Numérisation des services publics algériens accélérée

Le gouvernement algérien a récemment engagé une série de mesures pour moderniser les services publics de proximité, avec un accent particulier sur la numérisation. Une rencontre entre le Premier ministre Nadir Larbaoui et les walis des 58 wilayas du pays a marqué une étape clé dans cette dynamique, selon un compte-rendu publié par El Moudjahid.

Cette initiative s’inscrit dans le cadre du plan national de transformation numérique lancé en 2020, visant à réduire les lenteurs administratives et à améliorer l’accès aux services pour les citoyens. Parmi les projets en cours, la généralisation des plateformes en ligne pour les démarches administratives, comme les demandes de passeports, les actes d’état civil ou les inscriptions scolaires, figure en tête des priorités. Le ministre de la Numérisation et des Statistiques, Hocine Cherhabil, a souligné que « plus de 60 % des procédures administratives seront dématérialisées d’ici la fin de l’année 2025 », citant des chiffres officiels de son département.

Les walis ont été chargés de superviser la mise en œuvre locale de ces réformes, avec un double objectif : désengorger les guichets physiques et limiter les risques de corruption. À Alger, Oran et Constantine, des centres pilotes ont déjà été installés pour tester les nouvelles interfaces. À titre d’exemple, la wilaya d’Alger a enregistré une baisse de 40 % des files d’attente dans les services des impôts depuis l’introduction des déclarations en ligne, selon des données communiquées par la direction des impôts.

Cependant, des défis persistent. Plusieurs walis ont pointé du doigt les retards dans la formation des agents publics aux nouveaux outils numériques. Le wali de Tizi Ouzou, Kamel Beldjoud, a indiqué que « seulement 30 % des fonctionnaires locaux ont suivi les sessions de formation prévues », un taux jugé insuffisant pour assurer une transition fluide. En réponse, le gouvernement a annoncé le déploiement de programmes accélérés de formation, avec l’appui d’experts de l’Agence nationale de la transformation numérique (ANTN).

Un autre volet de cette modernisation concerne la sécurité des données. Le directeur général de l’ANTN, Abdelhakim Bensaoula, a assuré que « tous les systèmes seront conformes aux normes internationales de protection des données », en référence aux standards ISO 27001. Des partenariats avec des entreprises spécialisées, comme la société algérienne Condor Electronics, ont été signés pour renforcer les infrastructures cyber.

Sur le terrain, les citoyens commencent à percevoir les premiers effets de ces changements. À Annaba, un commerçant interrogé par El Watan a déclaré : « Avant, il me fallait une journée entière pour obtenir un extrait de casier judiciaire. Aujourd’hui, je le reçois en 24 heures par e-mail. » Ces témoignages, bien que limités, illustrent une tendance qui pourrait s’étendre à l’ensemble du territoire si les délais de déploiement sont respectés.

Les critiques, notamment de la part d’associations comme Transparency International Algérie, portent sur la transparence des processus. « La numérisation ne suffit pas si les règles restent opaques », a déclaré un représentant de l’ONG, soulignant la nécessité de publier les algorithmes utilisés pour les décisions automatisées. Le gouvernement a répondu en annonçant la création d’un observatoire indépendant chargé d’auditer les plateformes numériques.

En parallèle, des voix au sein de l’opposition, comme celle du député du Front des Forces Socialistes (FFS), Rachid Hallet, ont questionné la capacité des zones rurales à bénéficier de ces avancées. « Dans les wilayas du Sud, l’accès à internet reste limité. Comment garantir l’équité ? », a-t-il demandé lors d’une séance parlementaire. Le ministre des Postes et des Télécommunications, Karim Bibi Triki, a reconnu ces disparités et annoncé un plan d’extension de la couverture 4G dans les régions éloignées, avec un budget de 120 milliards de dinars alloué pour 2025.

Cette réforme s’accompagne également d’une dimension internationale. L’Algérie a signé en 2024 un accord avec l’Union européenne pour échanger des bonnes pratiques en matière de gouvernement numérique. Une délégation de la Commission européenne doit se rendre à Alger en juin 2025 pour évaluer les progrès réalisés, selon des sources diplomatiques citées par TSA.

Enfin, le secteur privé est appelé à jouer un rôle clé. Des entreprises comme Cevital et NCA Rouiba ont été sollicitées pour développer des solutions logicielles adaptées aux besoins des administrations. Le PDG de Cevital, Issad Rebrab, a confirmé que son groupe travaillait sur une application unifiée pour les démarches liées au commerce extérieur, en collaboration avec les douanes algériennes.

Si les résultats concrets restent à mesurer, cette accélération de la numérisation marque une volonté claire de moderniser l’État algérien. Les prochains mois seront décisifs pour évaluer l’efficacité de ces mesures et leur impact sur le quotidien des citoyens.

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