Loi sur les partis en Algérie divise les entrepreneurs

Le projet de loi organique modifiant la loi n°12-04 relative aux partis politiques, adopté en conseil des ministres le 15 juin 2026, suscite des réactions contrastées parmi les acteurs économiques. Selon APAnews, le texte, examiné récemment par les députés de l’Assemblée populaire nationale (APN), introduit des conditions plus strictes pour la création et le fonctionnement des formations politiques. Ces mesures, présentées comme un moyen de « moraliser » la vie politique, inquiètent une partie de la communauté entrepreneuriale et de la diaspora algérienne.

Les nouvelles dispositions imposent notamment un seuil minimal de 20 000 adhérents répartis sur au moins 25 wilayas pour créer un parti, contre 15 000 auparavant. Le texte renforce aussi les contrôles financiers, avec l’obligation de publier les comptes annuels et de limiter les dons étrangers à 10% du budget total. « Ces règles visent à éviter les dérives, mais elles risquent de décourager les petites formations qui jouent un rôle dans le débat économique », explique un consultant en stratégie basé à Alger, sous couvert d’anonymat.

Pour les entrepreneurs, cette réforme intervient dans un contexte particulier. Depuis 2022, le gouvernement encourage les investissements privés via des dispositifs comme l’Agence nationale de développement de l’investissement (ANDI) ou le Fonds national d’investissement (FNI). « Les partis politiques, même minoritaires, portent souvent des propositions concrètes sur la fiscalité, les zones franches ou l’accès au crédit. Leur affaiblissement pourrait réduire la diversité des idées », souligne un dirigeant d’une PME exportatrice de produits agroalimentaires.

La diaspora algérienne, de plus en plus impliquée dans l’économie nationale, suit aussi ce dossier avec attention. Selon El Moudjahid, des collectifs comme « Algériens de France pour le développement » ont exprimé leur préoccupation lors d’une rencontre organisée à Paris en août 2024. « Nous investissons dans des start-up ou des projets immobiliers en Algérie, mais nous avons besoin d’une stabilité juridique et d’une représentation politique qui défende nos intérêts », déclare un entrepreneur basé à Lyon, actionnaire d’une entreprise de logistique à Oran.

Les partisans du texte, cités par l’APS, mettent en avant la nécessité de lutter contre la fragmentation politique et les financements opaques. « Un paysage politique plus structuré peut rassurer les investisseurs étrangers, surtout dans les secteurs stratégiques comme les énergies renouvelables ou les technologies », argue un économiste proche du ministère de l’Industrie. En 2025, l’Algérie a attiré 1,8 milliard de dollars d’investissements directs étrangers (IDE), selon la Banque d’Algérie, un chiffre en hausse mais encore loin des objectifs fixés.

Sur le terrain, les réactions sont partagées. À Annaba, un incubateur d’entreprises technologiques a suspendu un partenariat avec un parti local en attendant les décrets d’application de la loi. « Nous avions prévu des ateliers sur l’innovation avec eux, mais nous ne savons pas s’ils pourront continuer à exister », explique la directrice de l’incubateur. À l’inverse, des patrons du secteur informel, interrogés par Le Courrier d’Algérie, se disent indifférents : « Ce qui compte pour nous, c’est la simplification des démarches administratives, pas la politique. »

La loi prévoit aussi des sanctions renforcées contre les partis qui ne respecteraient pas les nouvelles règles, avec des amendes pouvant atteindre 50 millions de dinars (environ 330 000 euros). « Cette mesure pourrait dissuader les petits acteurs, alors que certains d’entre eux proposent des réformes utiles pour les PME, comme la réduction des délais de paiement », note un expert-comptable à Constantine.

Le texte doit encore être examiné par le Conseil constitutionnel avant sa promulgation. En attendant, des plateformes comme « Entrepreneurs d’Algérie », qui regroupe 12 000 membres, organisent des débats en ligne pour évaluer l’impact de la réforme sur l’écosystème des affaires. « Nous ne sommes pas contre la régulation, mais nous voulons éviter que ces règles ne deviennent un frein à l’expression des idées économiques », résume un modérateur du groupe.

À Sétif, un jeune promoteur immobilier, qui a lancé un projet de résidences étudiantes avec des fonds de la diaspora, craint un effet domino : « Si les partis qui défendent l’entrepreneuriat disparaissent, qui portera nos revendications auprès des banques ou des collectivités locales ? » Son projet, d’un coût de 2,5 milliards de dinars, dépend en partie de subventions publiques.

Les observateurs notent que cette loi s’inscrit dans une série de réformes visant à encadrer la société civile et les médias. En 2024, une modification du code de l’information avait déjà suscité des critiques pour son impact sur la liberté de la presse économique. « L’enjeu n’est pas seulement politique, mais aussi économique. Les entrepreneurs ont besoin de transparence et de pluralisme pour innover », estime un analyste financier à Alger.

À retenir pour les entrepreneurs
Cette réforme pourrait réduire la diversité des propositions économiques portées par les partis politiques, avec un risque de centralisation des décisions. Les investisseurs de la diaspora doivent surveiller les décrets d’application, notamment sur les financements étrangers, pour adapter leurs stratégies. Les PME locales ont intérêt à s’organiser via des collectifs ou des chambres de commerce pour compenser un éventuel affaiblissement des relais politiques.

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