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**L’ÉTAT COMME ARCHITECTE D’UNE MODERNITÉ EN MIETTES**
L’Algérie contemporaine se déploie comme un palimpseste où s’entrelacent les strates d’un État-providence en mutation, les cicatrices d’une économie rentière et les promesses d’une modernisation technocratique. Les actualités de ces dix derniers jours dessinent une cartographie où chaque domaine – de l’irrigation à la blockchain, des hôpitaux aux hydrocarbures – semble à la fois autonome et prisonnier d’un même système. Un système où l’urgence le dispute à la planification, où l’innovation côtoie l’obsolescence, et où la souveraineté proclamée bute sur des dépendances structurelles.
Cette revue de presse ne se contentera pas d’aligner des faits : elle cherchera les fils rouges qui relient ces fragments, les contradictions qui les traversent, et les dynamiques profondes qu’ils révèlent. Car l’Algérie, aujourd’hui, est moins un pays qu’un champ de forces – entre centralisation autoritaire et décentralisation chaotique, entre rente pétrolière et diversification avortée, entre rêve numérique et réalité bureaucratique.
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**LA GUERRE DE L’EAU : QUAND L’AGRICULTURE DEVIENT UN CHAMP DE BATAILLE**
L’eau, en Algérie, n’est pas une ressource : c’est un enjeu de pouvoir. Le projet de loi d’urgence sur l’irrigation, clivant à l’Assemblée, en est la parfaite illustration. Officiellement, il s’agit de rationaliser une ressource rare dans un pays où 80 % des terres arables dépendent de l’irrigation. Mais derrière les discours sur la « sécurité hydrique », se cache une lutte féroce entre trois acteurs : l’État, qui cherche à reprendre le contrôle d’un secteur historiquement dominé par les barons de l’eau (grands propriétaires terriens et réseaux clientélistes) ; les agriculteurs, qui résistent à toute régulation perçue comme une expropriation ; et les promoteurs immobiliers, qui spéculent sur les terres irrigables, transformant les périmètres agricoles en lotissements.
Le plan gouvernemental pour Agadir – pardon, pour atténuer le déficit hydrique – révèle une autre facette de cette guerre : la technocratie algérienne mise sur des solutions low-tech (recharge des nappes phréatiques, réutilisation des eaux usées) plutôt que sur des mégaprojets coûteux et écologiquement douteux. Une approche pragmatique, mais qui se heurte à deux écueils :
1. L’héritage colonial : les réseaux d’irrigation du Haouz de Marrakech (mentionnés dans les actualités) rappellent que les infrastructures hydrauliques algériennes sont encore largement celles de l’époque française, conçues pour une agriculture exportatrice aujourd’hui obsolète.
2. La corruption : comme le montre le cas de Blida, où 100 millions de dinars sont injectés dans la rénovation du réseau d’assainissement de Mouzaia, les budgets publics servent souvent à alimenter des réseaux de sous-traitance mafieux plutôt qu’à résoudre les problèmes.
Fils rouges :
– L’eau est le miroir des contradictions algériennes : entre souveraineté alimentaire et dépendance aux importations, entre modernisation et clientélisme, entre écologie et productivisme.
– La crise hydrique révèle aussi une faille géopolitique : l’Algérie, qui exporte du gaz vers l’Europe, importe de l’eau virtuelle (via les céréales et les produits agricoles). Une dépendance aussi stratégique que celle aux hydrocarbures.
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**SANTÉ : ENTRE NUMÉRIQUE ET DÉSERT MÉDICAL, LE GRAND ÉCART**
La transformation numérique des hôpitaux d’Alger et la généralisation de l’Assurance Maladie Obligatoire (AMO) semblent dessiner une Algérie en marche vers une santé 4.0. Pourtant, ces avancées butent sur une réalité têtue : l’Algérie soigne ses élites et abandonne ses périphéries.
La numérisation des soins, présentée comme une « avancée majeure », se concentre sur les hôpitaux des grandes villes (Alger, Oran, Constantine). Pendant ce temps, dans les wilayas du Sud ou des Hauts-Plateaux, les patients meurent encore faute de médecins, de médicaments ou d’équipements. Le lancement du GST (Gouvernance Sanitaire Territoriale) à Fès-Meknès – une initiative marocaine – rappelle que l’Algérie, malgré ses 40 milliards de dollars de réserves de change, peine à mettre en place une décentralisation sanitaire efficace.
Trois paradoxes :
1. L’obésité comme symptôme : La journée mondiale de lutte contre l’obésité et l’élaboration d’un guide national de prise en charge masquent une réalité : l’Algérie est l’un des pays les plus touchés par les maladies non transmissibles (diabète, hypertension), liées à une alimentation ultra-transformée et à un mode de vie sédentaire. Or, ces maladies sont soignées dans des hôpitaux surchargés… par des médecins formés à soigner des pathologies du XIXe siècle (tuberculose, paludisme).
