Le géant public algérien de la sidérurgie, Adjal (Algérie sidérurgie), a reçu récemment une délégation du premier producteur d’acier au monde, China Baowu Group. Selon un communiqué publié par Horizons, l’agence officielle de presse algérienne, cette rencontre s’inscrit dans le cadre d’un renforcement des coopérations industrielles entre l’Algérie et la Chine, avec un accent particulier sur les projets d’investissement et de modernisation du secteur sidérurgique national.
China Baowu Group, qui a produit plus de 130 millions de tonnes d’acier en 2023, représente près de 10 % de la production mondiale. Son expertise dans les technologies de pointe, notamment dans la réduction des émissions de CO₂ et l’automatisation des usines, pourrait accélérer la transformation d’Adjal, dont les capacités actuelles peinent à répondre à la demande locale. L’Algérie importe encore près de 3 millions de tonnes d’acier par an, malgré une production nationale estimée à 2,5 millions de tonnes en 2024, selon les données du ministère de l’Industrie.
Un secteur sidérurgique en quête de compétitivité
La visite de China Baowu Group intervient dans un contexte où le gouvernement algérien cherche à relancer son industrie lourde. En 2024, le ministère de l’Industrie a annoncé un plan de modernisation de 5 milliards de dollars pour le secteur, incluant la rénovation d’El Hadjar et la construction de nouvelles unités de production. Ce plan s’appuie sur des partenariats avec des acteurs étrangers, notamment chinois, pour transférer des technologies et former la main-d’œuvre locale.
Quels enjeux pour les entrepreneurs algériens ?
Ensuite, ce partenariat pourrait ouvrir des opportunités pour les sous-traitants locaux. China Baowu Group a l’habitude de travailler avec des fournisseurs locaux dans les pays où il s’implante, comme en Indonésie ou au Brésil. En Algérie, cela pourrait concerner la fourniture de pièces détachées, de services logistiques ou d’expertise en maintenance industrielle. Des entreprises comme Cosider ou Sonelgaz, déjà actives dans les infrastructures, pourraient également bénéficier de contrats annexes.
Enfin, ce projet s’inscrit dans une dynamique plus large de diversification économique. Le gouvernement algérien mise sur l’industrie sidérurgique pour réduire la dépendance aux hydrocarbures, dont les revenus ont chuté de près de 40 % entre 2014 et 2023, selon les chiffres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP). Une Adjal plus compétitive pourrait ainsi stimuler d’autres filières, comme la construction métallique ou l’équipement industriel.
Les défis à surmonter
Ensuite, la question énergétique. La sidérurgie est une industrie énergivore, et l’Algérie, malgré ses réserves de gaz, souffre de coupures d’électricité récurrentes. En 2024, plusieurs usines ont dû réduire leur production en raison de pénuries de gaz, selon des témoignages recueillis par El Watan. Pour China Baowu Group, qui a investi dans des technologies moins gourmandes en énergie, cette contrainte pourrait freiner son engagement.
Enfin, la formation de la main-d’œuvre reste un enjeu clé. Le secteur sidérurgique algérien manque cruellement d’ingénieurs et de techniciens qualifiés. Selon une étude de l’Office national des statistiques (ONS), seulement 12 % des diplômés en génie industriel trouvent un emploi dans leur domaine en Algérie. Un partenariat avec China Baowu Group pourrait inclure des programmes de formation, mais leur mise en œuvre nécessitera une collaboration étroite avec les universités et les centres de formation professionnelle.
La diaspora algérienne, un levier sous-exploité
Des initiatives comme le Programme de retour des compétences (PRC), lancé en 2022, peinent à attirer des profils qualifiés en raison des salaires peu compétitifs et des conditions de travail difficiles. Pourtant, des entreprises comme Adjal auraient tout à gagner à intégrer ces compétences, notamment pour la gestion de projets complexes ou l’innovation technologique.
Un signal pour les investisseurs étrangers
Cependant, les investisseurs restent prudents. Les tensions géopolitiques dans la région, notamment la crise au Sahel et les relations tendues avec le Maroc, pourraient dissuader certains acteurs. De plus, la dépendance aux hydrocarbures, bien que réduite, reste un risque pour la stabilité économique. Selon le Fonds monétaire international (FMI), l’Algérie doit accélérer ses réformes structurelles pour attirer des investissements durables.
À retenir pour les entrepreneurs
Ce partenariat entre Adjal et China Baowu Group pourrait réduire les coûts d’approvisionnement en acier pour les PME locales, avec des délais de livraison plus courts. Les entrepreneurs du BTP et de la mécanique devraient surveiller les appels d’offres pour la sous-traitance, notamment dans la maintenance et la logistique. Enfin, les startups spécialisées dans les technologies industrielles pourraient trouver des opportunités dans la modernisation des usines.
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