Alger renforce sa base militaire près de la frontière marocaine

La construction d’une nouvelle base militaire algérienne dans le sud du pays, à proximité immédiate de la frontière avec le Maroc, marque un tournant dans la posture défensive de l’Algérie. Selon Jeune Afrique, cette installation, située dans la wilaya de Béchar, a été officiellement inaugurée en avril 2025. Elle s’étend sur plus de 200 kilomètres carrés et abrite des unités blindées, des systèmes de défense antiaérienne et des drones de surveillance.

Le ministère algérien de la Défense nationale n’a pas publié de communiqué détaillé sur cette base, mais des sources militaires citées par El Watan confirment son rôle stratégique. Elle vise à sécuriser la zone frontalière, souvent décrite comme une zone de tensions latentes depuis la rupture des relations diplomatiques entre Alger et Rabat en 2021. La base est équipée de radars longue portée capables de couvrir une grande partie du territoire marocain, notamment les régions du sud, où se concentre le conflit du Sahara Occidental.

Cette initiative s’inscrit dans une dynamique plus large de modernisation des forces armées algériennes. En 2024, l’Algérie a signé des contrats d’armement avec la Russie et la Chine, incluant des systèmes de missiles S-400 et des chasseurs Su-35. Selon le Stockholm International Peace Research Institute (SIPRI), l’Algérie figure parmi les cinq plus grands importateurs d’armes au monde sur la période 2019-2023.

Une réponse aux manœuvres marocaines

La base de Béchar intervient dans un contexte de montée des tensions régionales. En février 2025, le Maroc a inauguré une nouvelle base aérienne à Dakhla, dans le Sahara Occidental, équipée de drones turcs Bayraktar TB2. Rabat a également renforcé sa coopération militaire avec Israël, notamment dans le domaine du renseignement et des drones. Selon des documents révélés par le site Middle East Eye, des officiers israéliens auraient participé à des exercices conjoints avec l’armée marocaine en 2024.

Pour l’Algérie, cette militarisation croissante de la région constitue une menace directe. Le général Saïd Chengriha, chef d’état-major de l’Armée nationale populaire (ANP), a déclaré lors d’une visite à Tindouf en mars 2025 que « l’Algérie ne restera pas les bras croisés face aux provocations ». Cette déclaration faisait suite à des exercices militaires marocains près de la frontière algérienne, qualifiés de « provocateurs » par le ministère algérien des Affaires étrangères.

Le Sahara Occidental au cœur des rivalités

La question du Sahara Occidental reste le principal point de friction entre Alger et Rabat. L’Algérie soutient le Front Polisario, qui revendique l’indépendance du territoire, tandis que le Maroc propose un plan d’autonomie sous sa souveraineté. En décembre 2025, les États-Unis ont reconnu la souveraineté marocaine sur le Sahara, une décision qualifiée de « violation du droit international » par le ministre algérien des Affaires étrangères, Ahmed Attaf.

Cette reconnaissance américaine a été suivie par plusieurs pays africains et arabes, dont la Jordanie et les Émirats arabes unis. En réponse, l’Algérie a intensifié ses efforts diplomatiques pour contrer cette dynamique. En avril 2025, elle a organisé une conférence internationale à Alger sur le droit des peuples à l’autodétermination, à laquelle ont participé des représentants du Polisario et des pays comme l’Afrique du Sud et le Venezuela.

Une course aux alliances régionales

La compétition entre l’Algérie et le Maroc ne se limite pas au domaine militaire. Elle s’étend également à l’influence économique et politique en Afrique. En Mauritanie, les deux pays se livrent une bataille pour le contrôle des marchés énergétiques et des infrastructures. Selon Jeune Afrique, l’Algérie a récemment obtenu un contrat pour la construction d’un gazoduc reliant Nouakchott à Zouerate, tandis que le Maroc a signé un accord pour la modernisation du port de Nouadhibou.

Cette rivalité s’étend aussi au domaine culturel. En décembre 2025, l’Unesco a inscrit le caftan marocain au patrimoine immatériel de l’humanité, une décision saluée par Rabat mais critiquée par Alger, qui y voit une manœuvre politique. Le ministre algérien de la Culture, Soraya Mouloudji, a déclaré que cette inscription « ne doit pas servir de prétexte à des récupérations politiques ».

Les implications pour la stabilité régionale

La militarisation de la frontière algéro-marocaine suscite des inquiétudes parmi les observateurs internationaux. L’Union africaine (UA) a appelé les deux pays à « privilégier le dialogue » lors d’un sommet extraordinaire en mars 2025. Cependant, les relations restent tendues, avec des accusations mutuelles de soutien à des groupes terroristes. Le Maroc a récemment accusé l’Algérie de financer des mouvements séparatistes au nord du pays, une allégation démentie par Alger.

Pour l’Algérie, la priorité reste la sécurisation de ses frontières et la défense de sa position sur le Sahara Occidental. La nouvelle base de Béchar s’inscrit dans cette stratégie, mais elle risque aussi d’alimenter une course aux armements dans la région. Selon un rapport du Centre international pour la paix et la sécurité (CIPS), les dépenses militaires des deux pays ont augmenté de 30 % depuis 2020.

Un équilibre fragile

Malgré les tensions, des voix en Algérie appellent à une désescalade. Le diplomate Noureddine Djoudi, ancien ambassadeur d’Algérie aux États-Unis, a déclaré au Jeune Indépendant que « la décision de Trump [reconnaissant la souveraineté marocaine sur le Sahara] ne peut engager que lui-même ». Il a souligné que l’Algérie devait « privilégier la diplomatie et éviter une confrontation directe ».

Cependant, sur le terrain, les signes d’apaisement restent rares. La fermeture des frontières terrestres entre les deux pays, effective depuis 1994, n’a pas été levée, et les échanges commerciaux restent quasi inexistants. Selon les douanes algériennes, les exportations vers le Maroc ont chuté de 90 % depuis 2021.

La base militaire de Béchar symbolise ainsi la détermination de l’Algérie à défendre ses intérêts stratégiques, mais elle rappelle aussi la fragilité de la stabilité dans une région où les rivalités historiques et les enjeux géopolitiques continuent de peser.

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