Safy Boutella relance le cinéma algérien à Annaba

Le 4e Festival du film méditerranéen d’Annaba a servi de tribune à Safy Boutella pour défendre une vision ambitieuse du cinéma algérien. Lors d’une rencontre organisée récemment par Le Courrier d’Algérie, le compositeur et réalisateur a insisté sur la nécessité de fidéliser le public local, souvent négligé par les productions nationales. « Annaba offre une occasion rêvée pour ancrer le cinéma dans les habitudes culturelles des Algériens », a-t-il déclaré, soulignant le potentiel inexploité des salles obscures du pays.

Boutella, connu pour ses bandes originales de films comme Chronique des années de braise et Rachida, a rappelé que l’Algérie compte moins de 50 salles de cinéma en activité pour une population de 45 millions d’habitants. Un chiffre alarmant, selon lui, qui reflète un désintérêt des pouvoirs publics pour la filière. « Le cinéma n’est pas un luxe, c’est un outil de transmission et de cohésion sociale », a-t-il ajouté, citant l’exemple du Maroc, où les festivals comme celui de Marrakech attirent des milliers de spectateurs chaque année.

Le festival d’Annaba, qui s’est tenu cette semaine, a mis en avant une programmation variée, mêlant films méditerranéens et productions algériennes. Parmi les œuvres présentées, Les Parias, un documentaire sur les migrants subsahariens en Algérie, a retenu l’attention. Réalisé par le jeune cinéaste Amine Kadi, le film aborde un sujet sensible, souvent évité par les médias officiels. « Ce festival est une bouffée d’oxygène pour les réalisateurs algériens, qui manquent cruellement de plateformes de diffusion », a commenté Kadi, interrogé par El Watan.

Safy Boutella n’a pas hésité à critiquer le manque de soutien institutionnel. « Les subventions existent, mais elles sont mal distribuées. Les jeunes talents sont ignorés au profit de projets commerciaux sans envergure », a-t-il déploré. Il a également pointé du doigt l’absence de formations spécialisées dans les métiers du cinéma, un secteur où l’Algérie accuse un retard criant par rapport à ses voisins maghrébins. « Comment former une nouvelle génération de techniciens et de scénaristes si les écoles de cinéma ferment les unes après les autres ? », s’est-il interrogé.

Le festival a aussi été l’occasion de rendre hommage à des figures historiques du cinéma algérien, comme le réalisateur Mohamed Lakhdar-Hamina, lauréat de la Palme d’or en 1975 pour Chronique des années de braise. Une rétrospective de ses films a été organisée, attirant un public majoritairement jeune, preuve que l’héritage cinématographique algérien continue de résonner. « Ces hommages sont importants, mais ils ne doivent pas servir d’alibi pour éviter de financer de nouvelles productions », a nuancé Boutella, rappelant que le cinéma algérien a besoin de projets contemporains pour survivre.

Sur le plan logistique, le festival a bénéficié du soutien de la wilaya d’Annaba et de partenaires privés, comme l’entreprise de télécommunications Mobilis. Une collaboration qui, selon les organisateurs, pourrait servir de modèle pour d’autres événements culturels en Algérie. « Les sponsors sont prêts à investir, mais ils veulent des garanties. Il faut leur montrer que la culture peut être rentable », a expliqué un responsable du festival, sous couvert d’anonymat.

Le succès de cette édition, marquée par une fréquentation en hausse par rapport aux années précédentes, semble donner raison à Safy Boutella. Pourtant, les défis restent immenses. L’Algérie ne produit qu’une dizaine de longs-métrages par an, contre une cinquantaine au Maroc et une centaine en Égypte. « La solution passe par une politique culturelle claire, avec des objectifs à long terme. Aujourd’hui, on navigue à vue », a regretté Boutella, avant d’ajouter : « Le public est là, les talents aussi. Il manque juste la volonté politique. »

En marge du festival, des ateliers ont été organisés pour initier les jeunes à l’écriture de scénarios et à la réalisation. Une initiative saluée par les participants, qui y voient une première étape vers une professionnalisation du secteur. « Ces formations sont essentielles, mais elles doivent être pérennisées. Un atelier par an ne suffit pas », a souligné une étudiante en cinéma, rencontrée sur place.

Le Festival du film méditerranéen d’Annaba s’est clôturé par la projection en avant-première de La Dernière Danse, un film algéro-français réalisé par Samir Benchikh. Une œuvre qui, selon les premiers retours, pourrait marquer un tournant pour le cinéma algérien, en abordant des thèmes universels comme l’exil et l’identité. « Ce film montre que l’Algérie a encore des histoires à raconter au monde », a conclu Boutella, visiblement optimiste.

Si les obstacles sont nombreux, l’engagement de figures comme Safy Boutella et l’engouement du public laissent entrevoir une lueur d’espoir pour le 7e art algérien. Reste à savoir si les autorités sauront saisir cette opportunité pour relancer une industrie culturelle en souffrance.

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