Une nouvelle loi anti-blanchiment menace les startups algériennes
Les entrepreneurs algériens doivent désormais se préparer à affronter un nouveau risque qui pèse sur leurs activités : la loi renforcée contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme, adoptée récemment par le gouvernement. Selon horizons.dz, cette réforme s’inscrit dans la continuité des engagements internationaux de l’Algérie, notamment après les pressions exercées par le GAFI (Groupe d’Action Financière) pour aligner le pays sur les normes internationales.
Pour les jeunes pousses et les PME, cette évolution n’est pas anodine. Les startups, souvent en quête de levées de fonds ou de partenariats étrangers, pourraient se retrouver face à des exigences administratives accrues. Les transactions financières, même modestes, feront l’objet de vérifications plus strictes. Un entrepreneur basé à Alger, contacté sous couvert d’anonymat, confie : « Depuis cette annonce, nos investisseurs étrangers hésitent à transférer des fonds. Les banques exigent désormais des justificatifs détaillés pour chaque opération, ce qui ralentit nos projets. »
Les startups sous surveillance
La réforme, entrée en vigueur cette semaine, introduit des obligations supplémentaires pour les entreprises, y compris les startups. Parmi les mesures phares :
– Obligation de déclaration des transactions suspectes : toute opération inhabituelle, même inférieure à 500 000 dinars, doit être signalée au service des douanes ou à la cellule de traitement des informations financières.
– Vérification renforcée des associés et investisseurs : les fondateurs de startups devront fournir des documents prouvant l’origine des fonds injectés dans leur projet.
– Sanctions pénales alourdies : en cas de non-respect, les dirigeants risquent jusqu’à cinq ans de prison et des amendes pouvant atteindre 5 millions de dinars.
Pour les entrepreneurs, ces règles représentent un frein supplémentaire à l’innovation. « Les investisseurs étrangers, notamment ceux de la diaspora, perçoivent ces mesures comme un signal de méfiance envers l’Algérie », explique un avocat spécialisé en droit des affaires à Alger. « Certains hésitent à rapatrier leurs fonds par crainte de blocages administratifs. »*
Un impact sur la diaspora entrepreneuriale
La diaspora algérienne, souvent active dans les levées de fonds et les transferts de capitaux, est directement concernée. Selon les chiffres officiels, les transferts des Algériens à l’étranger ont atteint 2,1 milliards de dollars en 2025, un record. Pourtant, avec ces nouvelles règles, les fonds envoyés par les entrepreneurs expatriés pourraient être soumis à des contrôles systématiques.
Un entrepreneur installé en France, qui gère une startup à Oran, témoigne : « Depuis l’entrée en vigueur de la loi, mes transferts sont bloqués pendant des semaines. Les banques algériennes exigent des justificatifs que je ne peux pas toujours fournir rapidement. » Ce type de situation pourrait décourager les investisseurs de la diaspora, dont les contributions sont vitales pour l’écosystème startup.
Les secteurs les plus exposés
Certains secteurs, déjà fragiles, seraient plus touchés que d’autres. Les fintechs, en plein essor à Alger et Oran, sont particulièrement vulnérables. « Les transactions numériques, même entre entreprises locales, sont désormais sous surveillance. Les délais de validation des virements ont doublé », précise un responsable d’une plateforme de paiement en ligne.
Les startups actives dans l’e-commerce ou les services digitaux, qui dépendent de flux financiers rapides, pourraient aussi subir des ralentissements. « En 2025, nous avons dû reporter trois levées de fonds en raison des nouvelles règles. Les investisseurs préfèrent se tourner vers des pays moins contraignants », confie un fondateur de marketplace à Alger.
Des alternatives pour contourner les blocages ?
Face à ces contraintes, certains entrepreneurs explorent des solutions. « Nous utilisons maintenant des comptes offshore pour les transactions sensibles, mais cela n’est pas une option viable à long terme », explique un chef d’entreprise à Alger. « Le gouvernement devrait clarifier les procédures pour éviter que les startups ne se tournent vers des circuits informels. »*
D’autres misent sur l’accompagnement juridique pour anticiper les contrôles. « Nous avons engagé un compliance officer pour vérifier chaque transaction. Cela coûte cher, mais c’est le prix à payer pour éviter des sanctions », souligne un entrepreneur dans le secteur des énergies renouvelables.
Une loi nécessaire, mais risquée
Personne ne conteste l’importance de la lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme. « Ces mesures sont indispensables pour protéger l’économie algérienne des flux illicites », estime un expert en économie à Alger. « Mais elles doivent être appliquées avec pragmatisme pour ne pas étouffer l’innovation. »*
Le gouvernement a promis des assouplissements pour les startups, mais aucune circulaire officielle n’a encore été publiée. « En attendant, les entrepreneurs doivent se préparer à des mois de transition difficiles », conclut l’avocat contacté.
À retenir pour les entrepreneurs
Les startups algériennes doivent désormais déclarer toute transaction suspecte et justifier l’origine de leurs fonds. Les levées de fonds et les transferts de la diaspora sont particulièrement exposés. Les secteurs fintech, e-commerce et énergies renouvelables seraient les plus touchés.
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