Le gouvernement algérien prépare une refonte complète de la gestion des déchets, avec un projet de loi présenté récemment par le ministère des Travaux publics et des Infrastructures de base. Ce texte, relayé par El Moudjahid, vise à moderniser un secteur marqué par des dysfonctionnements chroniques et une pression environnementale croissante. Si les détails restent encore flous, les premières orientations laissent entrevoir des changements structurels, notamment en matière de responsabilité des collectivités locales et de valorisation des déchets.
Un cadre juridique obsolète face à l’urgence écologique
Le nouveau projet de loi, dont les grandes lignes ont été dévoilées lors d’une réunion interministérielle en décembre 2024, introduirait plusieurs innovations. Parmi elles, l’obligation pour les wilayas de mettre en place des plans locaux de gestion des déchets, avec des objectifs chiffrés de réduction et de recyclage. Une mesure qui pourrait enfin donner aux collectivités les outils pour agir, alors que beaucoup peinent aujourd’hui à assurer ne serait-ce que la collecte régulière des ordures.
La responsabilité élargie des producteurs en débat
Cette approche, si elle est adoptée, pourrait soulager les budgets des communes, souvent asphyxiées par les coûts de gestion des déchets. Selon un rapport de la Cour des comptes publié en 2022, certaines wilayas dépensent jusqu’à 40 % de leur budget dans ce secteur, sans pour autant obtenir des résultats satisfaisants. Le document pointait du doigt une « gestion peu lisible et coûteuse », avec des contrats de collecte attribués sans appel d’offres transparent.
Les déchets industriels dans le collimateur
Pour les déchets médicaux, un autre fléau, le projet envisage la création d’un réseau national de centres de traitement, sur le modèle de ce qui se fait au Maroc. Actuellement, une grande partie de ces déchets – seringues, masques, produits pharmaceutiques – est incinérée de manière artisanale ou mélangée aux ordures ménagères, avec des risques sanitaires évidents.
Des défis logistiques et financiers
Autre défi : la sensibilisation des citoyens. Malgré les campagnes de communication, le tri sélectif reste marginal en Algérie. « Les gens ne voient pas l’utilité de séparer leurs déchets quand ils savent que tout finit dans la même décharge », confie un habitant d’Alger. Le projet de loi prévoit des mesures incitatives, comme des réductions sur la taxe d’enlèvement des ordures pour les ménages qui trient, mais leur efficacité dépendra de la qualité du service public.
Un test pour la transition écologique algérienne
Reste à savoir si le texte, une fois adopté, sera appliqué avec rigueur. Les précédents plans de modernisation du secteur, comme le Programme national de gestion des déchets (PNGD) lancé en 2016, ont souvent été freinés par des lenteurs administratives et un manque de coordination entre les acteurs. Cette fois, le gouvernement mise sur une approche décentralisée, avec un rôle accru des wilayas, mais aussi sur des partenariats public-privé pour accélérer les investissements.
Pour les Algériens, l’enjeu est clair : transformer un secteur aujourd’hui synonyme de pollution et de gaspillage en une filière créatrice d’emplois et respectueuse de l’environnement. Les prochains mois seront décisifs, avec l’examen du projet de loi par le Parlement et la publication des décrets d’application. Une chose est sûre : sans une volonté politique forte et des moyens à la hauteur des ambitions, la réforme risque de rester lettre morte.