Le 13 mai 2026, Le Courrier d’Algérie révélait que Rome envisageait de faire de l’Algérie un pilier central de sa stratégie de diversification énergétique. Cette annonce, bien que passablement commentée dans les médias locaux, n’a pas encore suscité le débat économique qu’elle mérite. Pourtant, pour les entrepreneurs algériens, les entreprises publiques comme privées, et surtout pour la diaspora investisseur, cette orientation ouvre des perspectives concrètes — et des exigences immédiates.
Une dépendance italienne à l’Algérie déjà ancienne
L’Italie importe près de 40 % de son gaz naturel d’Algérie, principalement via le gazoduc Transmed qui relie Hassi R’Mel à la Sicile. Cette dépendance a été renforcée ces dernières années par la réduction des livraisons russes et la montée en puissance du projet Galsi, un gazoduc sous-marin devant relier l’Algérie à la Sardaigne. En 2025, Rome a accéléré les négociations avec Alger pour sécuriser ses approvisionnements hivernaux, alors que les stocks européens étaient jugés insuffisants.
Cette semaine, le ministre italien de l’Énergie, Gilberto Pichetto Fratin, a confirmé que l’Algérie resterait le premier fournisseur de gaz de l’Italie au-delà de 2030. Une décision qui s’inscrit dans la feuille de route énergétique italienne, publiée en mai 2026, et qui prévoit une réduction drastique de la part du gaz russe — passée de 40 % en 2022 à moins de 10 % en 2025.
Une opportunité pour l’industrie algérienne
Pour SONATRACH, l’opportunité est double : maintenir ses parts de marché en Europe tout en développant une industrie locale intégrée. Le groupe public a annoncé récemment la création d’une coentreprise avec l’italien Eni pour la production de biométhane à partir de déchets agricoles dans la wilaya de Tlemcen. Selon des sources proches du dossier, ce projet pourrait générer 300 emplois directs et injecter 50 millions d’euros dans l’économie locale d’ici 2028.
Plus largement, cette stratégie italienne pourrait accélérer la transition énergétique algérienne. Le gouvernement a récemment lancé un fonds de 1 milliard de dollars dédié aux énergies renouvelables, avec une cible de 30 % d’électricité verte d’ici 2030. Les entrepreneurs algériens spécialisés dans les panneaux solaires ou les parcs éoliens voient dans cette demande européenne une fenêtre à saisir. Plusieurs PME de Ouargla et Adrar se sont déjà positionnées pour fournir des composants aux futurs projets italiens, en partenariat avec des sous-traitants locaux.
La diaspora algérienne au cœur du dispositif
La communauté algérienne en Italie — estimée à plus de 500 000 personnes — représente un levier économique souvent sous-exploité. Des initiatives récentes montrent pourtant comment cette diaspora peut jouer un rôle clé dans la chaîne de valeur énergétique.
L’association Algeria-Italia Energia, basée à Milan, a signé en 2025 un protocole avec la Chambre algérienne de commerce et d’industrie (CACI) pour faciliter les investissements croisés. Parmi les projets en cours : la création d’une plateforme logistique à Gênes pour l’export de produits algériens vers l’Italie, avec une partie des bénéfices réinvestie dans des infrastructures énergétiques en Algérie.
Un entrepreneur algérois installé à Turin, Mehdi Touati, a lancé cette année une start-up spécialisée dans la maintenance des réseaux de gaz. Son entreprise, GasTech Algeria, emploie désormais 15 ingénieurs formés en Italie et a remporté un contrat de 2 millions d’euros avec Eni pour la modernisation de stations de compression en Sicile. « Sans mon réseau en Italie, je n’aurais jamais pu décrocher ce marché », confie-t-il.
Les défis à relever rapidement
Cependant, cette dynamique ne se décrète pas. Plusieurs obstacles persistent.
Premièrement, les lourdeurs administratives algériennes. Les délais pour l’obtention des autorisations d’exportation restent longs — parfois jusqu’à 12 mois pour les produits industriels — alors que les Italiens exigent des réponses sous 3 mois. La CACI a reconnu récemment que seulement 30 % des dossiers de PME étaient traités dans les délais.
Deuxièmement, la concurrence régionale. Le Maroc et la Tunisie multiplient aussi leurs partenariats énergétiques avec l’Italie. En 2025, Tunis a signé un accord pour exporter 2 milliards de m³ de gaz par an via le gazoduc sous-marin entre Hammamet et Gela. Alger doit donc accélérer ses projets de diversification si elle veut conserver son leadership.
Enfin, la question des prix. Les contrats de gaz entre l’Algérie et l’Italie sont indexés sur les prix du marché européen, mais les marges restent serrées. Les entrepreneurs algériens doivent donc optimiser leurs coûts de production pour rester compétitifs face aux géants européens.
Une fenêtre qui ne s’ouvrira pas deux fois
L’Italie a besoin de stabilité et de prévisibilité. Or, l’Algérie traverse une période de réformes économiques qui pourraient, si elles aboutissent, renforcer sa position. Le nouveau code des investissements, adopté en 2025, offre des exonérations fiscales pour les projets liés aux énergies renouvelables et à la transformation locale du gaz.
Pour les entrepreneurs, la priorité est claire : se positionner rapidement sur les appels d’offres italiens, renforcer les partenariats bilatéraux, et former une main-d’œuvre locale qualifiée. La diaspora, elle, doit jouer un rôle de pont entre les deux pays.
Une chose est sûre : cette stratégie italienne n’est pas un effet d’annonce. Elle s’inscrit dans une logique de sécurisation énergétique à long terme. L’Algérie a les atouts pour en tirer profit — à condition d’agir maintenant.
À retenir pour les entrepreneurs
L’Italie représente un marché de 30 milliards d’euros annuels dans le secteur énergétique. Les appels d’offres pour les énergies renouvelables et la maintenance des réseaux gaziers sont publiés chaque trimestre. Les PME algériennes ont jusqu’à fin 2026 pour se structurer et postuler. La diaspora peut faciliter l’accès aux réseaux italiens, mais doit collaborer avec des partenaires locaux pour éviter les blocages administratifs.
💡 Vous créez votre entreprise en Algérie ? GlobalStart vous accompagne pas à pas : démarches, coûts réels, statuts juridiques (SARL, EURL, SPA) et immatriculation CNRC.