Revue de presse : Logement Algérie, Traditions algériennes, Artisanat algérien…

**L’Algérie à l’épreuve de ses propres paradoxes**

Prenons un exemple : alors que le pays exporte encore 31 milliards de dollars d’hydrocarbures (soit 90 % de ses recettes extérieures), les discours officiels célèbrent une hausse des exportations hors hydrocarbures (4,3 milliards de dollars). Pourtant, cette « diversification » reste largement illusoire : les terres rares, présentées comme un « nouvel atout stratégique », ne sont qu’un mirage tant que l’industrie extractive reste aux mains de conglomérats étatiques ou de multinationales. La transition énergétique, elle, est évoquée comme une opportunité pour l’Europe… mais jamais comme un projet national. Quant au logement, autre serpent de mer, il révèle les limites d’un système où les promoteurs privés, souvent liés aux cercles du pouvoir, spéculent sur la pénurie.

Derrière ces contradictions se cache une question plus profonde : l’Algérie est-elle encore capable de produire du commun, ou est-elle condamnée à gérer des logiques sectorielles qui s’annulent ?

**La rente, toujours : hydrocarbures, logement et clientélisme**

Le secteur du logement en est l’illustration parfaite. Les promoteurs privés, souvent accusés de jouer un « jeu trouble », sont les héritiers d’un système où l’accès au foncier et aux permis de construire dépend de réseaux clientélistes. Le cas de Bordj El Bahri, où des projets immobiliers pharaoniques côtoient des bidonvilles, révèle une logique de prédation : l’État vend des terrains à des promoteurs proches du pouvoir, qui les revendent avec des marges exorbitantes, sans jamais résoudre la crise du logement. Le Fonds de garantie et de caution mutuelle de la promotion immobilière (FGCMPI), qui tient son assemblée générale à Alger, n’est qu’un outil de légitimation de ce système. Comme le disait Jacques Vergès, « la corruption n’est pas une déviance, mais une modalité de gouvernement ».

Pourtant, cette économie de la rente montre des signes d’essoufflement. Les exportations hors hydrocarbures, bien que marginales, progressent. Mais leur croissance est-elle durable, ou simplement le résultat d’un effet de change (le dinar algérien est artificiellement dévalué) ? La question reste ouverte.

**Femmes, artisanat et patrimoine : les résistances invisibles**

**Les femmes, entre invisibilisation et émancipation**

Pourtant, les femmes algériennes résistent. Dans l’artisanat, elles sont de plus en plus nombreuses à prendre la tête de coopératives, comme le montre l’exemple des tisserandes de Tlemcen ou des potières de Médéa. Ces initiatives, bien que modestes, remettent en cause la division genrée du travail. Le Musée Cirta de Constantine, qui organise un programme spécial sur le patrimoine, en est un autre symbole : en valorisant l’artisanat traditionnel, il offre une visibilité à des savoir-faire souvent transmis par des femmes.

**Le patrimoine, entre muséification et appropriation populaire**

Le patrimoine algérien est ainsi tiraillé entre deux logiques : celle d’un État qui cherche à en faire un produit d’exportation (via le tourisme), et celle des communautés qui le vivent au quotidien. Les « ensembles composites » évoqués dans les débats sur l’architecture coloniale en sont un exemple : ces bâtiments, hybrides de styles algérien et européen, sont à la fois des symboles de résistance (ils ont été appropriés par les Algériens après 1962) et des enjeux de gentrification.

**Transition énergétique : l’Algérie, colonie énergétique de l’Europe ?**

Le gazoduc Maroc-Nigeria, présenté comme un projet « stratégique » par la presse espagnole, est révélateur de cette dépendance. L’Algérie, qui a toujours refusé de s’associer à ce projet (par crainte de perdre son monopole sur les exportations de gaz vers l’Europe), se retrouve aujourd’hui dans une position inconfortable : elle a besoin de l’Europe pour financer ses énergies renouvelables, mais elle refuse de devenir un simple fournisseur de soleil et de vent.

Pourtant, des alternatives existent. Le parc national classé par l’UNESCO (sans que son nom ne soit cité) montre que l’Algérie dispose d’un potentiel écologique unique. Mais la gestion des aires protégées reste chaotique : entre braconnage, urbanisation sauvage et manque de moyens, ces espaces sont menacés. La question climatique, souvent reléguée au second plan, pourrait pourtant devenir un levier de développement. Comme le rappelle Aurélien Barrau, « l’écologie n’est pas une option, mais une nécessité existentielle ». En Algérie, elle est aussi une opportunité économique.

**Santé et numérique : la révolution inachevée**

La numérisation des hôpitaux, si elle améliore la gestion des dossiers patients, ne résout pas le problème des déserts médicaux. Dans les zones rurales, les médecins manquent cruellement, et les infrastructures sont vétustes. La généralisation de l’AMO, quant à elle, se heurte à la réalité d’un système de santé à deux vitesses : les cliniques privées, réservées à une élite, et les hôpitaux publics, saturés.

Cette dualité est symptomatique d’une société algérienne fracturée. D’un côté, une classe moyenne émergente, connectée et exigeante ; de l’autre, une majorité de la population qui dépend encore des subventions étatiques. La transition numérique, si elle est bien menée, pourrait réduire ces inégalités. Mais pour l’instant, elle les creuse.

**Athlètes et coopératives : les germes d’une économie alternative ?**

Pourtant, des initiatives locales montrent que le sport peut être un levier de développement. Les « Swallows » du Togo, une fabrique de champions, inspirent des projets similaires en Algérie, où des associations sportives tentent de pallier les carences de l’État. Dans le domaine de l’artisanat, les coopératives de femmes, bien que fragiles, prouvent qu’une économie sociale et solidaire est possible.

Ces dynamiques, bien que modestes, sont porteuses d’espoir. Elles montrent que l’Algérie n’est pas condamnée à reproduire les schémas du passé. Mais pour qu’elles prospèrent, il faudrait une véritable volonté politique – ce qui, pour l’instant, fait défaut.

**Synthèse prospective : l’Algérie à la croisée des chemins**

1. Le scénario de la stagnation rentière : l’Algérie continue à vivre des hydrocarbures, sans diversification réelle. Les inégalités se creusent, et les tensions sociales s’aggravent. C’est le scénario le plus probable, tant que l’État reste prisonnier de ses logiques clientélistes.

2. Le scénario de la rupture autoritaire : face à la crise, l’État durcit son contrôle sur l’économie et la société. Les libertés sont restreintes, et les dynamiques alternatives (coopératives, écologie, sport) sont étouffées. Ce scénario, déjà observable dans certains domaines (répression des mouvements sociaux, contrôle des médias), pourrait s’accentuer.

3. Le scénario de la réinvention : l’Algérie parvient à articuler ses ressources (

Laisser un commentaire