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**La souveraineté, ou l’art algérien de marcher sur deux jambes**
Prenons l’exemple d’Alcomsat-1, ce satellite présenté comme le symbole d’une « souveraineté spatiale » algérienne. Officiellement, il doit permettre une autonomie en matière de télécommunications et de surveillance. Pourtant, dans le même temps, l’ONU interpelle Alger pour le « bâillon imposé aux avocats », et les journalistes s’inquiètent d’un projet de loi visant à « réguler les médias » – un euphémisme pour museler la critique. Comment concilier une ambition spatiale, qui suppose une maîtrise technologique et une ouverture au monde, avec une fermeture autoritaire de l’espace public ? La réponse algérienne tient en un mot : sélectivité. La souveraineté n’est pas un principe universel, mais un outil à géométrie variable, brandi quand il sert les intérêts du pouvoir, et ignoré quand il menace son contrôle.
Cette logique se retrouve dans presque tous les domaines. L’Algérie lance la 5G et construit un réseau de fibre optique de 265 000 km, tout en bloquant sporadiquement Internet lors des manifestations. Elle vante les « acquis de la femme algérienne » comme reflet d’une « volonté politique », mais omet de mentionner les inégalités salariales persistantes ou les obstacles juridiques à l’égalité réelle. Elle célèbre l’engrais organique « né de la mer » comme une innovation écologique, mais reste silencieuse sur les pénuries alimentaires qui frappent certaines régions. Le fil rouge de ces actualités ? Une souveraineté performative – spectaculaire dans ses annonces, sélective dans ses applications, et toujours subordonnée à la survie du système.
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**Le numérique algérien : une révolution sous surveillance**
Le blocage d’Internet lors des manifestations, les restrictions imposées aux avocats, et le projet de loi sur la « régulation des médias » ne sont pas des accidents, mais des stratégies de verrouillage. L’État algérien a compris que le numérique était un espace de contestation potentielle – comme l’ont montré les mouvements de 2019 (Hirak) – et il agit en conséquence. La souveraineté numérique n’est pas ici synonyme de liberté, mais de maîtrise des flux d’information. Alcomsat-1, présenté comme un symbole d’indépendance, sert aussi à surveiller les communications. La fibre optique, promise comme un vecteur de développement, peut tout aussi bien servir à couper l’accès à certaines plateformes.
Cette ambiguïté n’est pas propre à l’Algérie : elle reflète une tendance mondiale où les États, confrontés à la puissance des géants du numérique, cherchent à reprendre le contrôle. Mais en Algérie, cette logique prend une dimension particulière, car elle s’inscrit dans une tradition de méfiance envers l’espace public. Depuis l’indépendance, l’État a toujours considéré la société civile comme une menace potentielle, et le numérique n’échappe pas à cette règle. La question n’est donc pas de savoir si l’Algérie va se moderniser, mais comment : dans un cadre autoritaire, ou en acceptant les risques d’une véritable ouverture ?
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**Le sport, miroir des contradictions économiques algériennes**
Pourtant, le contraste est frappant. D’un côté, l’Algérie dépense des milliards pour des projets pharaoniques (satellites, autoroutes, barrages), de l’autre, ses clubs de football peinent à payer leurs joueurs et manquent d’infrastructures dignes de ce nom. Cette disparité illustre une économie à deux vitesses : d’un côté, des secteurs stratégiques (énergie, télécoms, travaux publics) où l’État investit massivement pour affirmer sa souveraineté ; de l’autre, des domaines comme le sport, l’agriculture ou la santé, laissés à l’abandon ou gérés de manière clientéliste.
Le cas de l’AC Milan, passé des mains d’un fonds d’investissement américain à celles d’un fonds saoudien, montre une autre tendance : la financiarisation du sport comme outil de soft power. L’Algérie, elle, n’a pas encore saisi cette opportunité. Ses clubs restent des vitrines politiques (comme le MC Alger ou la JS Kabylie, historiquement liés à des courants nationalistes ou berbéristes) plutôt que des acteurs économiques. Pourtant, avec une diaspora de plusieurs millions de personnes et une passion footballistique inégalée, le pays pourrait faire du sport un levier de développement – à condition de sortir de la logique de subvention et de clientélisme.
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**Agriculture et sécurité alimentaire : entre souveraineté proclamée et dépendance persistante**
La réponse tient en trois mots : pétrole, corruption, et inefficacité. L’Algérie, grâce à ses ressources en hydrocarbures, a les moyens d’importer massivement des denrées alimentaires – ce qu’elle fait, à hauteur de plusieurs milliards de dollars par an. Mais cette dépendance aux importations est aussi le symptôme d’un échec des politiques agricoles. Les subventions aux agriculteurs sont mal ciblées, les infrastructures de stockage et de transport défaillantes, et la bureaucratie étouffante.
Pire encore : l’agriculture algérienne est minée par la spéculation foncière. Les terres arables sont accaparées par des oligarques proches du pouvoir, qui les transforment en zones immobilières ou les laissent en friche pour faire monter les prix. Résultat : malgré un potentiel agricole énorme (l’Algérie a les plus grandes surfaces irrigables d’Afrique du Nord), le pays importe 70 % de ses besoins en blé.
La crise alimentaire au Mali ou en Guinée devrait servir d’avertissement. L’Algérie, grâce à ses réserves de change, peut encore importer. Mais si les prix des denrées de base continuent de flamber (comme ce fut le cas en 2022 avec la guerre en Ukraine), ou si les recettes pétrolières diminuent, le pays pourrait se retrouver dans une situation explosive. La « souveraineté alimentaire » n’est pas qu’un slogan : c’est une question de survie.
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**Les partis politiques : un paysage en décomposition**
L’avant-projet de révision constitutionnelle en est la parfaite illustration. Officiellement, il s’agit de « moderniser les institutions ». En réalité, il vise à consolider le pouvoir présidentiel et à marginaliser encore davantage l’opposition. Les partis sont conviés à des « consultations », mais leurs propositions sont systématiquement ignorées. Le message est clair : la politique algérienne se fait dans les coulisses du pouvoir, pas dans les urnes.
Cette décomposition du champ politique a des conséquences dramatiques. D’abord, elle désengage les citoyens : à quoi bon voter si les élections sont truquées ? Ensuite, elle favorise les mouvements de protestation extra-institutionnels, comme le Hirak. Enfin, elle renforce les logiques clientélistes : sans partis forts, les réseaux informels (clans, militaires, hommes d’affaires) deviennent les seuls acteurs capables de négocier avec le pouvoir.
L’Algérie a besoin d’une refondation démocratique. Mais pour l’instant, le système préfère gérer la décomposition plutôt que de risquer une véritable transition.
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**Les droits des femmes : une égalité de façade**
D’abord, les inégalités salariales persistent. Comme le révèle un article cité, les femmes gagnent en moyenne 20 % de moins que les hommes à poste égal. Ensuite, le code de la famille, bien que réformé en 2005, reste discriminatoire : la polygamie est toujours autorisée, le divorce est plus difficile pour les femmes, et l’héritage favorise les hommes. Enfin, les violences conjugales sont un fléau : selon une