs installés à l’étranger, qui investissent dans des projets en Algérie, pourraient voir leur influence politique diminuer, alors même que leur expertise et leurs capitaux sont recherchés.

Cette marginalisation relative de la diaspora s’ajoute aux difficultés déjà connues : transfert de fonds, accès au crédit, et instabilité juridique. Les investisseurs algériens de l’étranger, souvent porteurs de projets innovants, risquent de se tourner vers d’autres destinations plus stables, privant l’économie algérienne d’un vivier de compétences et de capitaux.

Un secteur privé en quête de visibilité

L’annonce récente par la Fifa de l’accréditation de Christophe Gleizes, journaliste français détenu en Algérie, a mis en lumière la question de la liberté de la presse. Pour les entrepreneurs, cette actualité rappelle l’importance d’un environnement médiatique libre pour attirer les investissements étrangers. Les entreprises internationales hésitent à s’implanter dans un pays où les journalistes peuvent être détenus sans motif clair, ce qui affecte la crédibilité du pays.

Les réformes en cours, si elles visent à renforcer la stabilité politique, doivent aussi s’accompagner d’une libéralisation économique pour ne pas étouffer l’initiative privée. Les entrepreneurs locaux attendent des mesures concrètes : simplification des procédures administratives, garantie des contrats, et réduction des obstacles bureaucratiques.

Un bilan contrasté pour les créateurs d'entreprise

Les statistiques récentes montrent une croissance modérée du nombre de créations d’entreprises en Algérie, mais avec une concentration des activités dans des secteurs peu innovants. Les startups, en particulier, peinent à obtenir des financements et à accéder à des marchés publics. Les réformes annoncées en 2025 par le gouvernement, bien que prometteuses sur le papier, tardent à se concrétiser.

Les entrepreneurs algériens, qu’ils soient basés en Algérie ou à l’étranger, doivent désormais composer avec un environnement où le politique prime sur l’économique. La question n’est plus seulement de savoir si le pays a besoin de réformes, mais si ces réformes pourront être mises en œuvre dans un cadre stable et prévisible.

À retenir pour les entrepreneurs
La réélection de Tebboune en 2024 confirme le renforcement du contrôle politique sur l’économie, avec des risques accrus pour les contrats publics et la liberté d’action des entreprises privées. Les investisseurs algériens de la diaspora, déjà confrontés à des difficultés de transfert de fonds, pourraient voir leur rôle politique diminuer. Les réformes annoncées devront rapidement se traduire par des mesures concrètes pour éviter une fuite des capitaux et des compétences.

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