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**L’Algérie, ou l’art de la dissonance stratégique**
L’Algérie contemporaine est un pays où les contradictions ne sont pas des accidents, mais le moteur même de sa gouvernance. Entre une jeunesse en ébullition et un État qui oscille entre répression ciblée et séduction économique, entre une diplomatie énergétique ambitieuse et une politique intérieure verrouillée, le pays se déploie comme un système à double vitesse. D’un côté, une machine étatique qui verrouille les libertés tout en ouvrant grand les portes aux investissements étrangers ; de l’autre, une société civile qui résiste, contourne, ou s’exile, tandis que l’économie tente de se diversifier sous le regard méfiant des hydrocarbures. Ces dix domaines d’actualité ne sont pas des îlots isolés, mais les facettes d’un même cristal : un État qui joue sur tous les tableaux, sans jamais perdre le contrôle.
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**La jeunesse, otage et levier du système**
Le cas Christophe Gleizes, ce journaliste franco-algérien condamné pour « atteinte à l’unité nationale » après avoir couvert un match de la JS Kabylie, est un symptôme. Pas seulement celui d’un État qui criminalise la critique, mais celui d’une jeunesse algérienne prise en étau entre trois forces : l’asphyxie politique, l’exil comme soupape, et le football comme exutoire.
La JS Kabylie, club historique et bastion de la contestation berbère, est depuis des décennies dans le viseur d’Alger. En arrêtant Gleizes sous prétexte d’un reportage, l’État envoie un message clair : même les symboles culturels sont des cibles. Pourtant, cette répression sélective révèle une fragilité. Le football, espace de liberté relative, devient un champ de bataille. Les supporters, souvent jeunes, utilisent les stades pour scander des slogans politiques, comme lors du Hirak. L’État le sait : il tolère les chants anti-système tant qu’ils restent confinés aux gradins, mais frappe dès qu’ils débordent dans les médias.
La mobilisation des fédérations françaises de football et de rugby pour Gleizes montre une autre réalité : l’Algérie a besoin de l’étranger, mais pas de sa liberté. Elle accepte les investissements, les partenariats énergétiques, les transferts de technologies, mais pas les regards indiscrets. Gleizes, en renonçant à son pourvoi en cassation, joue le jeu de la realpolitik : une grâce présidentielle est plus probable qu’une victoire judiciaire. C’est le pacte algérien : on négocie, on plie, mais on ne rompt pas.
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**L’énergie, ou comment l’Algérie réinvente sa dépendance**
L’Algérie est assise sur un paradoxe : elle est à la fois le grenier énergétique de l’Europe et un pays qui tente désespérément de s’affranchir de sa dépendance aux hydrocarbures. Les récentes annonces – partenariat avec Washington sur la décarbonation, participation au Salon de Rimini, forum BTPH à Alger – dessinent une stratégie claire : devenir un hub des énergies vertes sans renoncer au gaz.
Pourquoi cette transition est-elle à la fois prometteuse et périlleuse ?
1. Le gaz comme levier géopolitique : L’UE, assoiffée d’alternatives au gaz russe, voit en l’Algérie un partenaire incontournable. Les projets de pipelines et d’usines de GNL se multiplient, mais à quel prix ? L’Algérie sait que son gaz est une arme. Elle l’a prouvé en coupant les vannes à l’Espagne en 2022 pour protester contre son rapprochement avec le Maroc. La transition énergétique devient ainsi un nouveau terrain de négociation : « Vous voulez nos énergies vertes ? Alors acceptez nos conditions. »
2. L’innovation sous contrôle : Le forum BTPH d’Alger n’est pas qu’une vitrine technologique. C’est aussi un moyen pour l’État de canaliser les investissements étrangers vers des secteurs contrôlables. Les énergies renouvelables, moins centralisées que les hydrocarbures, pourraient échapper à la mainmise de Sonatrach. D’où la nécessité de les encadrer via des partenariats publics-privés, où l’État garde la main.
3. Le piège de la rente : L’Algérie a les moyens de sa transition (ensoleillement exceptionnel, réserves de gaz pour financer les infrastructures), mais elle en a aussi les travers. Comme pour les hydrocarbures, elle risque de tomber dans le piège de la rente verte : vendre des kilowatts plutôt que de construire une industrie locale. Les 200 milliards de dinars investis à Mostaganem pour sept nouvelles usines sont un bon signe, mais combien de ces projets créeront des emplois durables ?
La transition énergétique algérienne est une course contre la montre : avant que l’Europe ne trouve d’autres fournisseurs, avant que le gaz ne devienne obsolète, avant que la jeunesse ne se lasse de voir son pays monnayer ses ressources sans redistribuer les richesses.
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**L’économie algérienne : le mirage de la diversification**
Mostaganem, Rouiba, El Bordjia… Les noms des zones industrielles algériennes s’alignent comme des promesses. 200 milliards de dinars ici, une laiterie là, sept usines ailleurs. L’Algérie veut croire à son réveil industriel, et les chiffres sont là pour le prouver. Pourtant, derrière ces annonces se cache une réalité plus trouble : une économie qui reste prisonnière de ses vieux démons.
