La semaine a été marquée par des évolutions dans la fiscalité des entreprises, des opportunités pour les freelances, des initiatives de la diaspora et des dynamiques sectorielles dans l’artisanat et la gestion des déchets. Plusieurs textes législatifs ou administratifs ont été rappelés, tandis que des salons internationaux ont mis en lumière des secteurs à potentiel. Voici une synthèse factuelle des faits saillants.
Fiscalité et cadre légal : des ajustements en cours
Le ministre des Finances, Abderahmane Raouya, a évoqué une année 2024 « sous pression » pour la fiscalité des entreprises, sans préciser de mesures immédiates. Parallèlement, la Tunisie a lancé une amnistie fiscale pour 2025, avec des exonérations partielles sur les fraudes fiscales déclarées avant une date limite à confirmer. Pour les entrepreneurs algériens, ce dispositif tunisien pourrait servir de référence en cas de mesures similaires dans la région, mais aucune annonce n’a été faite côté algérien à ce stade.
Le directeur des éditions Pro Cible, Zahir Bettache, a rappelé que les entreprises en infraction au registre de commerce s’exposent à des sanctions, sans préciser leur nature. Les violations incluent les déclarations tardives ou les modifications non enregistrées. En 2025, les règles sur les arrêts maladie pourraient évoluer : les employeurs devront désormais compter les jours d’absence différemment pour les salariés en SARL, avec un plafond à 30 jours par an, contre 45 actuellement. Une adaptation nécessaire pour les PME, où les remplacements de personnel impactent directement la productivité.
Freelance et paiements transfrontaliers : solutions en émergence
Un guide a été publié sur la création de cartes bancaires virtuelles pour recevoir ou payer depuis l’Afrique via le mobile money. Le processus nécessite :
– Un dépôt initial en mobile money (montants variables selon les opérateurs, généralement entre 5 000 et 20 000 DZD).
– Une affiliation à un service de paiement en ligne (ex : Wave, PayPal, ou solutions locales comme HPS).
Les frais de change s’élèvent à 2,5 % en moyenne, avec des délais de traitement de 24 à 48 heures. Les freelances algériens travaillant pour des clients européens ou africains pourraient y trouver une alternative aux virements bancaires traditionnels, souvent lents et coûteux (frais fixes de 30 à 50 € par opération).
SARL et gestion des ressources humaines : entre contrôle et flexibilité
Le plus jeune ministre du gouvernement, en poste depuis mars 2024, a évoqué son parcours sans détailler de mesures spécifiques pour les SARL. En revanche, la lutte contre les arrêts de travail « de complaisance » est en cours. En 2023, 12 % des arrêts maladie en Algérie étaient jugés abusifs par la Sécurité sociale, selon des chiffres partiels de la CNAS. Les entreprises sont désormais incitées à auditer leurs politiques de congé maladie, avec des risques de redressement fiscal en cas de non-conformité.
Pour les SARL, la rigidité des procédures administratives reste un frein. La création d’entreprise via le registre de commerce prend en moyenne 15 jours en Algérie, contre 7 jours au Maroc, selon la Banque mondiale. Les entrepreneurs citent les retards dans l’obtention du NIF (Numéro d’Identification Fiscale) comme obstacle récurrent.
Diaspora entrepreneuriale : un levier de développement local
Trois communes illustrent des dynamiques contrastées :
1. Boussouma (Bordj Bou Arréridj) : La diaspora a financé 12 projets agricoles en 2024, totalisant 1,5 milliard DZD d’investissements. Les transferts monétaires via Western Union ou MoneyGram ont augmenté de 18 % depuis 2022, avec une part croissante dédiée aux investissements (35 % des envois en 2024, contre 20 % en 2021).
2. Tlemcen : Sonelgaz investit 3,2 milliards DZD dans des projets d’électrification rurale, avec 15 % des fonds attribués à des entreprises locales pour la sous-traitance.
3. Aïn-el-Melh (M’Sila) : 60 % des communes de la daïra n’ont pas de plans de développement validés par la wilaya, selon un rapport de la Cour des comptes. Les fonds alloués par l’État (1,8 milliard DZD en 2023) sont sous-utilisés, avec seulement 40 % des crédits engagés.
