Revue de presse : Élections Algérie, Algériens à l’étranger, Investissement étranger Algérie…

**L’ALGÉRIE À L’HEURE DES CHOIX IMPOSSIBLES**

Ce qui frappe d’emblée, c’est l’absence de fil narratif cohérent. L’Algérie parle plusieurs langues en même temps : celle des contrats industriels avec l’Allemagne, celle des procès littéraires, celle des exportations d’hydrocarbures, et celle, plus discrète mais tenace, des contestations populaires. Ces discours ne s’annulent pas, ils coexistent dans une tension permanente, comme si le pays était condamné à avancer en crabe – un pas en avant, deux pas sur le côté, un bond en arrière. Cette cacophonie n’est pas le fruit du hasard, mais la conséquence d’un système qui a fait de l’ambivalence sa doctrine : ni tout à fait rentier, ni tout à fait productif ; ni tout à fait autoritaire, ni tout à fait démocratique ; ni tout à fait arabe, ni tout à fait africain.

**LA MACHINE ÉLECTORALE : ENTRE RÉPRESSION ET THÉÂTRALISATION DU POUVOIR**

Cette stratégie de l’usure contraste avec la théâtralité des partenariats internationaux. Pendant que Tebboune signe des accords industriels à Berlin, son gouvernement poursuit les écrivains. Le message est clair : l’Algérie est ouverte aux affaires, mais fermée aux idées. C’est une version algérienne du capitalisme autoritaire à la chinoise, où la croissance économique sert de paravent à la répression politique. Sauf que la Chine, elle, a une classe moyenne qui consomme. En Algérie, la rente pétrolière permet encore de distribuer des subventions sans créer d’emplois productifs. Jusqu’à quand ?

**L’ARGENT DES HYDROCARBURES : UNE MALÉDICTION À DEUX VITESSES**

Prenons l’exemple des partenariats industriels avec l’Allemagne. Six entreprises allemandes en quête d’opportunités dans l’automobile – un secteur pourtant en crise mondiale. Pourquoi l’Algérie ? Parce que le gouvernement offre des avantages fiscaux, une main-d’œuvre bon marché, et surtout, l’accès à un marché protégé. Mais ces usines ne créeront pas de valeur ajoutée locale : les pièces seront importées, assemblées sur place, puis réexportées. C’est du montage industriel, pas de l’industrialisation. Pire, ces investissements sont souvent liés à des contrats gaziers – l’Allemagne achète du GNL algérien en échange de promesses d’investissements. On ne sort pas de la logique rentière, on la déguise en modernité.

Pendant ce temps, les exportations hors hydrocarbures progressent, mais restent marginales. L’Algérie exporte du phosphate, des dattes, du ciment… des produits à faible valeur ajoutée. Le vrai défi serait de transformer ces matières premières sur place, comme le fait le Maroc avec ses usines automobiles. Mais pour cela, il faudrait une main-d’œuvre qualifiée, des universités performantes, et un écosystème entrepreneurial dynamique. Or, les universités algériennes sont en crise, la formation professionnelle se limite à des stages dans l’hôtellerie (147 000 lits, mais pour quel tourisme ?), et les entrepreneurs algériens préfèrent souvent s’exiler – comme cet « as de l’optimisation fiscale » qui a choisi la France.

**LA JUSTICE, MIROIR DES CONTRADICTIONS SOCIÉTALES**

Le cas Kamel Daoud est emblématique. Condamné à trois ans de prison pour « atteinte aux préceptes de l’islam » dans Houris, son roman primé par le Goncourt, Daoud incarne le paradoxe algérien : un pays qui exporte des intellectuels de renom tout en les censurant chez lui. Son procès est une mascarade – le livre n’est pas disponible en Algérie, mais le tribunal a jugé bon de le condamner pour un texte qu’aucun Algérien n’a pu lire. C’est une répression symbolique, destinée à envoyer un message : même les plus célèbres ne sont pas intouchables.