1. L’industrialisation par décret : Les usines de Mostaganem ne sortent pas de terre par magie. Elles sont le fruit d’une politique volontariste, mais aussi d’un système où les investissements publics servent souvent de vitrine. Combien de ces usines tourneront à plein régime ? Combien créeront des emplois qualifiés ? L’Algérie a déjà connu des « éléphants blancs » – ces projets pharaoniques abandonnés faute de rentabilité.
2. La dépendance aux importations : Malgré les efforts, l’Algérie importe encore massivement. La nouvelle laiterie de Rouiba est un symbole : le pays, qui pourrait être autosuffisant en lait, en importe pour des milliards de dinars chaque année. Pourquoi ? Parce que les filières locales sont inefficaces, que les subventions étouffent l’initiative privée, et que la bureaucratie étouffe les entrepreneurs.
3. Le chômage des jeunes, bombe à retardement : Les usines de Mostaganem emploieront-elles les jeunes diplômés qui manifestent chaque année pour des postes dans la fonction publique ? Rien n’est moins sûr. L’Algérie a l’un des taux de chômage des jeunes les plus élevés au monde (près de 30 %). Les investissements industriels sont nécessaires, mais ils ne suffiront pas à absorber une jeunesse de plus en plus éduquée et de moins en moins docile.
L’économie algérienne est comme un moteur qui tourne à deux vitesses : une vitesse folle pour les secteurs stratégiques (énergie, BTP), et une vitesse au ralenti pour tout le reste. Le risque ? Que la croissance ne profite qu’à une élite, creusant encore plus les inégalités.
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**La France et l’Algérie : une obsession mutuelle**
Les relations franco-algériennes sont un théâtre où se jouent trois pièces en même temps : la realpolitik, la mémoire coloniale, et la guerre des récits.
1. La droite française et son « obsession algérienne » : Bruno Retailleau, qualifié de « ministre de la haine » en Algérie, incarne cette droite qui instrumentalise l’histoire coloniale pour des gains électoraux. Mais cette obsession est réciproque. L’Algérie, elle aussi, utilise la France comme bouc émissaire. Chaque crise diplomatique (visas, mémoire, énergie) est l’occasion de resserrer les rangs autour du pouvoir.
2. Chawki Benzehra, ou l’art de retourner sa veste : Ce polémiste, passé des discours anti-France à une croisade contre les « influenceurs algériens », est un cas d’école. Il illustre comment l’État algérien recycle ses opposants en chiens de garde. Benzehra attaque aujourd’hui ceux qui, comme lui hier, critiquent le pouvoir. La leçon ? En Algérie, on peut tout dire… à condition de ne pas gêner.
3. Le piège de la dépendance : Malgré les tensions, la France reste le premier partenaire économique de l’Algérie. Les entreprises françaises investissent dans les énergies renouvelables, les hôpitaux, les infrastructures. Mais cette dépendance est à double tranchant. L’Algérie a besoin de la France pour sa technologie, mais elle la déteste pour son passé. Résultat : un partenariat toxique, où chaque avancée économique est suivie d’une crise diplomatique.
La France et l’Algérie sont comme deux amants qui ne peuvent ni se quitter ni se supporter. Leur relation est un mélange de passion, de rancœur, et d’intérêt bien compris.
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**Droits humains : l’exil ou la prison**
L’Algérie est un pays où les militants des droits humains ont le choix entre deux options : l’exil ou la prison. Les récentes accusations de l’ONU sur les disparitions forcées et la répression des familles de disparus ne sont pas des révélations, mais des confirmations. Le Conseil national des droits de l’homme (CNDH), organe officiel, est une coquille vide, un alibi pour la communauté internationale.
Pourquoi cette répression systématique ?
1. Le Hirak, traumatisme du pouvoir : Le mouvement de 2019 a montré que la jeunesse algérienne n’avait plus peur. Depuis, l’État a verrouillé tous les espaces de contestation. Les arrestations arbitraires, les procès expéditifs, les pressions sur les familles sont devenus la norme.
2. L’arme de la division : L’État algérien excelle dans l’art de diviser pour mieux régner. Il tolère certaines associations (souvent celles qui ne le gênent pas), mais réprime les autres. Les militants des droits humains sont accusés d’être des « agents de l’étranger », un classique du répertoire autoritaire.
3. L’hypocrisie internationale : L’UE et les États-Unis ferment les yeux sur les violations des droits humains tant que l’Algérie reste un partenaire énergétique fiable. Les condamnations de l’ONU sont des coups d’épée dans l’eau : sans sanctions, elles n’ont aucun effet.
L’Algérie est un pays où la répression est douce : pas de massacres de masse, mais une pression constante, insidieuse. On ne tue pas les opposants, on les épuise.
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**Sécurité et infrastructures : le prix de la négligence**
Les accidents de la route en Algérie ne sont pas des faits divers, mais des symptômes. 38 morts en une semaine, 40 morts la semaine suivante… Ces chiffres, qui feraient la une des médias occidentaux, passent presque inaperçus en Algérie. Pourquoi ?
1. L’état des infrastructures