2. Le tabagisme, fléau invisible : La rencontre régionale sur la lutte contre le tabagisme au Maghreb est un aveu d’échec. Malgré des lois strictes, l’Algérie reste l’un des pays où l’on fume le plus au monde (40 % des hommes). Pourquoi ? Parce que l’État, via la Régie des Tabacs, est à la fois juge et partie : le tabac rapporte 100 milliards de dinars par an au Trésor.
3. L’AMO, ou l’illusion de l’universalité : La généralisation de l’assurance maladie est une bonne nouvelle… sauf que l’offre de soins ne suit pas. Dans les zones rurales, les patients doivent parcourir des centaines de kilomètres pour consulter un spécialiste. Résultat : l’AMO risque de creuser les inégalités, en donnant aux urbains aisés un accès privilégié à des soins de qualité, tandis que les ruraux paient de leur poche des soins low-cost.
Lien avec l’économie :
La santé algérienne est un secteur à deux vitesses, comme l’économie. D’un côté, des hôpitaux high-tech pour les classes moyennes supérieures ; de l’autre, un système de soins de base sous-financé. Cette dualité reflète celle du pays : une Algérie qui exporte du gaz et importe des médicaments, une Algérie où les start-up de la e-santé côtoient des dispensaires sans électricité.
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**HYDROCARBURES : LE DERNIER BASTION DE LA RENTE**
L’Algérie se rêve en « pôle énergétique attractif entre l’Europe et l’Afrique » (dixit Miloud Medjelled). Les Journées Pétrole 2026 à Casablanca et les déclarations sur « l’Algérie qui voit grand » sonnent comme un écho des années 2000, quand le baril dépassait les 100 dollars. Sauf que le monde a changé.
Trois réalités qui contredisent le discours officiel :
1. La dépendance européenne : L’Algérie exporte 80 % de son gaz vers l’Europe, qui cherche désormais à diversifier ses approvisionnements (Qatar, États-Unis, Afrique de l’Ouest). La guerre en Ukraine a offert un répit, mais la transition énergétique européenne menace à moyen terme les revenus algériens.
2. L’échec de la diversification : Malgré les annonces, les hydrocarbures représentent toujours 95 % des exportations. Les autres secteurs (agriculture, industrie, services) peinent à décoller, faute d’investissements et de réformes structurelles.
3. La malédiction des ressources : Comme le Venezuela ou le Nigeria, l’Algérie souffre de la Dutch Disease : la rente pétrolière a dopé les importations (voitures, médicaments, produits alimentaires) au détriment de l’industrie locale. Résultat : le pays importe même des dattes et de l’huile d’olive, alors qu’il en est historiquement producteur.
Fils rouges avec l’innovation :
Le paradoxe algérien est là : le pays mise sur la blockchain pour tracer ses produits agricoles (comme le Vietnam avec ses exportations), mais reste incapable de moderniser son secteur énergétique. Pourquoi ? Parce que la rente pétrolière a tué l’innovation. Quand l’État peut acheter la paix sociale avec des subventions, pourquoi prendre des risques ?
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**LOGEMENT : LA GRANDE SPÉCULATION**
Le logement en Algérie est un théâtre d’ombres où se jouent trois drames :
1. L’État promoteur : Le Fonds de Garantie et de Caution Mutuelle des Promoteurs Immobiliers (FGCMPI) tient son AGO à Alger, mais personne ne parle des milliers de logements sociaux inachevés, des retards de livraison, ou des surfacturations.
2. Les promoteurs privés, rois du système : Le cas de Bordj El Bahri est emblématique. Des promoteurs, souvent proches du pouvoir, achètent des terrains agricoles à bas prix, les transforment en lotissements, et revendent à prix d’or. Les logements sociaux ? Ils sont relégués en périphérie, loin des emplois et des services.
3. La bulle immobilière : Avec des prix au mètre carré qui dépassent ceux de certaines villes européennes (1 500 euros/m² à Alger), le logement est devenu un placement spéculatif. Les Algériens achètent des appartements qu’ils ne peuvent pas occuper, dans l’espoir de les revendre plus cher. Résultat : des villes fantômes (comme à Sidi Abdallah) et une crise du logement qui s’aggrave.
Lien avec l’économie :
La BDL (Banque de Développement Local) injecte 1 400 milliards de dinars en 2025, mais ces liquidités alimentent la spéculation plutôt que l’économie réelle. Comme dans les années 1980, l’Algérie risque une crise immobilière qui contaminera le secteur bancaire.
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**TRANSPORTS : LE MÉTRO, SYMBOLE D’UNE MODERNITÉ EN PANNE**
L’incident du métro d’Alger (collision entre deux trains à Blida) et les précisions de la société d’exploitation rappellent une vérité : l’Algérie construit des infrastructures, mais ne les entretient pas.
Le métro d’Alger, inauguré en 2011, est un succès en termes de fréquentation (300 000 usagers par jour). Mais :
– Les retards sont chroniques.
– Les pannes fréquentes