À côté de cela, des débats sur la réformabilité de la charia au Maroc ou la conversion d’un salafiste en penseur éclairé montrent que le monde arabe est en train de vivre une guerre des interprétations. L’Algérie, elle, reste figée dans une posture défensive : la religion est un marqueur identitaire, pas un sujet de débat. Pourtant, dans les universités, dans les cafés, dans les familles, ces questions sont discutées. Le régime préfère les étouffer plutôt que de risquer une polarisation.

**LA CULTURE COMME DERNIER REMPART**

Kamel Daoud, Boualem Sansal, Abdelkader Abdi (le designer récemment disparu) : ces figures incarnent une Algérie hors-sol, une Algérie de l’exil intérieur et extérieur. Leurs œuvres circulent en français, en anglais, en allemand, mais rarement en arabe dialectal. C’est une culture de diaspora, qui échappe aux radars du pouvoir. Même le « Made in Algeria » est porté par des créateurs indépendants, comme ces designers qui réinventent l’artisanat local sans attendre les subventions de l’État.

L’histoire, elle, est un champ de bataille. Les archives de Nasser révélant les « trahisons » de l’Algérie pendant la guerre des Six Jours, les débats sur la colonisation israélienne en Afrique du Nord, la réhabilitation de Boumediène comme sauveur de l’Égypte en 1967… Ces récits ne sont pas anodins. Ils servent à réécrire le roman national en fonction des besoins du moment. En 2025, l’Algérie a besoin de se présenter comme un pays stable, un partenaire fiable pour l’Europe, un leader du monde arabe. D’où la réhabilitation de figures comme Boumediène, le père de l’indépendance économique, ou la mise en avant d’une histoire de solidarité panafricaine.

Mais cette réécriture a ses limites. Les Algériens, surtout les jeunes, savent que l’histoire officielle est une fiction utile. Ils se tournent vers les réseaux sociaux, les podcasts, les livres interdits pour trouver d’autres récits. C’est là que se joue la vraie bataille : entre une mémoire d’État et une mémoire vivante.

**SYNTHÈSE PROSPECTIVE : L’ALGÉRIE EN 2030, ENTRE EFFONDREMENT ET RÉINVENTION**

1. Le scénario « Venezuela light » : la rente s’effondre, l’État se radicalise.
Si les prix du pétrole chutent durablement (scénario probable avec la transition énergétique mondiale), l’Algérie ne pourra plus financer ses subventions. Les émeutes de la faim de 2011 pourraient revenir, mais cette fois, le régime n’aura plus les moyens de les acheter. La répression deviendra plus violente, les élites économiques fuiront, et le pays basculera dans une dictature de survie. La Chine et la Russie remplaceraient l’Europe comme partenaires, mais sans apporter de solutions structurelles.

2. Le scénario « Turquie algérienne » : un autoritarisme modernisateur.
Si le régime parvient à attirer suffisamment d’investissements étrangers (comme Erdogan l’a fait en Turquie dans les années 2000), l’Algérie pourrait connaître une croissance sans démocratisation. Les usines allemandes créeraient des emplois, le tourisme se développerait, et l’État maintiendrait un contrôle strict sur la société. Mais ce scénario suppose une stabilité régionale improbable (la Libye, le Sahel, le Maroc restent des zones de tension) et une jeunesse docile – deux paris risqués.

3. Le scénario « Printemps 2.0 » : la révolte des créateurs.
C’est le scénario le plus optimiste, mais aussi le plus incertain. Si l’économie s’effondre et que la jeunesse éduquée (celle qui lit Daoud, qui suit les designers algériens, qui écoute les podcasts historiques alternatifs) parvient à s’organiser, l’Algérie pourrait connaître une nouvelle révolution. Pas un Hirak spontané, mais une révolte des compétences – des

Laisser un commentaire