Les transferts de la diaspora atteignent 1,2 milliard USD par an pour l’Algérie, selon la Banque d’Algérie, mais leur impact économique reste inégal selon les régions.
Financement des PME et investissements alternatifs
Trois thèmes structurants pour 2026 :
1. Les fonds souverains : Le Maroc, via l’Ithmar Capital, gère un portefeuille de 12 milliards USD, avec une allocation de 30 % aux PME. L’Algérie n’a pas de fonds souverain dédié, mais la Caisse de Dépôt et de Gestion (CDG) gère 800 milliards DZD d’actifs, dont une partie pourrait être réorientée vers les startups.
2. Placements sans risque : Les certificats de dépôt bancaires offrent un rendement de 4,5 % en 2024, contre 3 % pour les comptes à terme. Les obligations d’État (Bons du Trésor) rapportent 5,2 % sur 5 ans.
3. Marchés publics : Un tribune propose la création d’un « investisseur public agile » pour accélérer les délais de paiement. En 2023, 60 % des PME travaillant pour l’État attendaient plus de 90 jours pour être réglées, selon l’APW.
Artisanat et e-commerce : des niches en croissance
L’Algérie a mis en avant son patrimoine lors de la 26ᵉ édition du Salon international de la production artisanale :
– Un tapis du M’zab a été vendu à un collectionneur indien pour 1,8 million DZD.
– 120 artisans ont signé des contrats de distribution avec des partenaires étrangers, principalement en Europe et au Moyen-Orient.
Le secteur emploie 350 000 personnes, dont 60 % en milieu rural. Les ventes en ligne restent marginales (moins de 2 % du chiffre d’affaires total), mais des plateformes comme Jumia et des solutions locales (ex : DimaMarket) enregistrent une croissance de 15 % par an sur les produits artisanaux.
Côté e-commerce, trois tendances se dégagent :
1. Boissons énergisantes : Le marché pèse 4,5 milliards DZD en 2024, avec une croissance annuelle de 8 %. Les marques locales (Red Bull, Burn) dominent à 70 %, mais les importations chinoises (moins chères) progressent de 12 %.
2. Habillement : L’inflation a réduit le pouvoir d’achat de 7 % depuis 2023, poussant les consommateurs vers les marketplaces (Jumia, Facebook Marketplace) où les prix sont 20 % moins élevés qu’en boutique.
3. Jumia fête ses 6 ans en Algérie avec un chiffre d’affaires de 1,2 milliard DZD en 2023, soit une part de marché de 40 % dans l’e-commerce local.
Gestion des déchets et industrie : des secteurs en mutation
La gestion des déchets mobilise 4 080 entreprises en Algérie, employant 12 000 personnes. Le secteur devrait croître de 6 % par an jusqu’en 2026, porté par les investissements publics (500 millions DZD en 2024). Les déchets plastiques représentent 30 % du volume traité, avec un taux de recyclage de 15 % (contre 30 % en Tunisie).
Côté industrie, Sinotruk (constructeur chinois) mise sur l’usine Tirsam de Batna pour produire 5 000 camions par an d’ici 2026. L’investissement initial s’élève à 200 millions USD, avec 30 % de la production destinée à l’export (Libye, Mali, Niger). L’usine devrait générer 1 200 emplois directs.
Bilan de la semaine : points saillants
1. Fiscalité : Pas de mesures nouvelles, mais des rappels sur les sanctions pour les SARL en infraction.
2. Freelance : Solutions de paiement transfrontalières en développement, avec des coûts réduits mais des limites sur les montants.
3. Diaspora : Investissements ciblés dans certaines régions (Boussouma, Tlemcen), mais manque de coordination dans d’autres (M’Sila).
4. Financement : PME confrontées à des délais de paiement longs, tandis que les placements sans risque offrent des rendements nets.
5. Artisanat et e-commerce : Niche artisanale en croissance à l’export, mais e-commerce encore dominé par les marketplaces informelles.
À retenir pour les entrepreneurs
Les entrepreneurs doivent surveiller les évolutions des délais de paiement publics et les opportunités de financement via des solutions alternatives (mobile money, fonds souverains). Les secteurs de l’artisanat et de l’e-commerce offrent des débouchés, mais nécessitent une adaptation aux comportements d’achat post-inflation. Aucune mesure fiscale nouvelle n’a été annoncée cette semaine.
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